Les enjeux culturels côté Canal

L’exposition ZOO au Mima Museum regroupe 11 artistes contemporains internationaux autour du thème de l’anthropomorphisme. Ici, une fresque très grand format réalisée par l’artiste français Pablo Dalas.

La vie culturelle reprend dans la zone du canal à Bruxelles et Molenbeek. Les prochains mois seront décisifs pour la survie du Mima Museum, déplore son directeur financier, tandis que du côté de la Maison des cultures et des maisons de jeunesse, des enjeux "énormes" se dessinent aussi.

Le vent fait tourner vite et fort les petites hélices multicolores disposées le long du canal. La vie culturelle y reprend doucement son cours. Trop doucement sans doute. Côté quai du Hainaut au Mima, la réouverture a eu lieu le 3 juin dernier. "Les trois premiers jours ont été très calmes. Ensuite, pendant le week-end, on a eu plus de monde. L’expo ZOO est très appréciée", nous raconte Michel de Launoit, cofondateur et directeur financier. 

Aller au musée, une question de "survie"

La taille du lieu, plus de 1.000 mètres carrés, permet de respecter les règles de distanciation sociale sans trop de perturbations: "On a un système de réservation en ligne pour que le visiteur choisisse, mais les gens peuvent se présenter spontanément sur place. On veut laisser de la flexibilité pour que tout le monde puisse venir. On a aussi repris les visites guidées avec Arkadia pour 20 personnes". Une signalétique adaptée, des gels et savons aux endroits stratégiques, quelques éléments qui ne trompent pas: "On essaie de faire comme si la fermeture n’avait pas existé, mais c’est difficile. On espère surtout que la venue des Belges au musée compensera l’absence des touristes. Ces derniers représentaient 30 à 40% de nos visiteurs l’été dernier." Un manque potentiel qui aura des conséquences.

Œuvre réalisée par Steven Harrington pour l'exposition ZOO au Mima Museum.


Trois mois d’inactivité a déjà laissé des traces: "Le crowdfunding via lequel nous avions vendu des tickets en mars a bien fonctionné, mais nous pensions alors que nous en aurions pour trois semaines de fermeture…" Il ne reste plus au Mima qu’à espérer des mesures des autorités compétentes, surtout que le musée vient d’apprendre qu’un de ses sponsors privés ne réitérera pas leur partenariat en 2021: "On a rentré une demande de subsides pour compenser la perte d’activité, comme toutes les institutions. Maintenant, on croise les doigts." Les dernières semaines laissent un goût amer au responsable: "On a bien vu que le monde de la culture n’est vraiment pas prioritaire. Ce sont Ikea et McDonald’s qui sont plébiscités. À nous à vivre avec ce monde-là", déplore Michel de Launoit. L’exposition ZOO est ouverte jusqu’au dimanche 30 août. Les semaines d’ici là seront cruciales pour la survie même du musée. "On croise les doigts", répète son directeur financier.

La Maison des Origamis, une installation réalisée par le designer Charles Kaisin, s'ouvre au public ce week-end. ©N.Lobet


À Kanal, "La Maison des Origamis" sera visible les 13 et 14 juin (voir encadré), mais il n’y aura a priori pas d’activité pour le public cet été. Des espaces seront néanmoins mis à la disposition des compagnies de théâtre ou de danse en recherche de lieux pour des répétitions ou de la monstration.

L’accès fondamental aux espaces socioculturels

Donner accès à des espaces pour respirer, rêver, créer, c’est aussi une priorité pour la Maison des cultures et de la cohésion sociale (MCCS), rue Mommaerts à Molenbeek: "Les très nombreux jeunes de l’ouest du canal se sont confinés dans des conditions compliquées liées notamment à la promiscuité, et ont, dans l’ensemble, vraiment respecté les règles. Même au-delà: avec eux, on a fait énormément. Distribution de milliers de masques fabriqués par nos travailleuses, de visières via le Fablab, de colis alimentaires, des milliers de litres de soupe chaque jour. On est fatigué dans les équipes, mais il est très important de mettre nos espaces à disposition pour l’été", décrit Dirk Deblieck, coordinateur général de la MCCS, "Ce sera de la haute couture, du travail ultra personnalisé."

«L’accès aux espaces culturels et communautaires va vraiment être un enjeu de cet été.»
Anne Colmant
Coordinatrice de la maison communautaire Pierron-Rive Gauche

Les équipes d’animateurs et médiateurs accusent le coup, confirme Anne Colmant qui gère la maison communautaire Pierron-Rive Gauche, une des plus importantes ASBL socioculturelles de Molenbeek: "Nos équipes font du terrain habituellement. Là, il a fallu réinventer son métier avec son téléphone privé, du soutien également aux parents et aujourd’hui affronter l’après avec des publics parfois très fragilisés, en décrochage scolaire. L’accès aux espaces culturels, communautaires, aux espaces verts va vraiment être un enjeu de cet été", affirme-t-elle. Un défi, de taille, se profile: retisser un lien avec les publics les plus fragilisés par la crise. "On a rouvert le musée communal et la Micro-folie le 2 juin", continue Dirk Deblieck. "On l’a réservé aux bulles familiales pour le moment." D’un côté du musée se tient le groupe de dix, de l’autre la médiatrice, séparé par un marquage pour respecter les distances.

Les différentes structures sont en train de doubler leurs propositions de stages pour enfants et ados ainsi que de réfléchir à l’accueil "petite enfance". "Création vidéo, initiation musicale sont pour l’instant au programme. Pour le reste, on va vraiment partir des besoins et des envies des jeunes", complète Anne Colmant insistant sur le caractère récréatif que doit garder l’été. "C’est important pour le développement des enfants, et leur confiance en eux."

La Maison des Origamis les 13 et 14 juin à Kanal

"Origami", du nom de cet art du pliage papier représente l’oiseau, son envol: "Dans l’histoire japonaise, on retrouve dès le XVIIe siècle des représentations où des enfants y jouent. Jusque dans les années 1950, c’est un cours obligatoire à l’école", raconte avec entrain l’artiste belge Charles Kaisin qui a travaillé un an au pays de l’origami. "Cela permet l’apprentissage d’une forme de dextérité, de perception de l’espace, car il n’y a ni colle ni agrafe dans l’origami." Le designer à la réputation internationale s’interrogeait au début du confinement sur ce qu’il pouvait faire à son échelle pour sortir de "la vision anxiogène" et proposer un projet belge à la fois utile et participatif. Il passe des centaines de coups de fil pour monter #OrigamiForLife au profit de l’hôpital Érasme: "On a appelé les pharmacies, les groupes Carrefour et Delhaize pour qu’on dépose dans leurs magasins 161 corbeilles pour récolter les origamis. On a fait imprimer des posters, des tutoriels, on a développé un site web." Plus de 20 personnes y travaillent à temps plein, rejoints par de nombreux bénévoles. Les médias relaient l’initiative, les sponsors répondent présents et c’est le succès. Au total, plus de 101.000 euros ont été récoltés grâce à plus de 21.000 origamis fabriqués formant une magnifique installation. "La Maison des Origamis" sera exceptionnellement visible les samedi 13 et dimanche 14 juin à Kanal en présence de l’artiste et de nombreuses surprises, notamment musicales. "Voir tant de gens, certains très démunis, certains porteurs d’un handicap, participer à l’élan, c’était fabuleux." Qu’en retire l’artiste à titre personnel? "C’était intense pour toute l’équipe. Il faut se rendre compte qu’il y eut plus de 19.000 manipulations pour construire la Maison. C’était pour moi une manière cathartique de vivre cette période. Un esprit qui n’est pas occupé tend à l’excès, disait Balzac. Le travail est un élément important qui structure."

"La maison des Origamis" et performances, samedi 13 et dimanche 14 juin de 10 à 18h à Kanal, en présence de l’artiste (gratuit et sans inscription)

Expositions du côté du Canal de Bruxelles

L’exposition ZOO au MIMA jusqu’au dimanche 30 août.

La Micro-folie de la MCCS est accessible aux familles sur réservation.

 

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