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Les mathématiques sont partout, y compris à Bozar

Dans Fase, son tout premier spectacle, présenté en 1982, la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker, présentait notamment un duo jouant sur le déphasage entre la musique et la danse. Le déphasage n’est qu’un des nombreux concepts mathématiques utilisés par l'artiste dans ses chorégraphies. ©Herman Sorgeloos

L’exposition "Order of Operations" démystifie les maths grâce à l’art. À moins que ce soit l’Art qui nous réconcilie avec les maths? Dans les deux cas, le mariage est heureux et il séduit.

Le nombre d’or, vous connaissez? Et Pi? Ces deux objets mathématiques, ces deux nombres irrationnels, ont inspiré Michel Tombroff, ancien patron de la start-up bruxelloise Softkinetic, rachetée en 2015 par Sony. Depuis qu’il a quitté le monde de l’entreprise, l’ingénieur civil de l’ULB consacre une bonne partie de son temps à la création artistique. Dont les objets Phi (le nombre d’or) et Pi. Ce sont ces œuvres qui accueillent les visiteurs de l’exposition "Mathematics through Art / Order of Operation", proposée jusqu’au 11 juillet au Bozar Lab, à Bruxelles. Dix-sept artistes nous y font voyager au sein de leur vision des maths.

"Au moyen de réglettes de différentes longueurs dressées sur un plan, je représente les premières décimales de Pi et de Phi, deux nombres irrationnels", explique Michel Tombroff. En réalité, il s’agit de la représentation des premiers milliers de décimales de ces nombres. Sa sculpture Pi porte ainsi sur les 5183 chiffres après la virgule. Cela donne l’image, à qui sait s’en imprégner, d’une forêt de buildings aux hauteurs improbables. Une vision quasi "manathanesque" et "dronique" (osons ces néologismes) de concepts mathématiques pourtant antiques. "Mes sculptures sont en réalité des représentations chaotiques de nombres parfaits", estime l’artiste.

"Si le nombre d’or fascine aussi bien des mathématiciens comme Pythagore, Euclide et Kepler, il subjugue aussi des artistes comme Léonard de Vinci, Bela Bartok et des architectes comme Le Corbusier."
Camilla Colombo
Commissaire de l’exposition

L’exposition (d’accès gratuit, mais sur réservation en ligne via bozar.be) offre plusieurs clés de lecture à ses visiteurs. Outre les textes jouxtant les œuvres, des codes QR permettent de plonger plus en détail, mais de manière toujours accessible, dans les concepts mathématiques abordés. 

De Pythagore à Le Corbusier

En ce qui concerne le nombre d’or par exemple, on rappelle que cet irrationnel, c’est-à-dire un nombre qui n’est pas égal au rapport de deux nombres entiers, était déjà connu par les anciens Égyptiens. "Et pour les Grecs de l’Antiquité, il représentait la proportion parfaite", précise l’expo. "Un rectangle de longueur 'l' et de hauteur 'h' était considéré comme esthétiquement parfait et équilibré si 𝑙ℎ=𝜙."  Voilà pour les maths. "Mais si le nombre d’or fascine aussi bien des mathématiciens comme Pythagore, Euclide et Kepler, il subjugue aussi des artistes comme Léonard de Vinci, Bela Bartók et des architectes comme Le Corbusier", souligne Camilla Colombo, commissaire de l’exposition.

"Ici, les œuvres d’art rendent très explicites et visuels des concepts mathématiques qui peuvent paraître très abstraits et peu intelligibles lorsqu’ils sont abordés par le biais d’explications scolaires."
Camilla Colombo
Commissaire de l'exposition

Représentant l’association Ohme, qui coproduit "Order of Operations", Camilla Colombo nous précise aussi le concept plus général de cette exposition qui veut nous réconcilier avec les mathématiques. "Pour explorer les liens omniprésents entre art et mathématiques et offrir aux visiteurs l’occasion de découvrir les mathématiques sous un angle différent et inattendu, nous avons articulé cette exposition en deux parties", dit-elle. "La première partie propose des œuvres qui représentent des principes appartenant aux grandes familles mathématiques comme la théorie des nombres, l’algèbre, la géométrie, la trigonométrie, les mathématiques combinatoires, et ce, dans des registres d’expressions différents et inattendus. Ici, les œuvres d’art rendent très explicites et visuels ces concepts qui peuvent paraître très abstraits et peu intelligibles lorsqu’ils sont abordés par le biais d’explications scolaires." C’est bien entendu dans ce cadre que s’inscrivent les œuvres liées à Pi et au nombre d’or par exemple. 

"La deuxième partie de l’exposition plonge le visiteur dans la réalité omniprésente des mathématiques dans notre vie. Qu’il s’agisse d’illustrer des concepts comme le temps, le mouvement, le changement ou la musique." Une sélection d’applications illustre cette intrusion tantôt évidente, tantôt insoupçonnée des mathématiques dans notre quotidien technologique. C’est le cas des fameux algorithmes appliqués aux marchés financiers. Cette plongée visuellement chatoyante, mais toujours didactique, est l’œuvre de Rybn, un artiste français. Ici, cinq algorithmes s’affrontent en temps réel. Mais… ils sont aussi hérétiques qu’irrationnels. Imaginés par des artistes et des non-professionnels de la finance, ils se livrent à une compétition sur un marché fictif évoluant en temps réel. De quoi faire chauffer ces marchés imaginaires, et les cerveaux des visiteurs qui se prendraient presque, le temps d’un instant, pour des traders de l’imaginaire.

Expo

Bozar, Bruxelles, jusqu'au 11 juillet.

Note de L'Echo: 4/5

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