Les noces de l'événementiel et du street art

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Inauguré jeudi soir dans un ancien Delhaize d’Ixelles, Strokar Inside place Bruxelles sur la carte du street art et de l’esprit d’entreprise.

Le symbole ne manque pas de piquant. Imaginer qu’en lieu et place de ces toiles trash de T-Kid, qui fut dans les seventies membre du gang des Bronx Enchanters et des Renegades de Harlem, on pouvait voir encore naguère l’auteur Eric-Emmanuel Schmitt pousser son chariot d’un pas de sénateur, la chemise blanche ouverte et le pull négligemment noué sur les épaules.

T-Kid n’est pas le seul à mettre sens dessus dessous l’ancien Delhaize du quartier Molière, dans le sud huppé de Bruxelles. Ses toiles côtoient celles de Cope 2, autre légende du street art new-yorkais avant que lui ne prête ses services à Converse ou Adidas, et son effigie à des jeux vidéos. Ces deux-là situent l’ambition et l’entregent de Strokar, l’association qu’ont fondée en 2016 Alexandra Lambert (par ailleurs directrice du centre de la mode et du design MAD Brussels) et son mari, le réalisateur et photoreporter Fred Atax, qui arpente depuis 30 ans tous les méandres de ce courant artistique issu de la rue. "J’étais un peu incrédule quand Fred me disait qu’on allait créer un supermarché du street art, rapporte Alexandra Lambert. Puis, en janvier, nous avons vu le supermarché fermé et sa façade taguée. C’était là notre endroit! Là où nous pourrions créer un lieu insolite et changer les codes."

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Le couple de passionnés reçoit les clés du propriétaire le 9 mars dernier et son feu vert pour y organiser, jusqu’en décembre au moins, une occupation précaire et livrer le bâtiment à une soixantaine d’artistes, attirés de partout par la perspective d’inscrire Bruxelles sur la carte du street art international, aux côtés de New York, Paris ou Berlin.

Le résultat dépasse toutes les espérances. Passé l’entrée à front de rue, qui fait office de galerie d’art et d’espace de restauration, on ne sait où donner de la rétine pour capter l’énergie brute qui se dégage de l’immense barbu de Denis Meyers, le regard sur l’horizon; du fumeur de pétard d’Arnaud Kool qui se dédouble; du collage africain d’Alexandre Keto ou du chat d’Eric Lacan, aux prises avec un crâne. La fresque monumentale d’Andrea Ravo Mattoni fait la transition avec le deuxième étage, en grande partie consacré à l’installation d’Iretge. Une vieille Volvo break, qu’un client du supermarché semble avoir abandonnée là, tire une longue traîne confectionnée de tous les déchets abandonnés dans le bâtiment, tandis qu’un homme masqué se livre à une performance.

"Nous avons voulu faire un musée vivant, mélanger toutes ses fonctions et fédérer le mouvement du street art dans cet endroit", reprend Alexandra Lambert. Une entreprise qui n’était pas sans risques, réagit Emmanuel Andries, fondateur et CEO de d-side group (The Egg, Event Lounge, d-side village), l’un des leaders de l’événementiel à Bruxelles et partenaire de Strokar Inside. "Nous jouons le rôle de catalyseur pour que ce type de projets puissent fonctionner, et d’investisseur pour le lancer. Investisseur audacieux, car quand on l’a présenté aux sponsors il y a trois, quatre mois, c’était non, non, non! Car le street art, le tag, ça ne leur parle pas. Mais aujourd’hui que c’est monté, on voit que ce n’est pas juste ça…"

"Nous avons voulu faire un musée vivant et fédérer le mouvement du street art dans cet endroit."
Alexandra Lambert
Cofondatrice de Strokar

Andries était séduit par l’art et la culture, et par la dynamique B2C qui vient compléter ses activités corporate. Il voit déjà plus loin et travaille au corps la Région bruxelloise pour avoir accès à des friches temporairement inoccupées et y lancer des projets similaires, comme aux casernes inoccupées du boulevard Général Jacques. "Le bâtiment de cet ancien Delhaize a un potentiel immense, dit-il. Il permet d’y organiser des dîners et des événements corporate pour financer la partie artistique du projet, faire venir les artistes, les loger, acheter leurs bombes, etc."

Des projets éphémères, mais à haute valeur ajoutée, qui enrichissent l’écosystème événementiel de Bruxelles et son dynamisme entrepreneurial. "Aujourd’hui, il n’y a plus de silos entre ces mondes", précise encore l’entrepreneur, citant le collectionneur François Pinault "qui n’achète que des artistes vivants pour favoriser l’innovation".

Alexandra Lambert tempère: "Nous attirons ce type de légendes parce que c’est ce lieu, ce quartier et Strokar dans lequel ils ont confiance. On ne peut pas reproduire cela à l’infini. On ne va pas passer notre temps à amener des street artists pour amuser la galerie." Mais tous deux se rejoignent sur l’irrésistible décloisonnement des disciplines et des secteurs, et sur l’énergie créatrice qui en ressort.

Ouvert du mercredi au dimanche. Visites guidées et organisation d’événements. Chée de Waterloo, 569 — 1050 Ixelles. 0471/27.97.48 — www.strokar-inside.com

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