Les paysages audacieux de Bytebier

"Je ne peins jamais des personnages parce qu’ils parlent et, pour moi, le langage est un mensonge", explique Jean-Marie Bytebier. ©Wouter Van Vooren

L'Echo de Flandre | Dans l’exposition collective du MAC’s, "Les Abeilles de l’invisible", au Grand-Hornu, les grandes acryliques sur toile du gantois Jean-Marie Bytebier séduisent et transportent dans une nature proche de l’abstrait.

Diplômé de l’Académie royale des Beaux-Arts de Gand en 1988 et prix de la jeune peinture belge en 1987, Jean-Marie Bytebier confie cette anecdote révélatrice de son travail: "Le matin pour connaître le temps qu’il va faire je ne consulte pas un écran mais je regarde le ciel tout simplement!"

Exposition

"Les Abeilles de l’invisible", au MAC’s.

Commissaire: Denis Gielen.

Jusqu’au 12 janvier 2020. Le dimanche 17 novembre dès 14h, visite guidée en compagnie de Jean-Marie Bytebier.

www.bytebier.com; www.mac-s.be.

Son atelier est situé au cœur de Gand dans une ancienne école abritant temporairement de nombreux artistes, comme on en rencontre de moins en moins dans les cœurs des villes qui subissent la pression des promoteurs immobiliers. Il s’agit d’un simple espace à l’arrière du bâtiment, totalement isolé du bruit de la ville. Trois grandes fenêtres l’éclairent d’une lumière naturelle. Jamais il n’allume les néons pour peindre, peu importe la luminosité extérieure. Très jeune, souffle-t-il, il découvre sa voie: "C’est à l’âge de 14 ans, en regardant une œuvre de René Magritte, ‘L’homme à la pomme’, que je sus que peindre était quelque chose que je voulais faire", note Jean-Marie Bytebier.

Peindre la nature, exclusivement, est le parti pris depuis plus de 25 ans de cet artiste hors tendance. Il n’a pas attendu que le monde change pour s’en emparer et témoigner de sa beauté éphémère. Pour lui, la nature est vierge de toute identité et de toute trace d’artefacts. Elle se suffit à elle-même. Devant une peinture de Jean-Marie Bytebier, le spectateur prend à nouveau le temps de regarder les nuages changeants, de s’étonner de la profondeur de la forêt, d’une percée de lumière ou simplement d’un grand aplat sombre.

"Quel est le minimum que je puisse peindre pour que mon tableau devienne un paysage et combien de couches puis-je venir superposer afin que cela reste un paysage?" interroge-t-il.

Patchwork et acrylique

Que ce soit dans ses petites peintures sur bois, composées comme des patchworks, ou plus récemment dans ses grandes toiles, Jean-Marie Bytebier peint et repeint à l’acrylique avec, à chaque fois, cette obsession d’éliminer la matière jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’essence de la nature.

Son atelier n’est composé que de ses toiles et de peintures. Ses inspirations, il les trouve dans le hasard du quotidien, que ce soit dans le texte d’une chanson de Nick Cave, "Distance sky", dans un dialogue d’"Alice au pays des merveilles" ou encore dans une phrase entendue à la télévision, "the painter finest moment", évoquant cette période de la journée ou les couleurs prennent des tonalités très particulières.

"A l’école je détestais peindre des modèles vivants", précise l’artiste. "Alors je peignais les plâtres anciens en les plaçant dans une pièce sombre avec un peu de lumière. Je n’ai donc jamais dessiné avec des lignes mais bien peint avec des volumes. Dans mon travail, je ne peins jamais des personnages parce qu’ils parlent et, pour moi, le langage est un mensonge. Il est irrationnel. Si je mettais la figure humaine dans mes peintures alors cela voudrait dire que je raconte une histoire et je ne fais pas confiance aux histoires."

"En éliminant le superflu, chaque toile est poussée au bord de l’abstraction."

Ses grands formats se composent d’un subtil assemblage de masses sombres et plus claires. "En éliminant le superflu, chaque toile est poussée au bord de l’abstraction", pousse Bytebier. Dans sa peinture, rien n’est figé, alors que pourtant le temps semble s’être arrêté.

Enfin, une bande blanche, qui délimite systématiquement l’espace de la peinture, intrigue le regard. L’explication nous vient de l’artiste: "Je peins la beauté et puis je l’encadre parce que je veux la garder séparée de la laideur du monde. Une autre raison est qu’un paysage est toujours un morceau de nature, et le cadre blanc permet d’accentuer cette idée de moment extrait de quelque chose qui continue dans la réalité en haut en bas, à gauche et à droite."

Sur les murs blancs de la longue salle du Grand-Hornu, où est organisée l’exposition du MAC’s, "Les Abeilles de l’invisible", les grandes toiles de Bytebier sont d’une épaisseur inhabituelle, formant une série de volumes accrochés au mur. "Je ne veux pas que l’on mette mes peintures sur un mur derrière un canapé pour remplir la pièce, je veux qu’elles occupent l’espace et soient quelque chose de mentalement présent, quelque chose que l’on ressent physiquement", témoigne-t-il.

Plus qu’un ressenti physique, c’est une vraie émotion et un voyage au cœur de sa peinture à la fois poétique et mystérieuse que Jean-Marie Bytebier nous donne à voir.

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