Les portraits de Gauguin exposés à à la National Gallery de Londres

©Saint Louis Art Museum

En le traitant sous l’angle du portrait, la National Gallery offre un point de vue inédit sur le peintre français. Le musée londonien évite prudemment les peintures qui trahissent sa pédophilie sans renoncer à éclairer sa sensibilité et le contexte colonial de l’artiste.

Gauguin (1848-1903) et son œuvre semblent inséparables. Lorsqu’il est revenu en métropole après son premier voyage à Tahiti, le peintre français portait d’ailleurs des costumes traditionnels. Il était habité par son œuvre, dialoguait avec elle, fusionnait avec leurs figures. L’exposition de la National Gallery ne porte que sur les portraits du peintre français et confirme ce que ses admirateurs savaient déjà: son œuvre visait à mettre en lumière la beauté de ce qui n’a pas été corrompu par la modernité et la civilisation. Une lumière qui a fini par l’aveugler.

Avant même son premier voyage à Tahiti, la sincérité de la démarche de Gauguin se retrouve dans son exigence de peindre avec leurs habits traditionnels les paysans bretons, qu’il juge si "primitifs" et si "purs" en comparaison des Parisiens. Il ne s’intéressait guère à la mise en évidence des personnalités, s’attachant à représenter ses figures dans leur apparence première.

Cette exposition emprunte aux musées et de collections privées du monde entier et montre comment Gauguin a utilisé les portraits pour véhiculer ses idées sur l’art, et peut-être au-delà, sur l’évolution de la civilisation, dans une époque où la révolution industrielle redéfinissait la notion même d’être humain.

Présentant plus de cinquante œuvres, elle comprend des peintures, des sculptures, des estampes et des dessins dont beaucoup ont rarement été vus ensemble. Celles-ci incluent des œuvres du musée d’Orsay (Paris), de la National Gallery of Art (Washington), de l’Art Institute (Chicago) ou encore du Musée national d’Art occidental (Tokyo), ainsi que des Musées royaux des Beaux-arts de Belgique.

Autoportraits en Christ

La série des autoportraits, où il se représente notamment en Christ, est l’une des plus remarquées. L’attitude de Gauguin est parfois décrite comme celle d’un colonialiste au premier degré, qui est pourtant contrebalancée par son engagement dans la vie politique locale et la vigueur de sa dénonciation des excès du pouvoir colonial.

L’exposition passe en revue la période qui a précédé ses voyages en Bretagne et en Polynésie, où il était dans sa vie professionnel un courtier à Paris. Puis elle explore ses travaux dans le village isolé de Pouldu (Finistère), avant de s’attarder sur les portraits de certains de ses amis de l’époque, Van Gogh notamment, avant de mettre en valeur les œuvres de son établissement à Tahiti, réalisé en deux temps. Des œuvres qui représentent à la fois le sommet de son art, faisant vibrer la couleur comme on jouerait d’un instrument de musique, et l’exposition de son vice, avec des modèles très jeunes dont il abusait sexuellement, comme cela était très courant à cette époque coloniale.

La vie controversée de Gauguin fait l’objet d’un examen minutieux, en particulier de la période polynésienne. L’exposition interroge ses travers sexuels et ceux du colonialisme qui semblent ne faire qu’un.

Jusqu’au 26/1/20: www.nationalgallery.org.uk


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