Les Riens du Tout d'Andreas Gursky

©BELGAIMAGE

Exposition | Jusqu’au 22 avril à la Hayward Gallery, à Londres.

Récemment rouverte après une longue rénovation, la Hayward Gallery à Londres fête ses cinquante ans avec une brillante rétrospective consacrée au photographe allemand Andreas Gursky.

On ne sait pas vraiment si ce dernier, dans ses prises de vues, vise les petits détails pour mettre en valeur de grands ensembles, ou si, au contraire, il commence par l’immensité pour arriver à ces riens qui font tout.

Ces riens sont parfois si minuscules qu’il faut les deviner, ou les distinguer après une longue observation. Il est d’ailleurs arrivé à l’auteur de prendre conscience de ces détails fourmillants au moment de l’agrandissement seulement, comme sur cette photo des Alpes suisses en 1984.

Dans l’une des expositions les plus époustouflantes de la Hayward Gallery, Gursky parvient à nous libérer de nos filtres préconditionnés.

Ces points minuscules sont toujours humains, ou bien symboliques de l’humain et de son empreinte. On devine les bras, les mains, les doigts qui ont posé une à une les pierres sur la pyramide de Khéops… (2005). On se réchauffe comme on peut avec les milliers de panneaux solaires, étendus à l’infini comme des flots océaniques déchaînés (Les Mées, 2016). On devient gourmand avec cette juxtaposition de produits culturels dans le plus savant des désordres dans les entrepôts d’Amazon (2016). L’humain est partout, si grand dans sa faculté à mettre dans ce chaos immense autant d’ordre, d’harmonie, et assurément d’esthétique lorsqu’elle est captée par un Gursky. L’humain est nulle part, et si petit lorsqu’il parque à perte de vue des bœufs dans des enclos désespérément rectangulaires, et dépourvus du moindre brin d’herbe.

Mise à distance physique et psychologique

La vue aérienne de l’Antarctique (2010) rappelle à quel point l’immensité peut être petite au milieu des eaux tièdes, comme ce globe lumineux posé dans le hall d’accueil d’un immeuble de bureau, à Düsseldorf (1982). Le visage des deux réceptionnistes n’y est pas anodin. L’un regarde en face, comme s’il ne voyait pas l’objectif interrogateur ou simplement témoin du photographe, et l’autre plisse les lèvres de façon presque gênée.

La force de Gursky réside dans sa distanciation, tant physique et morale. Pas de manichéisme, pas de jugement moral sur l’impact réel de l’humain, capable du pire comme du meilleur, comme sur cette photo d’une cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.

Cette distanciation permanente permet au visiteur de devenir lui-même extérieur, presque extraterrestre, à la masse des humains qu’il observe, qu’il comprend, qu’il englobe, et en même temps, dont il ne peut s’empêcher de relever l’extrême bizarrerie des comportements. Que font réellement ces milliers de personnes sur ce col de montagne (Tour de France)? Pourquoi ces mécaniciens s’affairent autour de ce bolide rouge aux roues proéminentes (Pit stop de Formule 1)? Quel est le motif de la frénésie de ces Japonais cravatés, quasiment les uns sur les autres (Tokyo Stock Exchange)?

Dans ce qui est l’une des expositions les plus époustouflantes de la décennie écoulée à la Hayward Gallery, Gursky parvient à nous libérer de nos filtres préconditionnés.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content