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Les secrets des espadons enfin révélés

Edgard P. Jacobs dans son atelier avec la maquette de l'Espadon. ©Fondation EP Jacobs

Pour les 75 ans de Blake et Mortimer, le Centre belge de la bande dessinée révèle les secrets de l’espadon et le processus créatif d’Edgard P. Jacobs.

Avec "Le Mystère de la Grande Pyramide" ou "La Marque jaune", "Le secret de l'Espadon" compte certainement parmi les œuvres maîtresses d’Edgard P. Jacobs. Avec Blake et Mortimer, l'auteur de BD révèle, sur le tard et dans l'ombre d'Hergé, toute la dimension de son talent et de la maîtrise de la ligne claire. Chanteur d'opéra avant d'être auteur, illustrateur aussi, Jacobs a 40 ans passés lorsqu'il publie les premières planches de Blake et Mortimer dans le journal Tintin, le 26 septembre 1946.

143
semaines
Durant 143 semaines, "Le Secret de l'Espadon" tiendra en haleine les jeunes lecteurs du journal de Tintin.

Durant 143 semaines, "Le secret de l'Espadon" tiendra en haleine les jeunes lecteurs du journal, jusqu'à la chute de Lhassa et de l'empire jaune créé par l'infâme Basam Bandu, dans un déluge de feu. Dès cette première aventure, tout l'art de Jacobs est déjà présent, un scénario haletant d'un bout à l'autre, une inventivité qui rend la science-fiction d'un réalisme troublant, un dessin remarquable et surtout un sens inné de la mise en scène.

C'est à une immersion dans cette œuvre qu'invite l'exposition qui s'ouvre ce 30 septembre au Centre belge de la bande dessinée et qui marque les 75 ans des personnages. Loin d'avoir l'ampleur de l'exposition organisée en 2019 aux Arts et Métiers à Paris, celle-ci se focalise sur l'œuvre fondatrice de la série dans laquelle on retrouve déjà tous les fondements qui en ont fait le succès.

"'Le Secret de l'Espadon' est un récit certes daté, mais encore d'une étonnante modernité."
Eric Dubois
Commissaire de l'exposition

"Un récit certes daté, mais encore d'une étonnante modernité", estime Eric Dubois, commissaire de l'exposition avec Daniel Couvreur. L'expo propose une immersion dans le processus créatif de Jacobs et de décrypter toute la symbolique que l'on retrouve dans cette première œuvre. "Très moderne par sa facture qui préfigure les romans graphiques actuels: un récit long de 146 planches mais écrit d'un seul tenant au contraire des feuilletons de l'époque dont la trame s'adaptait aux aléas du moment. Moderne dans le design de ses machines et particulièrement de l'espadon, dont le principe, fusée-sous-marin, mi-drône, mi-avion fait encore l'objet de recherches militaires actuellement", confie encore Dubois.

La scénographie s'insère dans le vénérable bâtiment Horta du CBBD. Les colonnes de fer deviennent celles d'une base secrète dans une ambiance sonore et visuelle qui plonge le visiteur dans l'album. À travers quelques planches, dont trois originales, des photos inédites et des objets chers à Jacobs, on est aussi proche du récit que de l'atelier de l'auteur.

Cheminement de l'inspiration

L'expo s'articule autour de cinq thématiques: les personnages, les stratégies scénaristiques, les décors, accessoires et costumes, les colères de la nature, l'histoire dans l'Histoire et enfin les deux espadons. "Via ces différentes thématiques, l'idée est de montrer le cheminement de l'inspiration et de la création", précise Daniel Couvreur. "Malheureusement, du fait du vol et de la dispersion d'une grande partie de la collection Jacobs, pas mal de planches originales ont disparu. Ce qui explique pourquoi nous ne pouvons montrer que trois originaux."

"Du fait du vol et de la dispersion d'une grande partie de la collection Jacobs, pas mal de planches originales ont disparu."
Daniel Couvreur
Commissaire de l'exposition

À travers les planches, mais aussi les objets (comme la maquette de l'espadon réalisée à la demande de Jacobs), les cymaises montrent comment les métiers antérieurs de Jacobs ont façonné sa manière d'écrire, de dessiner et de mettre ses personnages en scène. "L'élégance, jusqu'au moindre pli des costumes, des personnages, lui vient directement de son passé d'illustrateur de mode, mais aussi de l'opéra", confie Dubois. Couvreur attire l'attention sur la planche qui fait apparaître l'espadon au grand jour. "Nous sommes d'abord dans les coulisses, dans les tréfonds de la base secrète. L'engin se dirige lentement vers la scène. Et avec les portes de la base, c'est le rideau qui s'ouvre sur l'acteur principal pour la grande scène finale. Jacobs a un grand sens de la mise en scène."

Tel un ingénieur

Une approche très technique aussi, renchérit Dubois. Jacobs dessine ses engins comme un ingénieur. Même si l'on est dans la science-fiction, ses planches font figure de plans sous différents angles de vue. "Jacobs a été anticipateur avec beaucoup de ses créations. Il suivait d'ailleurs les avancées technologiques de son temps pour voir s'il était dans le bon."

"Le secret des espadons", tel est le titre de cette exposition, puisque, comme Blake et Mortimer, "les espadons vont toujours par deux et s'épaulent l'un l'autre", note Dubois. Et puis, c'est aussi une manière de faire le lien avec l'actualité, en anticipant la publication du prochain album de la série, "Le Dernier Espadon" où Jean Van Hamme remet en scène le mythique engin sous le dessin du duo hollandais Teun Berserik et Peter Van Dongen.

"Le secret des espadons"

Par Edgard P. Jacobs

Commissaire: Eric Dubois et Daniel Couvreur

Centre Belge de la Bande Dessinée

Note de L'Echo:

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