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Les visionnaires de l'art letton

De Janis Krievs, une vue de la gare centrale de Riga et sa tour de l’horloge (1942). ©Leons Balodis / Janis Krievs

"Visionary Structures. From Johansons to Johansons" présente 100 ans d’avant-garde lettone. Une expédition aux frontières du réel.

Dans le cadre de la présidence lettone de l’Union européenne, Bozar développe tout au long de l’année un programme culturel multidisciplinaire (cinéma, théâtre, concerts…). Ce "Focus on Latvia" est donc l’occasion de dévoiler un pan important de l’art letton du XXe siècle et du début de ce XXIe siècle. L’exposition "Visionary Structures. From Johansons to Johansons" se veut un aperçu de l’avant-garde lettone, de la naissance du constructivisme à ses développements jusqu’à nos jours. Ce parcours offre un historique des œuvres artistiques de quelques-uns des représentants les plus visionnaires et révolutionnaires de ce courant apparu en Russie en 1913 et qui devint l’art officiel après la Révolution d’Octobre. Située dans la Rotonde du musée, l’exposition distingue trois périodes, trois générations.

L’art, incarnation fonctionnelle d’une idéologie

Avec Karlis Johansons et Gustav Klucis, ce sont les années 1920 qui sont représentées. Ils sont aujourd’hui considérés comme des représentants majeurs et radicaux de cette avant-garde constructiviste. Véritables expérimentateurs, ils sont convaincus que l’art peut incarner une nouvelle dynamique de la vie sociale et doit avoir une réelle fonctionnalité, dans un total rejet de l’art figuratif, inutile comme un jeu d’enfant. Les croix tridimensionnelles de Karlis Johansons sont les symboles de ses explorations sur la structure des choses et les connexions qui sous-tendent chaque objet. Selon lui, il s’agit toujours de variétés de ce type de croix. Il jette ainsi les bases de la "tenségrité", autrement dit, le jeu des forces qui s’équilibrent dans une structure.

Valdis Celms, une proposition architecturale d’objet lumineux cinétique intitulé "Balloon" (1978). ©Latvian Artists' Union

Les formes architectoniques de Gustav Klucis sont autant de projets urbains potentiellement réalisables pour des villes utopiques, où s’associeraient les nouvelles technologies et l’art. Ses montages photographiques, esthétisation de la politique, sont des images de propagande à la gloire de l’État soviétique et de la construction socialiste.

L’art, image d’un univers alternatif

Bond jusque dans les années 1970, en pleine guerre froide. Des artistes tels que Valdis Celms, Janis Krievs et Arthur Rinkis cherchent à concevoir un espace alternatif idéal. Ils se détournent de l’espace social réel et élaborent des propositions destinées aussi bien à la ville que susceptibles de s’intégrer dans la nature, voire dans le cosmos. Valdis Celms est un adepte de l’art cinétique. Ses agencements de l’espace semblent alors bien irréalistes (sculptures lumineuses, ateliers d’artistes sous forme de capsules dans l’univers…), mais démontrent bien l’utopisme technologique et les inspirations tirées de la science-fiction. Ses montages photo sont inspirés de ceux de Gustav Klucis, mais pointent plutôt les problèmes de la vie quotidienne soviétique.

De Janis Krievs, une vue de la gare centrale de Riga et sa tour de l’horloge (1942). ©Leons Balodis / Janis Krievs

Janis Krievs se distingue, lui, par son travail sur le mode du "design complexe". Exemple parlant: le système lumineux intégré en 1980 dans la tour de l’horloge de la gare de Riga. Les sources de lumière dessinent des motifs géométriques qui varient en fonction des minutes et des secondes. Un effet décoratif autant que fonctionnel, permettant aux voyageurs de garder la notion du temps. Quant à Arthur Rinkis, ses œuvres picturales cinétiques utilisent tout ce qui peut affecter la vue et l’ouïe, sollicitant les éléments de la nature pour exprimer les interconnections complexes de la pensée, du rêve et de la conscience, mais aussi l’infini spatial.

L’art en quête de microréalités

"Oppressed Peoples of the Whole World" (1924) de Gustavs Klucis qui comptait, avec Karlis Johansons, au nombre des représentants majeurs et radicaux de l’avant-garde constructiviste. ©Latvian National Museum of Art

Les deux représentants de la nouvelle génération travaillent quant à eux sur des formes organiques et des structures systémiques. Ainsi, Gints Gabrans tire du chaos et du principe d’auto-organisation spontanée des structures complexes. Ses sculptures plastiques sont les synthèses des transformations du mouvement et de l’énergie, tels les phénomènes visibles dans la nature. Tandis que Voldemars Johansons joue sur la spatialité du son en élaborant des environnements brouillant les frontières du visible, de l’invisible et de l’audible, et créant de cette façon de nouvelles perceptions spatio-visuelles.

Voici en quelques pas la possibilité de parcourir les travaux de ces artistes peu connus dans nos contrées et d’explorer leurs univers où se mêlent volontiers au geste artistique, la science, l’idéologie et l’utopie technologique.

"Visionary Structures. From Johansons to Johansons", jusqu’au 31 mai, à Bozar. www.bozar.be

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