Margaret Harrison danse sur des missiles au BPS22

©Courtesy Nicolas Krupp

Jusqu'au 23 mai, l’icône féministe britannique Margaret Harrison investit le BPS22 à Charleroi avec une expo au titre retentissant – "Danser sur les missiles".

La première exposition personnelle de Margaret Harrison a tenu une journée. Fermée pour indécence. C’était en 1971 à la Motif Edition Gallery de Londres. L'œuvre dans le collimateur est un dessin: «He’s Only a Bunny Boy but He’s Quite Nice Really» qui représente feu Hugh Hefner, le fameux propriétaire du magazine américain Playboy (photo ci-dessous).

Margaret Harrison le dessine avec un corps de femme sexualisé à l’extrême, les seins gonflés au-dessus d’un corset noir, les cuisses ceintes de jarretelles. Et, bien sûr, une paire d'oreilles agrippée sur son crâne chauve. Avec nos yeux d’aujourd’hui, difficile d’y voir de la provocation: pourquoi des femmes représentées de la sorte pourraient faire la Une des magazines tandis qu’y mettre un visage masculin nécessiterait l’interdiction?

Renverser la domination masculine

C’est que le terme «Bunny» renvoie à la nymphette sans cervelle, pas à l’homme de pouvoir qu’incarne Hefner. «Quand j’ai demandé à la galeriste (au moment de la fermeture de mon exposition en 1971) ce que les gens n’avaient pas aimé, elle a répondu: ‘Les images d’hommes’. Ils ont pensé que les images des femmes étaient OK, mais que celles des hommes étaient dégoûtantes», a pris l’habitude de raconter Margaret Harrison, qui fera de ce procédé de retournement une marque de fabrique de son travail. «Et une arme politico-artistique efficace», nous explique Laure Houben, responsable de la communication du BPS22, musée d’art contemporain de la Province de Hainaut. 

Margaret Harrison se moquant de Hugh Efner, «He’s Only a Bunny Boy but He’s Quite Nice Really». ©BPS22

Aujourd’hui, les interdictions peuvent paraître loin derrière nous et, certes, Margaret Harrison a reçu le prestigieux Northern Art Prize en 2013 pour couronner l’importance de son travail qui a intégré des collections publiques comme celles de la Tate à Londres, de la Kunsthaus de Zurich et, plus récemment, celle du BPS22, mais le gouffre est encore énorme entre femmes et hommes artistes. Aux États-Unis, elles ne représentent que 11% des acquisitions et 14% des expositions des musées. Une autre forme de censure. Il faut donc malheureusement encore saluer la démarche du musée carolo qui, après Bilbao et Metz, montre plus d’une cinquantaine d'œuvres d’une artiste qui, avec le temps (elle a 81 ans aujourd’hui), est toujours perçue comme radicale.

«Les gens ont pensé que les images des femmes étaient OK, mais que celles des hommes étaient dégoûtantes.»
Margaret Harrison
Artiste plasticienne

Mouvement pacifiste contre l’armée (dont le Peace Camp qui rassembla en Angleterre 30.000 femmes en 1982, et qui donne son titre à l’exposition), conditions et invisibilisation du travail des femmes (plus particulièrement des ouvrières et des artistes), objectification du corps féminin, violences machistes: l’œuvre de Margaret Harrison retrace les grands combats politiques européens du XXe siècle. Elle donne aussi la force d’affronter ceux du XXIe. À voir absolument.

Exposition

«Danser sur les missiles»
Margaret Harrison

Du 20 février au 23 mai, au BPS22, Boulevard Solvay, 22 - 6000 Charleroi

Note de L'Echo: 5/5

Tate Modern | Margaret Harrison – Studio Visit | TateShots

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