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Martin Parr: "Ce n’est pas moi qui passe d’un monde à l’autre, ce sont mes photos"

Martin Parr, autoportrait, Benidorm, 1997. ©©Collection Martin Parr / Magnu

Au Hangar, "Parrathon", exposition itinérante de Martin Parr, grand photographe de l’Agence Magnum, cristallise 46 années de carrière en plus de 400 photos.

Martin Parr est indubitablement anglais. Né dans le temple hippique d’Epsom, il vit à Bristol, temple de marine, d’où la Couronne a bâti son empire à partir du XIVe siècle. Depuis 1975, il est allé partout: d’abord, à proximité, cinq années à Hebden Bridge (Yorkshire) où Susie, sa future épouse, et lui conversèrent en images avec les fidèles méthodistes et les colombophiles. Ensuite, maintes fois, ce seront la Russie ou la Chine, «dès 1982, quand ce n’était pas une puissance économique». Il serait fastidieux de lui demander où il est allé. Question plus curieuse: où n’est-il pas allé ? «En Irak. J’ai essayé. Deux fois. Deux fois refusé.» Pourquoi? «Je n’en sais rien», répond-il, avec la vivacité et la brièveté de l’obturateur à rideau.

En anglais, un parr est un jeune saumon tacheté d’eau douce. L’œil de Martin Parr a ce frétillement du poisson, très mobile, qui se faufile et attrape ce qui passe. Il a la patience qu’avait son père en observant les oiseaux. «Une série de photos peut prendre des heures, des jours, ou trois minutes. Rien n’est fixé.» Ses images sont ainsi: ça bouge, ça file.

Parr est aussi un mot argotique qui désigne la moquerie ou ce qui déraille. Sa moquerie est plus désespérée que cruelle, et l’univers de ses images (le nôtre) assurément, déraille. «Le monde est franchement un endroit bizarre, non?», sourit-il.

©©Martin Parr / Magnum Photos

Dernier recours

Martin Parr est pour l’heure un photographe qui ne photographie pas. La maladie (ou plutôt son traitement) l’en empêche. Ce voyageur compulsif (n’ironisait-il pas, en 2012, en réponse à une enquête, sur les écueils du voyageur permanent, Susie Marshall, Mme Martin Parr depuis 35 ans, «se lassant d’être Mme Martin Parr») est pour l’heure sédentaire, à Bristol.

"Une série de photos peut prendre des heures, des jours, ou trois minutes. Rien n’est fixé."
Martin Parr
Photographe

Il s’y plie stoïquement, même si l’on sent à son sourire désabusé qu’être devant ses images avec nous lui manque: «Je ne peux pas vous expliquer ce qu’il y a dans cette photo, il faudrait que vous soyez là, devant, à côté de moi». Il le dit ailleurs, d’une formule limpide: «Ce n’est pas moi qui passe d’un monde à l’autre, ce sont mes photos».

Martin Parr joue avec les mots. Ainsi, «Last Resort», la série qui l’a occupé de 1982 à 1985. Un resort, cela désignait d’abord une station balnéaire, formule devenue désuète, avant l’avènement des hôtels all inclusive de la termitière touristique. Mais le «last resort», c’est aussi le dernier recours. En un mot, Parr nous livre des images mortelles de nos vacances.

©Magnum Photos

Les montres de Saddam Hussein

Martin Parr joue avec son nom. En 2008, «Parrworld» exposait sa collection d’objets personnels et obsessionnels, qui ont alimenté des livres: «Space Dogs» (2019), cosmonautes canins soviétiques des années 1950 déclinés sur toutes sortes de bibelots Made in USSR, qu’il chinait sur les marchés aux puces moscovites («c’était avant Internet»). Ou «Saddam Hussein Watches», les montres de Saddam Hussein, en 2004. Son père, observateur d’oiseaux, lui a transmis ce regard «obsessionnel».

En 2017, avec Susan et leur fille unique, Ellen, née en 1986, ils ont créé la Martin Parr Foundation, qui accueille plusieurs fonds de photographie documentaire britannique et monte quatre expositions par an.

En 2020, nouvel épisode de son jeu avec son nom: c’est «Parrathon», exposition inaugurée en Bretagne. En 46 ans, sa photographie s’est en effet muée en marathon, en course de fond dans les recoins du globe. Mais le marathonien est avant tout un porteur de nouvelles. Celle que nous apporte Martin Parr annonce aussi une victoire, fût-elle amère: on peut vivre dans ce monde.

Exposition

"Parrathon"

Par Martin Parr, photographe

400 clichés à voir au Hangar Photo Art Center

18 Place du Châtelain, 1050 Bruxelles

Note de L'Echo:

Martin Parr – 'La photographie est une forme de thérapie' | TateShots

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