"Mode Muntu sera le peintre du XXIe siècle"

©Michael de Plaen

La Cité Miroir, à Liège, consacre une rétrospective inédite au peintre congolais, disparu en 1985, mais en laissant des traces. Une découverte!

Mort en 1985 avant d’avoir achevé "Le linceul", son ultime tableau, l’artiste congolais Mode Muntu fait partie de ces créateurs injustement oubliés de l’histoire de l’art. Pourtant, lorsque l’on découvre les 73 tableaux que les commissaires Michaël de Plaen et Aude de Vaucresson mettent en regard d’œuvres d’ A. R. Penck, de Keith Haring et des peintres aborigènes Daniel Walbidi et Roy Underwood, on se dit que Mode Muntu aurait dû entrer dans la légende.

73 tableaux
Pourtant, lorsque l’on découvre les 73 tableaux que les commissaires Michaël de Plaen et Aude de Vaucresson mettent en regard d’œuvres d’ A. R. Penck, de Keith Haring et des peintres aborigènes Daniel Walbidi et Roy Underwood, on se dit que Mode Muntu aurait dû entrer dans la légende.

Cette rétrospective consacrée à Mode Muntu, littéralement "l’homme modeste", peut ainsi se lire comme une volonté institutionnelle et européenne de le réhabiliter. Mais on y cherche aussi à lui ménager la place singulière qui lui revient. Comme s’il était le chef de file d’une peinture universelle, une peinture qui fait sienne la notion de l’"art pour l’art", célébrée au XXe siècle, tout en récusant le passage obligé par les courants et des mouvements censés la légitimer.

Techniquement, "l’homme modeste" peint ses toiles essentiellement sur carton, à la gouache. Aucune arrière-pensée mercantile dans leur réalisation. L’artiste s’y exprime entièrement comme il ne réussit pas à le faire dans "la vraie vie". Sa timidité naturelle l’empêche parfois de vendre ses tableaux, voire même d’acheter le matériel nécessaire à leur réalisation. C’est sans compter sur des amis précieux qui voient, plus que lui-même, l’artiste à l’œuvre et l’aideront à se réaliser (lire l’encadré).

Carte d'identité

Mode Muntu (1940-1985), de son vrai nom Modeste Ngoie Mukulu Muntu, est né à Mwanza, dans la province du Katanga. Très jeune, il s’installe avec sa famille à Lubumbashi et s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts, où l’on repère son talent. Après 10 ans d’interruption, il revient à la peinture dans l’atelier que lui aménage Claude Charlier, le directeur de l’Académie. Guy de Plaen, le conservateur du Musée de Lubumbashi, et sa femme, Jeannette Kawende, lui donnent les moyens matériels de se consacrer uniquement à son art… sous le regard de leur fils, Michaël de Plaen. 30 ans après la mort du peintre, celui-ci lui dédie une exposition et une monographie.

 

Tous en effet ont perçu chez Mode Muntu un style personnel et totalement atypique. C’est ce que montre l’exposition qui privilégie une approche thématique plutôt que biographique ou historique.

La "patte Muntu" consiste en une exploitation singulière de la quadrichromie et de la technique du pinceau. Ses peintures sont ainsi essentiellement composées de paires de petits points opposés entre eux par des couleurs variées. De ce travail méticuleux et répétitif se révèle une personnalité artistique aussi forte que les couleurs vives qu’elle exprime. Et ses corps anonymes et intemporels de nous narrer une histoire – celle du calendrier lunaire Luba, de l’origine des sexes ou du territoire étrange des termitières.

Ces thématiques indéniablement issues de l’anthropologie du Congo frappent instantanément le regard. A travers le pinceau vif de Mode Muntu, elles acquièrent aussi une dimension universelle.

Portée universelle

Toute la scénographie de l’exposition tend à lui conférer cette plus vaste portée. Si Mode Muntu est absent de nombreuses anthologies et qu’il ne tient pas dans les mouvements et les courants artistiques de son époque, ses silhouettes graphiques, masculines ou féminines, n’en évoquent pas moins avec insistance celles des tableaux de A.R Penck et de Keith Haring également présents dans l’exposition.

Leur point commun? Des corps essentialisés, un sens du mouvement qui frise la virtuosité et d’infinies nuances chromatiques qui touchent l’observateur quel que soit son contexte culturel. Et on ne pouvait rêver meilleur compagnonnage pour en finir une fois pour toutes avec "le peintre modeste". Jan Hoet, le mythique conservateur du S.MA.K. de Gand, ne disait-il pas que Mode Muntu serait le peintre du XXIe siècle?

"Mode Muntu", jusqu’au 27 août à La Cité Miroir (Liège). 04 230 70 50 www.citemiroir.be

Michaël de Plaen, le commissaire de l’exposition, signe également une monographie exhaustive aux éditions Prisme, regroupant quelque 400 œuvres de Mode Muntu (256 pages, 49 euros).

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