Montpellier, en quête d'art contemporain

L’Arbre blanc, dessiné par le Japonais Sou Fujimoto, vient d’être achevé après quatre ans de travaux. ©Valérie Paduano

Chaque mardi, L’Echo part visiter les grandes villes de la culture française. Troisième arrêt: la "surdouée" du sud.

Le New York Times, en 2012, sélectionnait Montpellier parmi les 45 sites à voir absolument. La ville a aujourd’hui l’ambition de s’imposer comme une valeur sûre de la création artistique contemporaine internationale. L’ouverture du MOCO, l’Hôtel des collections marque une nouvelle étape dans une ville qui compte déjà de nombreux événements culturels majeurs historiques: Montpellier Danse, Cinemed, Festival des architectures vives,…

À deux pas de la gare Saint-Roch, en plein cœur de ville, l’ancien hôtel Montcalm datant du XVIIIe siècle, ancienne propriété du ministère de la Défense, était initialement destiné à devenir un musée dédié à l’histoire de la France en Algérie. Il s’est vu imposer un tout autre destin avec l’arrivée en 2014 de Philippe Saurel: maire de Montpellier et président de la communauté d’agglomération. Ce dernier décide alors de donner au lieu une nouvelle orientation plus porteuse selon lui: l’art contemporain. Cette décision viendrait combler une dimension artistique qui manquerait à Montpellier…

Le 29 juin 2019 naît donc l’Hôtel des collections. Cette ouverture vient compléter le binôme déjà formé par l’École supérieure des Beaux-Arts de Montpellier et le centre d’art contemporain La Panacée. Ce dernier est un espace de production et d’exposition pour les artistes émergents. Avec l’Hôtel des collections, ces trois institutions constituent ainsi le MO.CO., acronyme de Montpellier Contemporain.

"Nous voulons faire de Montpellierla contre-scène artistique française."
Nicolas Bourriaud
Directeur du MO.CO.

"Notre volonté est de faire de Montpellier une place forte de l’art contemporain en France mais aussi une destination culturelle bien identifiée à l’international. Le MO.CO. affirme notre souhait de mettre à l’honneur une nouvelle conception dans la manière de penser l’art. De l’apprentissage avec l’école des Beaux-arts, aux talents en devenir exposés à La Panacée, et enfin avec les artistes confirmés présentés au sein de l’Hôtel des Collections", nous explique ainsi Philippe Saurel.

C’est donc avec une certaine fierté que l’équipe dirigeante semble convaincue que le MO.CO. est un modèle unique au monde! Fédérant trois entités, il se veut créateur de coopération culturelle avec l’ambition de maîtriser toute la filière artistique, de la formation à l’exposition. Il n’hésite pas à se comparer à Los Angeles avec l’ambition de se positionner comme capitale mondiale de la culture, nous explique Nicolas Bourriaud, cofondateur du Palais de Tokyo, ancien directeur de l’école des Beaux-Arts de Paris et nouveau directeur du MO.CO. Il se donne aussi le pari de "faire de Montpellier la contre-scène artistique française"

Le MO.CO. (Montpellier Contemporain), un espace d’exposition dédié aux collections publiques et privées du monde entier. ©Jean-Philippe Mesguen

Faire de l’ancien un atout de modernité

Plutôt que de s’offrir un spectaculaire bâtiment neuf en périphérie de la ville, le choix de requalification de l’existant patrimonial a été privilégié. Elle a été confiée à Philippe Chiambaretta, de PCA-Stream; celui-ci a su mettre son geste architectural en retrait au profit de l’usage même du bâtiment. "Ici, le bâtiment ne se veut pas une œuvre en soi, il est conçu pour accueillir et servir les œuvres", indique l’architecte.

Entre salles d’expositions plus intimes et grands volumes, l’Hôtel des collections peut accueillir tout type d’œuvres, sculptures monumentales, peintures, vidéos…

Le musée Fabre va célébrer, en fin d’année, le centenaire de Soulages. ©Montpellier Agglomeration

À deux pas de la gare, l’Hôtel des collections est conçu comme un lieu de vie pour tous, avec des espaces accessibles indépendamment du musée: le parc, havre de verdure et de fraîcheur, le restaurant locavore paré d’une installation de néons de Loris Gréaud, la magnifique boutique-librairie et la Cour des fêtes qui constitue un lieu événementiel modulable. Rétroéclairée la nuit, la couronne de l’ancien mess des officiers fait sobrement signal dans le paysage urbain de Montpellier.

Partie du constat que créer une collection internationale d’art contemporain est quasi injouable financièrement pour une ville, l’idée fondatrice du projet est de consacrer ce nouvel écrin à l’exposition de collections venues du monde entier, et ce, qu’elles soient issues d’une fondation, d’un privé, d’une entreprise, d’un musée ou même d’un artiste.

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Bien souvent une collection privée se fait sur des coups de cœur, des effets de mode voire même sur la spéculation du marché. L’enjeu pour les commissaires sera de tisser un message plus compréhensible pour les visiteurs.

Ainsi, l’exposition inaugurale, "Distance intime", est constituée de chefs d’œuvres de la collection Ishikawa. Sculptures, photographies, peintures, vidéos et installations collectionnés en huit ans à peine par cet entrepreneur japonais. En parcourant l’exposition, il est parfois difficile de trouver le fil conducteur ou le concept qui relie On Kawara, Felix Gonzalez Torres, Pierre Huyghe, Danh Vo, Tino Sehgal, Motoyuki Shitamichi ou Simon Fujiwara.

L’Arbre blanc, nouvelle icône

Montpellier est devenue, au fil des années, un haut lieu de l’architecture moderne et a fait appel à plusieurs grands architectes pour enrichir son bâti. Depuis les années 1980, la ville a vu son urbanisme profondément bouleversé avec la création de nouveaux quartiers (Antigone, port Marianne) sous la houlette de l’architecte catalan Ricardo Bofill.

Ensuite, Jean Nouvel y a conçu l’hôtel de ville et le RBC Design Center, Zaha Hadid a créé le bâtiment des Archives départementales, sans oublier Philippe Starck qui a imaginé le centre sportif et de bien-être intitulé le "Nuage" ou encore Lot 2, Jardins de la Lironde par Farshid Moussavi Architecture, Le théâtre Jean-Claude Carrière et L’Arena par A + Architecture, le pont de la République de Rudy Ricciotti, pour n’en citer que quelques-uns parmi d’autres.

L’Arbre blanc, dessiné par le Japonais Sou Fujimoto, vient d’être achevé après quatre ans de travaux. ©Valérie Paduano

Mais avec l’Arbre blanc, Montpellier a placé la barre de l’audace architecturale encore un peu plus haut. Œuvre de Sou Fujimoto architects, l’équipe du projet inclut également Nicolas Laisné, Dimitri Roussel, et OXO Architectes.

Cette tour d’habitation de 17 étages donne l’impression d’une croissance organique sortant du sol. En saillie de la façade, les terrasses disposées en éventail dont les porte-à-faux vont jusqu’à 7,5 mètres de long, sont comme des "branches" offrant des zones d’ombre aux habitants. Ils constituent également un voile de protection de la façade afin de réduire la consommation énergétique de 20 à 30%.

L’arbre Blanc est sans aucun doute une nouvelle icône dans le paysage architectural mondial.

Le musée Fabre
Bientôt le centenaire de Soulages

Le musée Fabre, né du legs considérable du peintre François-Xavier Fabre (1766 -1837), a été installé en 1828 par la municipalité, dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle, puis il s’est étendu autour, avalant un ancien collège des jésuites. Réouvert en 2007 après quatre années de rénovations, il constitue un des musées majeurs du sud de la France. Dans ses parties historiques comme dans son extension contemporaine, le musée Fabre et son architecture prennent avant tout le parti des œuvres et de leur mise en valeur.

La collection permanente s’organise au fil des bâtiments existants, depuis l’hôtel de Massilian jusqu’à l’ancien collège des jésuites. Tout au long de cette boucle historique, on s’émerveille autant des œuvres exposées que des espaces d’exposition qui ont gardé les volumes et les ambiances d’origine, en particulier dans la suite magistrale de la salle du Jeu de paume, la salle des Griffons et la salle des Colonnes, mais aussi dans les anciens appartements des Fabre.

Point d’orgue du parcours: l’aile contemporaine, dédiée aux œuvres de Soulages. Les grands tableaux de l’artiste trouvent leur place exacte dans ce cocon de verre et de béton calibré sur mesure pour eux.

La paroi du bâtiment créé lors de la rénovation prend la forme d’un mur de lumière laiteuse irradiant la dernière salle. Notre regard plonge alors dans les œuvres magistrales de cet artiste, qui fêtera ses 100 ans le 24 décembre prochain.

http://museefabre.montpellier3m.fr/

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