Mu.ZEE fait chanter ses muses

La lumière inonde le nouveau Mu.ZEE. ©Steven Decroos

Une nouvelle présentation met en valeur le bâtiment moderniste, sa collection d’art belge, son passé de grand magasin et sa baie vitrée. Post tenebras lux!

Imaginez-vous l’Inno sans sa marchandise, sans ses moules du Lunch Garden, mais avec des murs entiers dédiés à l’art belge. C’est un peu le chemin parcouru par un grand magasin ostendais, la coopérative S.E.O. ("De Coo" pour les locaux), ancien cœur battant commercial de la ville devenu Mu.ZEE au fil des années.

L’institution muséale vient de rouvrir ses portes après un remodelage de ses salles réalisé par le collectif Rotor, mettant en valeur la collection artistique, ainsi que l’usage originel de cet écrin moderniste en verre de 1948 signé Gaston Eysselinck. À l’entrée, on nous invite à prendre directement l’ascenseur jusqu’en haut pour une traversée des étages et des décennies. Ping, nous voilà au 2b, où on débarque dans le temple du shopping des années 50. La S.E.O. d’antan est représentée par les plans d’architecte qui lui ont donné forme, des photos historiques, des biens jadis proposés à l’achat et des pubs d’époque pour des appareils ménagers, destinées à la femme qui n’aspirerait qu’à posséder le dernier Hoover (70 ans plus tard, on la cherche toujours, cette femme).

L’institution muséale vient de rouvrir ses portes après un remodelage de ses salles, mettant en valeur la collection artistique, ainsi que l’usage originel de cet écrin moderniste en verre.

En jetant un coup d’œil au-delà du balcon, on aperçoit plus bas les véritables objets de notre convoitise: James Ensor et Léon Spilliaert, ou plutôt, les tableaux et aquarelles de ces deux figures tutélaires de l’inspiration artistique en bord de mer. L’entrée en matière se fait par le biais de deux selfies à l’ancienne – l’Autoportrait au chapeau fleuri rubensien d’Ensor toise désormais l’Autoportrait au miroir délicieusement unheimlich de Spilliaert. Un tête-à-tête de titans qui marque le début d’une déambulation à travers l’art belge de 1880 à nos jours, nous ramenant progressivement au rez-de-chaussée.

Façade du nouveau Mu.ZEE. ©Nikki Lucy

Voir comme Ensor

Premier constat devant la nouvelle présentation: l’ouverture de l’espace. On respire! À notre dernière visite avant la fermeture pour travaux, on s’était un peu perdu dans les (trop?) nombreux dédales de Mu.ZEE. Le démantèlement de nombreux murs a permis de se rapprocher de la structure d’origine, un vaste "open plan" rythmé par les deux grands escaliers de l’ancien magasin et des pans de mur en L portant les œuvres de la collection. Celles-ci sont ordonnées de façon plus ou moins chronologique – on commence en haut avec la fin de siècle, on termine en bas parmi les acquisitions contemporaines – mais le visiteur est aussi laissé très libre quant au parcours à (dé)composer. Seule consigne? "Regardez"! De fait, dans ce cadre épuré, c’est la première fois qu’on remarque que James s’est peint des poils de moustache turquoise; il ne cessera jamais de nous surprendre.

Dans la section contemporaine, l’installation aux allures maritimes d’Otobong Nkanga baigne dans la lumière de la baie vitrée comme si elle était destinée à amarrer là.

Autre découverte, le changement opéré par l’entrée de la lumière naturelle. Avec la désobstruction des fenêtres, on nous offre la vue sans cesse reproduite par Ensor depuis ses ateliers successifs – les toits d’Ostende. Illumination, l’endroit et les œuvres se répondent. Le carrelage vintage s’avère complémentaire à l’abstraction d’après-guerre. Dans la section contemporaine, l’installation aux allures maritimes d’Otobong Nkanga baigne dans la lumière de la baie vitrée comme si elle était destinée à amarrer là.

Enfin réhabilitées

Plongeons dans la collection: on y retrouve tous les grands noms de l’art belge – Paul Delvaux, Roger Raveel, Luc Tuymans – mais aussi Euphrosine Beernaert, Alice Frey et Rachel Baes… QUI? Des artistes femmes talentueuses oubliées par l’histoire, enfin réhabilitées. Bref, le Mu.ZEE nouveau est arrivé. Et il suffit d’enfourcher un cuistax pour y aller!

Léon Spilliaert, Autoportrait au miroir, 1908, coll. Mu.ZEE, Ostende. ©Steven Decroos

Exposition

"De Coo à l'art"

Mu.ZEE, Ostende

Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 17h30. En juillet et août: ouvert le jeudi de 10h à 22h.

Note de L'Echo: 5/5

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