Mudia à Redu: le petit musée qui inspire les grands

Gentileschi... en 2020. (c) Mudia

De Véronèse à Manara en passant par Rodin ou Kupka, 331 œuvres d’art servies par 66 dispositifs ludiques et interactifs réconcilient l’art avec les petits et les grands. L’expérience Mudia, à Redu.

Mais qu’est-ce que des délégations du Louvre et du Grand Palais sont venues voir au Musée Didactique d’Art de Redu? À l’origine du concept de ce musée pas comme les autres, le collectionneur belge Éric Noulet. Ce dernier estimait que les musées traditionnels "sont souvent histoire de spécialistes", comme l’explique Tanguy Henrard, son directeur, "et qu’on s’y ennuie." À rebours de ces approches traditionnelles, Éric Noulet voulait donc un musée "accessible à tous, petits et grands, amateurs ou public averti, un musée qui soit une véritable porte d’entrée ludique et didactique dans le monde de l’art et du beau. Car ceux-ci peuvent être goûtés par tout le monde", poursuit Tanguy Henrard.

Le musée voit le jour en septembre en 2018 dans l’ancien presbytère de Redu grâce à la collaboration d’un grand nombre de collectionneurs belges et internationaux prêtant leurs œuvres à très long terme.

Résultat: une foisonnante collection qui s’étire au fil d’un parcours de 20 salles réparties sur quatre niveaux. Les 331 œuvres, s’échelonnant du XVe au XXIe siècle, s’enchaînent avec une grande fluidité. "Ce qui était important du point de vue de la scénographie du musée est que le public ne soit pas écrasé par l’œuvre", souligne Tanguy Henrard. Et pour que l’accès aux œuvres soit facilité pour tout un chacun, le musée n’a pas lésiné sur les moyens. Chacun des 46 mouvements artistiques représentés est intelligemment et brièvement introduit. Les activités ludiques et didactiques, elles, sont multiples: films d’animation, explications multimédia, jeux, tableaux numérisés interactifs.

L'oeuvre sur un escabeau

Ainsi de "La Tentation de Saint-Antoine", de Jérôme Bosch, qui invite à cliquer sur les personnages. À ne pas manquer: le dispositif qui accompagne le "Marat assassiné" (1793) de David (l’un des rares fac-simile du musée), les petites merveilles auxquelles on accède via un escabeau ou encore l’œuvre coquine que l’on ne voit qu’en soulevant le voile qui le protège du regard indiscret.

«Un musée qui soit une véritable porte d’entrée ludique et didactique dans le monde de l’art et du beau. Car ceux-ci peuvent être goûtés par tout le monde.»
Tanguy Henrard
Directeur du Mudia

Le visiteur peut aussi s’amuser sur un jukebox pour connaître la valeur de certaines peintures. Et à la fin du parcours, un film d’animation en 3D récapitule l’histoire de l’art. Cette approche ludique pleine de surprises évite toute monotonie à la visite.

Aux cimaises, des œuvres signées par plusieurs dizaines d’artistes majeurs illustrant les mouvements artistiques européens: de la peinture gothique et des primitifs flamands à la Nouvelle figuration et la Nouvelle subjectivité en passant par le caravagisme, le baroque, le classicisme, le réalisme et les multiples courants qui explosent depuis la fin du XIXe siècle: impressionnisme, expressionisme, cubisme,…

L’art en s’amusant

La peinture est à l’honneur mais sculpture, dessin, bande dessinée et photographie ne sont pas oubliés. Dès l’entame du parcours, on ne manquera pas, parmi bien d’autres: outre un Véronèse, la sensuelle "Madeleine Pénitente" (1650) de la caravagesque Artemisia Gentileschi, l’une des rares femmes peintres de cette période. Mais aussi un aérien Piazetta, "Dieu séparant la lumière des ténèbres" (1717-1727), les petits bustes-caricatures de Daumier, des nus de Klimt, la méditative "Femme écrivant" (1880) d’Anna Bosch, un exceptionnel ensemble de dessins de femmes signés Picasso ou encore – et j’en passe –: Constantin Meunier, Kandinsky, Rick Wouters, Henri Michaux et Giacometti, sans oublier Rops, Khnopff, Ensor, Spilliaert et Magritte mais aussi Andy Warhol, Franquin ou Marcel Broodthaers.

Grâce à leurs dispositifs interactifs, ces œuvres sollicitent le visiteur qui n’est plus un spectateur passif, dubitatif ou intimidé. Une formidable synthèse de l’histoire de l’art qui en met plein les yeux. Et donne l’envie d’y retourner. Le Mudia: un musée qui introduit à d’autres musées. Un petit qui inspire les plus grands. Eh bien alors, allons-y les enfants!

>À Redu (Province du Luxembourg), sur réservation: www.mudia.be

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