Musées et galeries organisent la riposte (virtuelle) au coronavirus

Mona Lisa doit à présent se sentir bien seule au Louvre. © Raquel Carbonell ©Â© Raquel Carbonell

La fermeture des musées et galeries décidée dans de nombreux pays et en Belgique prive nos sociétés de ces lieux essentiels à la vie. Comment réagissent-ils?

Dans le monde entier, les haut-lieux de l’art sont fermés: le MoMA à New York, le Centre Pompidou à Paris, les Musées Royaux des Beaux-Arts à Bruxelles. Des foires sont reportées, à juin pour les optimistes (Art Brussels, Art Basel Hong Kong), à septembre pour les réalistes (Miart, Milan).

Des expositions cruciales, auxquelles des centaines d’acteurs publics ou privés ont consacré une énergie et des fonds considérables, sont écourtées, comme "Van Eyck" au Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK). Face à ce tsunami qui déstabilise l’économie des institutions culturelles, les réactions sont variables. À Rome, les musées du Vatican, à Florence, le musée des Offices avec ses "HyperVisions" ouvrent leurs porte virtuelles somptueuses. Directrice du Castello di Rivoli (Turin), Carolyn Christov-Bakargiev a lancé début mars avec son équipe un Digital Cosmos des collections du musée. 

Musées, concerts : la culture à l’heure du confinement - 28 minutes - ARTE

Le vide et le trop-plein

En Belgique, les collections des Musées Royaux sont notamment accessibles grâce aux outils mis en place conjointement avec Google depuis plusieurs années. À Gand, l’"Agneau mystique" était déjà accessible avant le Corona en très haute définition.

«Les institutions culturelles, lieux de recherche et de réflexion, sont aussi des espaces de liberté. Ces deux fonctions doivent-elles vraiment être suspendues? Ne pourrait-on laisser nos grands musées ouverts, comme le sont nos grand supermarchés, sous conditions?»
Bart De Baere
Directeur du MUKHA, à Anvers

À Bruxelles, Louma Salamé, directrice de la Fondation Boghossian, souligne: "Nous venions d’ouvrir l’exposition ‘Mappa Mundi’. Les prêts d’œuvres anciennes, réputées fragiles, sont souvent limités à trois mois, ce qui complique toute prolongation. Mais nous nous devons de nourrir nos visiteurs. Nous avions déjà des hiatus de 20 jours entre nos expositions et, portes ouvertes ou fermées, l’habitude de communiquer. Notre première offre, sur les réseaux sociaux, enrichira le contexte de ‘Mappa Mundi’ et ouvrira des portes sur le passé et sur des pièces jamais visitées de la Villa Empain. Nous nous joignons aussi à l’initiative de BrusselsMuseums et #museumathome. Au-delà, avec le retour à la normale, je redoute, après plusieurs mois de vide, le trop-plein et la saturation!"

Sièges vides en Italie, comme partout. © Zoonar/LKPRO ©Â© Zoonar/LKPRO

Tous sur les réseaux

Au Grand-Hornu, Marie Pok, directrice du Centre d’innovation et du design (CID), œuvre avec les 35 membres de son équipe à la production de contenus sur le site et la page Facebook de l’institution. Nous sommes d’abord un site patrimonial: "Nos guides vont se filmer en racontant ‘leur’ Grand-Hornu, l’histoire industrielle de la région, celle des objets les plus usuels, de la brosse à dents à la plaque d’égout, que nos habitudes nous faisaient oublier. Auparavant, nous évitions de trop promouvoir les facettes virtuelles, car nous préférions accueillir physiquement le public. Dans ce contexte, nous inversons la vapeur. Soulignons que ces outils (page Facebook, chaîne YouTube) sont très peu coûteux.

«Cette crise est un ‘game changer’ qui nous incite à investir dans des moyens inédits, investissement qui doit être durable et servir à élargir notre rayonnement dans le monde entier.»
Rodolphe de Spoelberch
Fondateur du Hangar, à Ixelles

Enfin, à Anvers, Bart De Baere, directeur du MUHKA, a certainement la vision la plus radicale et la plus stratégique. "Sur le confinement, j’observe tout d’abord que la National Gallery, à Singapour, qui siège au conseil d’administration du MUHKA, et qui est quatre fois plus vaste que nous, n’a jamais fermé. Ils sont restés ouverts, sous conditions d’accès restreintes. C’est donc possible, si certaines actions protectrices sont respectées. Cela soulève un questionnement: les institutions culturelles, lieux de recherche et de réflexion, sont aussi des espaces de liberté. Ces deux fonctions doivent-elles vraiment être suspendues? Ne pourrait-on laisser nos grands musées ouverts, comme le sont nos grand supermarchés, sous conditions? D’autre part, au-delà du court terme médiatique, nous engageons une vaste réflexion à long terme sur l’offre muséale avec nos partenaires de l’Internationale, qui réunit notamment le Museo Reina Sofia (Madrid), le MACBA (Barcelone), le Van Abbemuseum (Eindhoven), le MSN (Varsovie): recherches artistiques, commissariats d’expositions, présentations relatives aux collections des institutions partenaires "ancrées dans le local et reliées au mondial".

Dans les galeries d'art

Des galeries bruxelloises cherchent aussi la parade au tsunami. Certaines se greffent sur de grandes manifestations comme Art Basel, avec son Online Viewing Rooms. Xavier Hufkens y présente «An Intimate Relationship», des tableaux contemporains (Zhang Enli, Tracey Emin, Sterling Ruby…), aux côtés des 234 galeries de l’édition 2020.

Le Hangar, propose en vidéo, dès ce samedi, sur ses comptes (Instagram @HangarPhotoArtCenter et Facebook @HangarPhotoArtCenter), l’exposition du photographe hollandais Ruud van Empel: montage de seize prises de vue reproduisant les œuvres dans leur espace avec fonctions panoramiques, zooms et informations. Le livre de l’exposition est disponible sur www.ideabooks.nl.

Rodolphe de Spoelberch, fondateur du Hangar, confie: «Toute catastrophe recèle une opportunité. Cette crise incite à une réflexion sur la communication des lieux culturels d’art visuel. Notre métier est d’exposer et de vendre des images. Cette crise est un ‘game changer’ qui nous incite à investir dans des moyens inédits, investissement qui doit être durable et servir à élargir notre rayonnement dans le monde entier. Cela pose des problèmes de droit de l’image et se heurte aussi aux craintes des artistes, pour qui une telle reproduction suscite un malaise, notamment quant à la valeur d’une pièce censément unique».

Nos idées d'activités culturelles, ludiques et pédagogiques durant le confinement

Comme de nombreux Belges et Européens, vous êtes certainement confiné chez vous à télétravailler ou à essayer de tuer le temps. Voici notre sélection d'activités culturelles, ludiques et pédagogiques: 

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