Photo | Les rêves meurtris de l’Amérique latine à la Fondation A

«Ventana» (1976), de Fernando La Rosa, sublime la réalité brutale du Pérou. ©Fernando La Rosa

La Fondation A, à Forest, expose 120 clichés latino-américains: une leçon esthétique et politique, en forme de mise en garde pour notre Europe menacée d’instabilité.

Chacun se souvient de l’ultime photo de Salvador Allende, le 11 septembre 1973, sortant du palais présidentiel de la Moneda, au Chili, le visage levé vers le ciel où tournoient les avions de la junte du général Pinochet. On sait aussi que l’Amérique latine a longtemps été, de Theodore Roosevelt à Ronald Reagan, à la fois une arrière-cour, un pré carré et un terrain d’expérimentation politique pour les États-Unis et ses services plus ou moins secrets. Certaines tactiques d’infiltration mises au point au Chili, en Uruguay ou au Brésil furent ensuite déclinées dans l’Europe divisée d’avant la chute du Mur de Berlin.

Photographie

«L’Amérique Latine Éraflée»

Jusqu’au 27 juin: www.fondationastichting.be

Note de L'Echo: 3/5

La collection d’Astrid Ullens de Schooten Whettnall raconte les aspirations et les sévices de ces peuples confrontés des décennies durant à la coercition politique et à la violence étatique. Animée par d’une mission pédagogique, la Fondation A qu’elle préside cherche à travers la photographie documentaire à nous faire toucher des yeux ces rêves meurtris.

Dictature et dictamolle

Ainsi que nous le rappelle Alexis Fabry, le commissaire français de l’exposition, du Mexique, où la révolution a fait le lit d’une «dictamolle» d’un parti institutionnel, à Cuba, où elle a engendré la dictature, du Brésil au Venezuela, où la décomposition des élites ont fait le lit des populismes de droite ou de gauche, une économie mafieuse finance les guérillas et gangrène l’appareil d’État.

Certaines de ces images couvrant près de 60 années sont documentaires, et montrent la vie nue et la souffrance brute. D’autres, comme Volando Bajo, de Pablo Ortiz Monasterio, préfigurent le street art. D’autres encore, comme l’admirable Los Pollos (1979) de Graciela Iturbide, ou le Ventana (1976) de Fernando La Rosa, composé comme une planche-contact au format 6x6, subliment une réalité brutale.

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