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reportage

Picasso, le premier peintre entré au Louvre de son vivant

©Louvre-Lens

L'exposition "Les Louvre de Pablo Picasso" raconte la relation tumultueuse entre l'artiste espagnol et le célèbre musée. Une relation faite de rapprochements et de confrontations successifs.

À Lens, au milieu d'un parc, sur le site de l'ancienne fosse n°9 des mines de Lens, il existe depuis 2012 un deuxième Louvre. Dans ces volumes amples, fluides, d'une suprême élégance, nous sommes invités à découvrir les Louvre successifs de Pablo Picasso, déployés sur les trois quarts de son siècle.

Dimitri Salmon, collaborateur scientifique au département des Peintures du musée du Louvre, a mis à profit sa connaissance intime et son accès privilégié aux collections du Louvre pour orchestrer cette mise en résonance du peintre et du musée: les "rencontres au sommet et les rendez-vous manqués" de l'un et l'autre, qui n'ont cessé de se chercher.

L'histoire débute en 1900. Picasso a 19 ans, il entre au Louvre pour la première fois, en visiteur au regard avide.

L'histoire débute en 1900. Picasso a 19 ans, il entre au Louvre pour la première fois, en visiteur au regard avide. Son ami, le futur scénographe catalan Josep Rocarol, résume leurs premières déambulations: "Nous avons beaucoup marché sans rien voir tant il y avait à voir." Jeanne-Thérèse Bontinck, chargée de recherche et d'exposition au musée, souligne que ces rapprochements entre les pièces du Louvre et les œuvres de Picasso sont avérés… ou hypothétiques.

Ainsi, le Nu debout de 1902 et une femme nue debout égyptienne, vieille de 40 siècles, appartiennent à la seconde catégorie, mais le mariage de la Grande porteuse d'offrandes, également égyptienne, et de sa Porteuse de jarre (1935) est attesté par ses croquis.

Vol, transgressions, destructions

Picasso migre d'Espagne à Paris en 1904, et, au Louvre, se plonge dans les antiquités égyptiennes et gréco-romaines. En 1911, après le célèbre vol de la Joconde par un nationaliste italien, Apollinaire et Picasso sont tragi-comiquement mêlés au larcin et au recel (une guignolade) de statuettes antiques ibériques.

En 1933, une première œuvre d'un Picasso déjà affirmé (et non plus le jeune peintre des débuts, avide de regards volés et de gestes de transgressions) est brièvement exposée dans le musée.

En 1938, l'imminence de la guerre pousse le musée à protéger ses collections. Entre 1940 et 1944, plusieurs salles dites "du séquestre", réquisitionnées par l'occupant, reçoivent les œuvres spoliées. Plus de cinq cents Picasso entrent alors dans ces réserves. En 1947, le peintre quitte Paris, mais emporte ses Louvre sous forme de cartes postales et reproductions.

"Chez moi, un tableau est une somme de destructions", prévenait-il. Chez l'Ogre, ainsi qu'on le surnommait, cette destruction dévorante et créatrice revêt des formes récurrentes, qu'il s'agisse des Minotauromachies, mythologie de l'homme-animal, du "vocabulaire militant" de Guernica, et des femmes monolithiques, semblables à des totems, à la grâce angulaire et recomposée. Plusieurs tableaux de 1937-1938 déclinent le peintre en personne sur un mode bestial, en faune ou en minotaure. Sur une photo de plage à Juan-les-Pins, sa tête est masquée par un crâne de bovidé.

"Les bons artistes copient, les grands artistes volent."
Pablo Picasso

"Les bons artistes copient, les grands artistes volent", affirmait-il aussi. Au Louvre, son œil n'a cessé de voler, et, ensuite, de rendre. Le double parcours de l'exposition permet d'osciller librement entre l'histoire de ces rapprochements transgressifs — cette Tête de taureau de 1942, composée d'une selle et d’un guidon de vélo, intime cousine, à distance de 47 siècles, de la tête du taureau de Girsu (Irak, 2600 av. J.-C.) —et la chronologie des inspirations louvresques du peintre, restituée dans une enfilade majestueuse de salles évocatrices des galeries du Louvre.

©Succession Picasso 2021 ©Louvre-Lens_Lamacz_Laurent

Ce fut la forte impression qu'en retira Georges Salles, directeur du musée, lors de sa première visite à l'atelier de Picasso en 1935. Pourtant, leur relation achoppa en 1952 sur l'épisode fameux du portrait que le peintre souhaitait exécuter du directeur, un moyen pour lui de se voir accroché, déjà, enfin, au Louvre, "dans l'antichambre de la Direction". L'entreprise fut tuée dans l'œuf par la commande d'un plafond peint à Georges Braque, éternel rival de l'Espagnol, avortement qui scella son refus et suffit à trahir chez lui une vulnérabilité sans merci.

À l'extrémité du parcours, à 90 ans, il finira par devenir en 1971 le premier artiste vivant exposé dans ce musée créé à la demande de Napoléon 1er par Vivant Denon (l'auteur de "Point de lendemain", courte et fulgurante nouvelle d'une passion éphémère). Cette exposition-clef de voûte, demandée par Georges Pompidou en personne, célébra l'union tardive du peintre et du musée, attira les foules et fut inaugurée avec émotion par un président de la République à l'œil brillant.

La dernière œuvre du peintre, "Étreinte", peinte le 1er juillet 1972, formait un couple imbriqué.

EXPOSITION

"Les Louvre de Pablo Picasso"

Par Pablo Picasso

Commissaire: Dimitri Salmon, collaborateur scientifique au département des Peintures du musée du Louvre

Jusqu'au 31 janvier 2022

Louvre Lens

Note de L'Echo:

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