Pour ses 40 ans, le Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, se braque sur le futur

La nouvelle "saison 4.0 L’Irréductible" manifeste l’orientation vers des pratiques artistiques novatrices et ouvertes à l’international. ©Centre Wallonie-Bruxelles

Le Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, a fêté ses 40 ans. À cette occasion, Stéphanie Pécourt, directrice, veut donner à voir ce qui ne se fait pas ailleurs.

C’est dans une joyeuse ambiance que plus de 700 visiteurs dont 250 professionnels ont célébré, ce 4 avril, les 40 ans du Centre Wallonie-Bruxelles à Paris. Pour l’occasion, plus de 60 signatures animaient le Centre de leurs photographies, vidéos, films, chants, chorégraphies et performances. Baptisée "L’instant t", un manifeste artistique orchestré par Stéphanie Pécourt, dynamique directrice du Centre depuis janvier 2019. Un Centre qu’elle veut propulser dans le futur.

En 1979, des visionnaires belges francophones – dont Henri-François Van Aal, alors ministre de la Culture – créent, en face du musée Pompidou, le Centre Wallonie-Bruxelles (CWB). Ses 1.000 m² regroupent une salle d’exposition, une salle de cinéma, une salle de théâtre et une librairie. 2019: pari tenu! 15.000 créatifs soutenus (dont les frères Dardenne, Maurane, Xavier Lust ou Vincent Engel); plus de 1.000 événements programmés à Paris et hors les murs; une fréquentation annuelle de quelque dizaines de milliers de visiteurs et plusieurs centaines de professionnels. Diantre!

Le CWB fête ses 40 ans

À la tête du Centre, Stéphanie Pécourt a l’enthousiasme souriant des visionnaires. Après deux ans aux manettes des Halles Saint-Géry, elle apporte au CWB sa riche expérience et les réseaux qu’elle a créés au fil des ans avec des artistes comme avec des institutions parisiennes. Pour elle, le Centre et son équipe multidisciplinaire de 27 collaborateurs est "un outil fabuleux pour retranscrire la vitalité de notre scène".

Son credo: hybridation, indiscipline, émergence, hétérogénéité, technologies, nouveaux formats, partenariats,… D’un mot: être "trans-" (et non pas "pluri"-disciplinaire); car "trans", c’est plus dynamique et plus politique. Si Stéphanie Pécourt entend bien coller aux missions du Centre, c’est par un retour vers le futur: dans un Paris saturé d’offres culturelles, le CWB veut affirmer une ligne artistique originale et claire. Donner à voir ce qui ne se fait pas ailleurs. De l’underground et du consacré. La nouvelle "saison 4.0 – L’Irréductible" manifeste l’orientation vers des pratiques artistiques novatrices et ouvertes à l’international.

Une nouvelle dynamique de projets qui assure une parfaite parité femmes-hommes et qui intensifie les partenariats dans toute la France. Épinglons, par exemple, la première édition parisienne de "Nova XX" (fondé par Stéphanie Pécourt): dédié à l’innovation artistique, technologique et scientifique en mode féminin, ce forum célébrera la révolution 4.0, avec une exposition d’art numérique et une sélection de start-up de femmes entrepreneures. Le CWB lance aussi le "46 digital" avec la sélection de quatre œuvres numériques. Pour les lettres, mise en place d’un réseau intégrant divers masters en écriture contemporaine, de La Cambre et d’autres universités françaises, couplé à deux festivals majeurs: Actoral à Marseille et le Festival Extra au Centre Pompidou.

Côté scène, en 2020, 7 compagnies seront invitées à présenter à des programmateurs français et belges un projet théâtral en cours, au stade de l’écriture ou de premier plateau. Et l’on s’ouvrira à des formes théâtrales ou chorégraphiques hybrides intégrant les nouvelles technologies. Côté cinéma, on amplifiera les avant-premières (17 longs-métrages belges francophones sont actuellement en post-production!). Dans les arts vivants, programmation de deux projets, l’un de Claude Cattelain et l’autre de Mercedes Dassy, au festival Do Disturb au Palais de Tokyo, un incontournable au niveau mondial.

Fédéralisme collaboratif

Le Centre assurera quatre expositions par an et donnera plus de visibilité aux plasticiens actuels. Des collectionneurs privés prêteront certaines de leurs pépites – car l’art belge du XXIe siècle, malheureusement absent des collections publiques, figure essentiellement dans les collections privées. Pour les tout jeunes artistes, un concours mobilisera La Cambre et les Beaux-Arts de Paris et sélectionnera un total de dix talents prometteurs. Mais les collaborations se feront aussi avec des centres d’art de Belgique: la Médiatine, le BPS22 ou le Wiels. Oufti!

"Contrairement à d’autres pays où les artistes se montrent très dystopiques, les jeunes Belges sont plus utopiques et positifs."

Et alors qu’au pays, on s’étouffe dans les divisions (même l’air qu’on respire est une affaire communautaire), à Paris, avec les homologues flamands, on assume un fédéralisme collaboratif et vivant. Car en France, un Belge, c’est d’abord… un Belge. Perçu comme un artiste libre et ouvert sur le monde. "Sartre disait: ‘Autrui détient le secret de ce que je suis.’ C’est par l’autre qu’on se découvre, explique Stéphanie Pécourt. Le Centre n’a pas vocation à être cloisonné. Notre priorité, ce sont les artistes de la Fédération présentant une valeur internationale, des artistes qui, pour un grand nombre, ne sont d’ailleurs pas Belges mais se sont, à un moment donné, retrouvés en Fédération."

Et les jeunes générations d’artistes, quel est leur état d’esprit? "Contrairement à d’autres pays où les artistes se montrent très dystopiques, les jeunes Belges sont plus utopiques et positifs. Ils portent une alternative. C’est une scène résolument visionnaire", se réjouit Pécourt. À l’heure des identités rabougries et des cultures noyées dans le formol, un vent d’ouverture et de liberté. Non peut-être?!

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