Pourquoi faut-il courir voir l'expo "Picasso illustrateur" à Tourcoing?

©Succession Picasso

Courez voir "Picasso illustrateur" au Muba de Tourcoing (Nord de la France). Le dessin, le minotaure des arts n’a cessé d’y revenir, en y associant trois de ses passions: le mythe, l’animalité humaine et la tauromachie.

"Picasso Illustrateur"

Commissaire:Johan Popelard (Musée Picasso-Paris)

Note: 5/5

Sûr de savoir où trouver sa place dans l’art, Picasso a eu cette formule fameuse: "Je ne pouvais pas monter en haut de l’échelle, j’ai cassé les barreaux". S’il est un barreau sur lequel il n’a cessé de poser le pied, c’est celui du dessin. Le Musée Picasso de Paris s'est attaché à conserver ceux qui devinrent des illustrations dans des livres auquel le peintre de Vallauris n’a pas arrêté, de 1905 à 1973, de prêter son trait. Le Muba de Tourcoing en propose cette exposition inédite. Là comme ailleurs, on constate que l’ogre Picasso est un enfant désobéissant qui jongle avec les codes qu’il maîtrise avant de les fracasser.

Gertrude Stein écrit en 1938 dans son "Picasso": "Ses amis, il les choisit bien plus parmi les écrivains que parmi les peintres". Certains sont des vivants, d’autres sont des morts d’un passé plus ou moins lointain mais toujours présent, et le premier fut Ovide, avec les "Métamorphoses", dont il illustre sur le conseil de Henri Matisse une édition pour Albert Skira, qui venait de fonder sa maison à Lausanne en 1928. L’ouvrage est tièdement accueilli, ce qui avec le recul du temps nous paraît incongru à l’extrême. Picasso collaborera ensuite à la revue "Minotaure", créée par Skira en 1933.

Ces silhouettes prennent ici une dimension d’un hiératisme onirique et révèlent la puissance évocatrice du trait, à l’égal de ce que l’on trouve dans les esquisses de Michel-Ange.

La seconde incursion livresque de Picasso est née d’une idée antérieure aux "Métamorphoses", un projet de l’éditeur Gustavo Gili (le père). "La Tauromaquia" serait un manuel pour toreros et aficionados. Picasso avait alors réalisé six eaux-fortes, technique de l’âpreté qui transcrit à merveille la violence mortifère du face-à-face entre la bête et son bourreau de lumière. Le projet inachevé verra le jour avec Gustavo Gili (le fils).

En 1950, Picasso travaille sur ses tauromachies à l’aquatinte au sucre dans sa Californie, à Cannes, pour l’ouvrage "La Tauromaquia". C’est une tout autre technique, qui éclaire la tauromachie sous un tout autre angle. La place est faite au mouvement, aux postures, au tempo, et les officiants du rituel tauromachique se muent en figures (idéo)graphiques. Pourtant, cette légèreté du trait, qui confine à l’esquisse, n’édulcore en rien le propos. Ces silhouettes prennent ici une dimension d’un hiératisme onirique et révèlent la puissance évocatrice du trait, à l’égal de ce que l’on trouve dans les esquisses de Michel-Ange. L’ouvrage paraît à Barcelone en 1959, rythmée par les vingt-six aquatintes de Picasso.

Folie féconde

L’animalité de Picasso l’a toujours incité à puiser dans le règne animal. Brassaï dit de lui qu’il "peut aimer ou détester les hommes. Il adore tous les animaux, aussi indispensable à ses côtés qu’une présence féminine". La Chèvre qu’il peint à l’huile et au fusain sur contreplaqué, à Vallauris, en 1950, (également issue de la dation Picasso de 1979) est l’une des pièces étonnantes présentées par le Muba. Il avait accueilli l’animal, baptisée Esméralda, dans sa villa de la Californie.

Symbole de luxure, cousine du dieu Pan, signe aussi de folie, puisqu’en espagnol, on dit du fou qu’il est comme une chèvre ("estar como una cabra"), cette grande figure horizontale à l’huile et fusain sur contreplaqué cristallise trois traits majeurs chez Picasso: l’animalité de l’érotisme (cette chèvre dans une posture alanguie est éminemment féminine avec un sourire d’une béatitude sexuelle), la brutalité des formes (étrangement, le corps anguleux de cette dame cabra évoque le dantesque "Guernica" (rappel accentué par la similitude de format), où les souffrances humaines et animales ne font qu’une, où le cheval éventré côtoie les cris des femmes; enfin, le mythe, car le sourire de cette chèvre et ses rondeurs fécondes ont une générosité nourricière réminiscences d’Amalthée, celle qui nourrissait de son lait Zeus, le dieu des dieux?

Jusqu’au 13/1/20: muba-tourcoing.fr

À Roubaix

La non-figuration française à La Piscine

Un amateur éclairé helvétique choisit très tôt de suivre ces artistes qui laissaient les institutions officielles indifférentes. Certains d’entre eux, comme Elvire Jan, n’ont accédé à la notoriété et aux collections des grandes institutions qu’à une date assez récente. Les autres portent des noms que l’histoire de l’art connaît: Bazaine, Le Moal ou Manessier. Ces chevau-légers de l’art français non-figuratif de 1945 à 1985 n’ont jamais constitué un groupe formel autour d’un manifeste, comme les surréalistes. De la sorte, ce groupe d’amis s’évita toute excommunication. Ces six artistes furent d’abord des peintres résistants, car c’est à cette période qu’ils entamèrent leur parcours. Paradoxalement, c’est ce qui leur valut après-guerre d’être jugés trop "nationaux". Or, ces non-figuratifs qui avaient pour trait commun de refuser l’abstraction étaient avant tout des observateurs de la nature et de ses forces. La représentation qu’ils en donnent s’échappe des règles de la perspective: ce sont en quelque sorte des "réductions de la nature". Leur observation de cette nature s’intéresse à la réflexion de la science sur le monde: ils cherchent à y déceler ce qu’ils appellent des équilibres invisibles. Remarquable. JFHG

"Traverser la lumière": jusqu’au 2/2/20: www.roubaix-lapiscine.com

 


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