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Raphaël à la loupe au V&A Museum

"La Guérison du boiteux", l’un des sept cartons de Raphaël exposés au Victoria & Albert Museum à Londres, a été réalisé entre 1515 et 1516. ©©Victoria & Albert Museum, London

Le Victoria & Albert Museum célèbre le 500e anniversaire de la mort de ce peintre majeur de la Renaissance en donnant accès au détail des œuvres avec une technologie de haute définition, dans une Raphael Court entièrement rénovée.

Les tapisseries modélisées par Raphaël pour les bas murs de la Chapelle Sixtine auraient mérité une salle à elles seules. C'est presque ce que le Victoria & Albert Museum de Londres offre, grâce aux "cartons" qui ont servi de modèle.

Ces sept œuvres, parmi les dix conçues à l'origine, ont été prêtées par la Collection royale britannique il y a 150 ans dans le cadre d'une politique culturelle forte qui visait à la fois à rendre hommage au Prince Albert, qui venait de décéder, et à rendre plus attractif le quartier de South Kensington. Ce quartier avait accueilli quelques années plus tôt l'exposition universelle, au cours de laquelle l'essentiel des grandes structures actuelles avait été construit.

Ces cartons sont des œuvres à part entière et figurent parmi les pièces les plus remarquablement préservées de la Renaissance au Royaume-Uni.

Ces cartons sont des œuvres à part entière et figurent parmi les pièces les plus remarquablement préservées de la Renaissance au Royaume-Uni. Larges de 5 mètres, hauts de 3,5 mètres, et constitués chacun de 200 feuilles de papier collées les uns aux autres, ils ont permis de concevoir les tapisseries commandées en 1513 par le pape Léon X, un an après son élection, pour dépeindre les vies de Saint-Pierre et Saint-Paul.

Exposition

Note de L'Echo: 4/5

Les cartons ont été expédiés à Bruxelles vers l'un des plus grands tapissiers de l'époque Pieter van Aelst. Une fois les tapisseries réalisées, des copies de ces cartons ont été faites, et revendues à des monarques. Certaines de ces copies existent encore, d'autres ont disparu. Près de cent ans après leur conception, Charles Ier décide d'acheter sept des dix cartons existants à Gênes. Ils n'ont jamais quitté la Collection royale depuis mais ont longtemps orné les murs de Hampton Court.

Ce sont bien ces cartons, qui sont, au final, devenu les œuvres les plus parlantes. Au-delà du fait que le peintre italien a personnellement pris part à la conception directe, avec ses assistants, ils n'ont pas perdu l'éclat de leurs origines, à la différence des tapisseries, dont les couleurs originelles n'apparaissent que lorsqu'elles sont retournées.

Nouvel éclairage

La rénovation de la Raphael Court, avec de meilleurs éclairages, une meilleure accessibilité et un meilleur confort a été effectuée au parfait moment. Auparavant, l'éclairage était placé trop bas, ce qui rendait impossible de visualiser les œuvres sans avoir le reflet des lampes sur les parois de verre. Ces glaces protectrices reflétaient, en outre, les corps des visiteurs. Les verres n'ont pas été modifiés, mais les lampes ont été placées plus haut dans cette salle aux dimensions généreuses, quasiment les mêmes que celles de la Chapelle Sixtine.

"Nous avons de la chance, d'une certaine façon, car nous l'avons commencée en janvier 2020, juste avant la pandémie."
Philippa Simpson
Directrice du design du V&A

La dernière rénovation avait été réalisée entre 1992 et 1996. "Nous avons de la chance, d'une certaine façon, car nous l'avons commencée en janvier 2020, juste avant la pandémie", explique Philippa Simpson, directrice du design du V&A. "Il y avait des échafaudages partout, jusqu'au toit, et la rénovation n'a été complétée qu'en octobre. Mais le reconfinement a repoussé cette réouverture."

Kate Middleton visite la Raphael court, salle fraîchement rénovée du V&A Museum qui accueille les sept cartons du peintre de la Renaissance. ©AFP

Nouvelles technologies

La principale innovation est la possibilité, pour les visiteurs du musée comme pour ceux qui sont chez eux, de consulter ces œuvres avec une application permettant de zoomer sur les détails, ce qui n'avait jamais été possible auparavant. La visite en musée et l'utilisation des tablettes mises à disposition permet à la fois d'expérimenter l'immensité physique de ces œuvres, et de pouvoir accéder au supplément d'informations.

"L'infrarouge permet par exemple de voir des lignes tracées précédemment au charbon par Raphaël, et qui ont finalement été modifiées à la marge."
Sophie Steel
Responsable de la communication du V&A

La capture en 3D a été effectuée du 29 juillet au 6 septembre 2019 par la Factum Foundation. Elle permet notamment  avec un infrarouge de consulter les dessins sous-jacents, tracés au charbon. Chaque image a nécessité 95 heures de scanning.

Selon Sophie Steel, responsable de la communication du V&A, "il est maintenant possible d'avoir accès à des détails qui étaient inaccessibles depuis des siècles. L'infrarouge permet par exemple de voir des lignes tracées précédemment au charbon par Raphaël, et qui ont finalement été modifiées à la marge. Les tableaux sont tellement grands qu'il est impossible de voir tous les détails. Cette technologie permet de l'admirer encore davantage."

Cette innovation est intervenue au bon moment, dans un contexte où les consultations du site du V&A ont progressé de 1500% en un an.

Alice, curiosité tous publics

La période qui avait précédé la pandémie avait été marquée par une série d'expositions pédagogiques ou davantage tournées vers les jeunes publics. L'exemple le plus marquant avait été l'exposition itinérante de Van Gogh, toute entière dédiée au génie du peintre hollandais, mais sans aucune de ses œuvres. Une démarche critiquée par les puristes. L'exposition "Alice: Curiouser and Curiouser" ne déroge pas à cette tendance forte, en reprenant les codes des grands parcs d'attraction pour mieux plonger les visiteurs au pays des merveilles.

Le recours gourmand à la réalité virtuelle et aux technologies est d'autant plus pertinent que l'œuvre de Lewis Carroll est avant tout celle de l'illusionnisme. "'Alice: Curiouser and Curiouser' reflète l'impact mondial et l'héritage des livres d''Alice' dans toutes les disciplines créatives", relève la conservatrice de l'exposition Kate Bailey. "Depuis leur création, les livres d''Alice', avec leurs idées et leurs concepts époustouflants, ont été une source d'inspiration pour les nouvelles technologies, du cinéma muet à l'imagerie générée par ordinateur."

Créé au milieu du XIXe siècle, l'univers d'Alice parle par définition à toutes les générations. Les enfants y trouveront davantage de terrain de jeux, avec une série de gadgets ou d'attractions qui leur sont exclusivement réservés. L'exposition ouvre ce samedi et il est possible de réserver des tickets jusqu'au 31 décembre.

J.H.

V&A Museum, Londres.

À partir du 22 mai 2021.

Note de L'Echo: 4/5

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