Raphaël au dessin

Autoportrait de Raphaël

Au domaine de Chantilly, une cinquantaine de dessins célèbrent le maître prodige et ses élèves. Intense.

Le musée Condé de Chantilly possède la collection d’œuvres de Raphaël la plus importante après celle du Louvre, dont trois tableaux autographes («Les Trois Grâces», «La Madone de la maison d’Orléans» et «La Madone de Lorette») ainsi qu’un important fonds de dessins. De quoi suivre l’évolution stylistique du maître, ce à quoi s’attachent les cinq sections du parcours de l’exposition: succession des trois périodes de la carrière de l’artiste (Urbino, Florence, Rome) puis le devenir de son héritage chez ses principaux élèves.

Exposition

"Raphaël à Chantilly. Le maître et ses élèves"

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Domaine de Chantilly, jusqu’au 30 août 2020.

Commissaire: Mathieu Deldicque.

Plus d’infos: domainedechantilly.com

Dès sa jeunesse à Urbino, ce fils de peintre, enfant prodige aux talents précoces, rejoint l’atelier du Pérugin. Preuve de son talent, il est désigné «Magister» (maître) alors qu’il n’a que 17 ans! S’il est marqué par le raffinement du Pérugin, un dessin comme «Deux enfants nus montés sur des sangliers» introduit pourtant une énergie et un dynamisme nouveaux, tandis que le «Jeune moine vu de face» frappe par son intériorité, sa délicatesse et son dépouillement.

Pendant son bref séjour à Florence (1504-1508), épicentre de la Renaissance, il se défait des influences du Pérugin. Il entre en dialogue avec les maîtres de l’époque: Léonard de Vinci (qu’il admire), Michel-Ange et Fra Bartolomeo. S’il en assimile les leçons grâce au dessin, c’est sans servilité. Il a tôt fait d’affirmer sa propre originalité faite de grâce et d’élégante beauté. La peinture de Madones lui forge une réputation. Ainsi de l’exquise «Vierge avec l’Enfant et le petit saint Jean» – préparatoire à «La Belle jardinière» – où s’affirme sa maîtrise: harmonieuse construction pyramidale, dynamique, art de l’essentiel.

«Vierge avec l’Enfant et le petit saint Jean» – préparatoire à «La Belle jardinière» ©© RMN -Grand Palais Musée Guimet Thierry Ollivier

De sa glorieuse période romaine, le musée Condé possède l’un de ses dessins les plus célèbres: «Étude pour la Dispute du Saint-Sacrement», l’une de ses premières commandes pour le pape Jules II. Le maître insuffle variété, émotion, mouvement et sens dramatique dans cette discussion pointue entre vingt clercs. Pour Léon X, il peint «Le couronnement de Charlemagne». Un dessin à la sanguine – technique qu’il maîtrise à merveille et dont il use abondamment à Rome – en montre l’un des serviteurs portant une table: Raphaël appuie sur les contours, travaille le modelé et rend la musculature de ce personnage qui ploie sous le poids de sa charge. Témoignage de sa virtuosité, deux dessins issus de son «carnet rose» et préparant notamment, par ces représentations d’enfants gesticulant, «La Madone de Lorette»: sur ces feuilles préparées de rose, Raphaël dessine d’un trait sûr à la pointe de métal – technique qui n’autorise aucun repentir. Il peint également des cartons de tapisseries qui seront tissées à Bruxelles – assurant son rayonnement au nord de l’Europe.

Présentation de l'exposition à Chantilly

Dans les pas du maître

À la mort du maître, ses élèves, eux aussi peintres et architectes, en poursuivent l’œuvre de manière originale. Le sac de Rome par Charles Quint en 1527 les disperse dans toute l’Italie, amplifiant la diffusion de l’art de Raphaël. Giulio Romano, qui fut le premier assistant du maître, finit par s’établir à Mantoue où il œuvre comme peintre et architecte au Palazzo Te de son mécène, Frédéric Gonzague. Dans «L’Amour réveillant Psyché» par exemple, il y développe la leçon de Raphaël en s’émancipant de son classicisme en direction d’un art maniériste: profusion ornementale, élongation des corps, accentuation des expressions. Marqué par l’Antiquité, Perino del Vaga travailla à la décoration du palais de l’amiral Doria (Gênes). Il développe une esthétique des «grotesques», faite de formes graciles et ornementales. Enfin, Polidoro da Caravaggio, à Naples notamment, s’illustra dans la peinture des façades de palais et l’étude de paysages, dont il fait un sujet en soi.

«Les dessins de Raphaël sont chargés d’une grande force narrative et émotionnelle, sereins et énergiques, harmonieux sans tomber dans l’ennui.»
Mathieu Deldicque
Commissaire de l’exposition et conservateur du Patrimoine au musée Condé

Pour Raphaël, le dessin n’a aucun secret. Il use avec une aisance inouïe de toutes ses techniques. Il en fait un laboratoire et une méthode: pour une peinture, il réalise en moyenne dix dessins jusqu’au carton final à partir duquel la peinture est exécutée. Il est conscient – et ses contemporains avec lui – de la valeur intrinsèque de ces œuvres préparatoires. Comme le résume le commissaire de l’exposition Mathieu Deldicque, les dessins de Raphaël «sont chargés d’une grande force narrative et émotionnelle, sereins et énergiques, harmonieux sans tomber dans l’ennui. (…) Le dessin comme volonté de créer un art universel. Raphaël demeure en cela l’un des dessinateurs les plus fascinants et virtuoses de tous les temps».

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