Redécouverte de l’artiste Adrien Van de Putte au Rouge-Cloître

"Piazza d'Italia", Adrien Van de Putte. ©Vincent Everarts

Le Centre d’art de Rouge-Cloître nous présente un artiste belge injustement oublié par l’histoire de l’art. Il est temps de le réhabiliter.

La présentation de l’œuvre d’Adrien Van de Putte (1911-1994) au Centre d’art de Rouge-Cloître suscite aussi bien la révélation qu’une avalanche de questions. On découvre un digne représentant de l’art belge du XXe siècle tombé dans l’oubli, mais l’historienne de l’art en nous se retrouve également perturbée: tant d’expérimentations différentes, et pas une seule date de création – les tableaux rassemblés sont accompagnés uniquement de leur titre et du médium. "En lisant la brochure, on comprend la succession des styles. On a choisi de ne pas entrer dans les détails dans l’exposition – l’intemporalité donne une contemporanéité plus grande aux œuvres, qu’on peut dater entre 1950 et 1975", indique Emmanuel Van de Putte, directeur de Sotheby’s Belgique et Luxembourg et petit-fils de l’artiste, co-commissaire de l’expo avec son père.

S’il faut faire répondre son travail à celui d’autres artistes belges, ce sont Jean Brusselmans et Edgard Tytgat qui viennent à l’esprit.

Premier constat devant les tableaux? Une certaine naïveté qui s’affirme dans le trait et l’affranchissement de la perspective, que l’artiste revendique dans ses écrits: "Il peut y avoir dans une bonne peinture naïve plus de poésie vraie que dans maintes toiles 'savantes'". Pour cerner davantage l’œuvre de Van de Putte, osons quelques correspondances. S’il faut faire répondre son travail à celui d’autres artistes belges, ce sont Jean Brusselmans et Edgard Tytgat qui viennent à l’esprit. Mais ces comparaisons ont leurs limites: si Van de Putte partage l’amour de la terre brabançonne avec le premier et le motif de la kermesse avec le second, il trace sa propre voie, en explorant un agencement constructiviste et une veine surréaliste, loin des traits de pinceau appuyés de Brusselmans et des trames narratives de Tytgat.

L’homme-machine

Le penchant constructiviste de Van de Putte s’exprime dans son attrait pour les formes géométriques, qu’il juxtapose et imbrique pour former des ensembles, souvent des amas de bateaux ou de maisons – qu’il appelle des "architectures accumulées" –, parfois des assemblages mécaniques. Exemple avec "L’homme-machine", un être composé de roues, d’antennes et de vis s’élevant au-dessus d’un hameau, sorte d’Ubu à l’ère Metropolis.

"On a choisi de ne pas entrer dans les détails dans l’exposition – l’intemporalité donne une contemporanéité plus grande aux œuvres, qu’on peut dater entre 1950 et 1975."
Emmanuel Van de Putte
directeur de Sotheby’s Belgique et Luxembourg et petit-fils de l’artiste, co-commissaire de l’expo avec son père

Dans d’autres tableaux, c’est l’affinité avec le surréalisme qui prend le dessus. Comment ne pas penser à Giorgio de Chirico devant cette "Piazza d’Italia" déserte à l’architecture menaçante? L’influence de René Magritte se fait également sentir dans des toiles comme "Entre-vue", figurant un miroir-fenêtre s’ouvrant sur un paysage rêvé. La tentation de l’abstraction et les associations oniriques sont donc bien présentes, mais ce natif d’Overijse garde aussi les pieds sur terre, en revenant constamment à la représentation du paysage environnant. Ses vues de village, de béguinage et de fête foraine sont peintes sur le motif, mais stylisées, en marquant les qualités graphiques des motifs observés: les arbres se voient élongés et les formes géométriques soulignées, des fenêtres aux toits en passant par les roulottes et les roues de vélo.

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Inventeur de la chromatine

À cette accentuation linéaire, Van de Putte associe l’application de la couleur en aplats, ce qui exacerbe l’absence de profondeur: le Brabant se retrouve à l’avant-plan, dans des tonalités très particulières, à la fois mates et lumineuses. "Le résultat d’une technique qu’il a appelée la chromatine", commente son petit-fils. "Il l’a inventée en mêlant des pigments à un liant mystérieux dont on ne connaît toujours pas la formule." À quand une étude plus approfondie de l’œuvre et de la technique d’Adrien Van de Putte?

Expo

"Adrien Van de Putte. Arpenteur du réel",

Centre d’art de Rouge-Cloître, Auderghem, jusqu’au 18 juillet.

Plus d’infos sur www.rouge-cloitre.be

Note de L'Echo: 5/5

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