Rodin, Meunier, Minne: l'âge de la sculpture

La première version du "Penseur" de Rodin. ©AFP

Rodin, Meunier, Minne. Sur un siècle, ces trois maîtres ont ancré la renaissance de la sculpture dans sa source médiévale. Belle réouverture au musée M de Louvain.

On s’arrêtera devant l’illustrissime Penseur, le " moyen modèle " de 1880. Le premier, intitulé Le Poète, représentait le Dante de La Divine Comédie,  penché sur l’abîme des Cercles de l’Enfer.

Exposition

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«Rodin, Meunier, Minne»

Jusqu'au 30/8/20 au musée M de Louvain. Commissaires: Peter Carpreau et Martje Sagewitz.

>Réservations obligatoires pour raisons sanitaires

Est-ce parce que la fin du XIXe siècle était l’aube de la Renaissance du début du XXe? La renaissance de la sculpture, dont Rodin fut l’un des chefs de file, s’est puissamment reliée à l’iconographie religieuse médiévale. Peter Carpreau, commissaire de l’exposition, rappelle que l’iconoclasme du début du XVIe siècle a détruit quantité d’images votives, de sculptures, de trésors investis dans cet art du deuil: "Nous n’en connaissons que des bribes sublimes". Ces bribes composent au Musée M une collection d’art sculptural médiéval de premier ordre. L’idée de la mettre en résonance avec la sculpture renaissante de ces trois maîtres s’imposait donc d’évidence.

Des gisants à travers les siècles.

Rodin était fasciné par le gothique

Et ce qu'Auguste Rodin nous en transmet, avec la puissance du mouvement des corps qui est sa marque, n’est pas cette anatomie parfaite, nourrie d’Antiquité, d’un Michel-Ange, mais la tension d’un corps qui porte les stigmates de la vie, de la, souffrance, de la mort, comme dans "La Martyre" (1885), cette femme aux muscles tendus, au pieds noueux, à la tête renversée, tordue par une souffrance à l’origine invisible, peut-être venue du ciel, ou peut-être né de ses entrailles.

On s’arrêtera devant l’illustrissime Penseur, le "moyen modèle" de 1880. Le premier, intitulé "Le Poète", représentait le Dante de La Divine Comédie, penché sur l’abîme des Cercles de l’Enfer.

Ce n’est pas le moindre attrait de cette exposition de nous offrir treize Rodin, notamment le plâtre de la tête d’un des six bourgeois de Calais, Pierre de Wissant, masque mortuaire tordu de douleur, qui a cette posture penchée récurrente dans la sculpture, commune aux Christ en croix et aux têtes inclinées de Brancusi. Si Rodin était captivé par le mystère du Moyen-Âge, il laisse très peu de pièces d’inspiration chrétienne. Le stupéfiant plâtre du "Christ et la Madeleine" (1894) est l’une d’elles: le corps du Christ y est écartelé, souffrant, comme fondu avec celui d’une femme, Madeleine, qui s’y accroche, elle-même inspirée par une figure de damnée d’une autre de ses œuvres, "La Porte de l’Enfer".

La tête du Christ, cassée sur le côté, et le torse déjeté de Madeleine n’ont ici aucune noblesse de posture, mais le mouvement de leurs deux corps est emporté par une souffrance charnelle indicible. On s’arrêtera devant l’illustrissime Penseur, le "moyen modèle" de 1880. Le premier, intitulé "Le Poète", représentait le Dante de La Divine Comédie,  penché sur l’abîme des Cercles de l’Enfer..

Rodin, Meunier, Minne et l'esthétique médiéval au Musée M de Louvain.

Meunier ou l'image intemporelle de deuil

Le premier volet de ce triptyque de sculpteurs est occupé par l’aîné des trois, Constantin Meunier, qui vécut sa période la plus féconde à Louvain, et échangea une abondante correspondance avec le maître du "Penseur". Sa mère penchée sur son fils mineur de fond gisant aux côtes saillantes de son "Grisou" (1888) voisine avec son "Christ au tombeau" (1900) noir et blanc, ivoire et bronze, aux pieds croisés. Meunier transforme là ainsi un accident contemporain en "image intemporelle de deuil". Un "Christ étendu hors d’un tombeau" en chêne polychrome (début XVIe), figure fréquente de la sculpture médiévale, partage cette maigreur longiligne, et sa "Fécondité" (1905) dialogue avec une "Vierge à l’Enfant" du début XVIe.

Georges Minne, "De drie Heilige vrouwen bij het Graf". (c) The Phoebus Foundation

Minne, âme gothique

Le dernier volet est tenu par le Gantois George Minne, le cadet des trois, mort en 1940, dont on disait qu’il avait "l’âme gothique". Sa sculpture aux lignes géométriques, qui prend des libertés modernes avec les proportions du corps, évoque aussitôt Maeterlinck et le Pelléas et Mélisande de Debussy. Elle est traversée par le thème des pleurants médiévaux, dont il retrouve le dépouillement avec "Mère et enfant" (1921): le regard est aimanté par le visage hiératique de la femme qui hume avec tendresse la chevelure de son petit.

Les "Trois saintes femmes au tombeau" (1896) de Minne font elles aussi écho aux "Trois pleurants du Tombeau de Philippe Le Hardi", et s’inscrivent dans cet Ars Morandi, cet Art de mourir vécu comme une injonction du Ciel par les hauts personnages du temps, qui y consacraient un temps et un argent considérables.

Jusqu'au 30/8/20 au musée M de Louvain. Commissaires: Peter Carpreau et Martje Sagewitz.

>Réservations obligatoires pour raisons sanitaires

 

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