Roy Lichtenstein à Mons: du pop époustouflant

"The Oval Office" (1992), Roy Lichtenstein ©Carol Winkel

Après Andy Warhol, Keith Haring et Nikki de Saint-Phalle, le BAM s’attaque à une autre figure incontournable du XXe siècle.

"Nous œuvrons à l’ancrage du musée dans notre société et, s’il y a bien un artiste impliqué dans l’univers quotidien, c’est Roy Lichtenstein", déclare Xavier Roland. Dans le hall du musée, le directeur ne cache pas son soulagement: une exposition de cette envergure obligée de fermer ses portes deux jours avant son inauguration, c’était un coup dur pour la vie culturelle montoise et ses retombées économiques. "Nous ne sommes ni à Bruxelles ni à Paris, mais dans une ville de 90.000 habitants: c’est une expo qui allait amener une vraie dynamique sociale, économique et touristique", avait confié le directeur du BAM à L’Echo fin octobre, suite aux mesures de reconfinement prises par le gouvernement. Sans parler du fait que Mons jouait la carte de la complémentarité "pop" avec Liège, où la grande expo Warhol venait d’ouvrir à La Boverie.

Un ajustement des agendas impossible à postposer, tout comme les prêts venus des États-Unis. C’est donc avec l’énergie du désespoir que le BAM a concocté une vidéo in situ, destinée aux collectionneurs et musées américains pour les convaincre de jouer les prolongations – ce qui est rarissime pour des œuvres de cette importance. Mais le jeu en valait la chandelle: curatée par Gianni Mercurio avec le soutien de la Fondation Roy Lichtenstein, l’exposition montoise est désormais visible jusqu’au 18 avril!

Lichtenstein épate par sa connaissance approfondie des matériaux et son intelligence formelle, mise au service d’une production qui regorge d’inventivité.

Apportant un regard neuf sur l’artiste américain, le parcours s’articule de façon thématique, ouvrant sur le lien à la culture amérindienne et le foisonnement des techniques utilisées par cet "artisan" pop qui, après une formation en design industriel, démarre sa carrière en plein boom publicitaire, intégrant dans sa démarche les objets du quotidien et les emblèmes de la société de consommation naissante. Lichtenstein condamne ainsi l’élitisme et le culte de l’ego à l’œuvre dans l’expressionnisme abstrait alors à la mode outre-Atlantique, et n’aura de cesse d’expérimenter les techniques de reproduction mécanique, s’effaçant volontiers derrière l’image: "Il a intégré celles-ci dans sa démarche picturale à tel point que le multiple devient l’original!", s’enthousiasme Xavier Roland. Variant les supports (porcelaine émaillée, plexiglas, feutre – jusqu’aux sacs en papier d’épicerie!) et les modalités de fabrication (sérigraphies, xylographies, lithographies, tapisseries, sculptures en bronze), Lichtenstein épate par sa connaissance approfondie des matériaux et son intelligence formelle, mise au service d’une production qui regorge d’inventivité.

Postmoderne avant l’heure

Au fil des salles, on découvre combien le matériau influence la représentation de ses sujets. On se rend compte aussi que ce qu’on connaît surtout de lui – les images recomposées d’après les comics américains – ne couvre qu’une petite dizaine d’années et n’est pas représentatif d’une œuvre annonciatrice, par certains aspects, du postmodernisme. Se plaçant en porte-à-faux de la logique inhérente à la modernité, Lichtenstein n’a pas hésité à revisiter l’histoire de l’art, s’appropriant les grands maîtres ou explorant le geste emblématique de l’Action Painting dans sa série des "Brushtrokes", sculptures cristallisant l’éphémère et l’invisible en figurant, en bronze, le coup de pinceau du peintre. Au départ un peu figé dans ses représentations féminines, symboles d’une certaine vie domestique, Lichtenstein abandonne ce sujet pour y revenir des années plus tard alors qu’il frôle l’abstraction. "Son style évolue avec son temps, en fonction des techniques", commente Xavier Roland face aux paysages dans lesquels l’artiste a incorporé le "Rowlux", un matériau réfléchissant utilisé pour les panneaux de signalisation.

"Two Nudes" (1994), Roy Lichtenstein

Pour éclairer les visiteurs, le BAM a eu le bon sens d’installer au cœur de l’exposition un "laboratoire d’images" où l’on découvre notamment l’atelier du sérigraphe Bruno Robbe en vidéo, sans oublier "l’expo dans l’expo" pour décoder le langage pop à travers les collections du musée… Et pour maintenir sa cohésion sociale – le musée étant avant tout lieu de rencontre et d’échange –, le BAM a choisi de créer de nouveaux liens grâce aux outils numériques: préparer sa visite peut désormais se faire lors d’un rendez-vous virtuel avec un médiateur! À ceux qui hésiteraient à se déplacer, Xavier Roland promet que le musée est une "bulle" où sont respectées toutes les mesures de sécurité…

Expo

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"Roy Lichtenstein. Visions multiples"

BAM, Mons, jusqu'au 18 avril 2021.

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