Sonac lâche les animaux dans la ville

©doc

Ils se sont promenés sur les murs de Paris et d’ailleurs. Les chimpanzés, girafes, pingouins et antilopes de Sonac se sont fait tirer le portrait et se chassent désormais place du Jeu de Balle, à Bruxelles.

Un gamin pousse sa trottinette le long d’un mur, levant les yeux vers le pélican juché sur le rebord de la maçonnerie. Un chimpanzé a pris ses aises sur les arrondis d’un lettrage à la bombe… Face à la place du Jeu de Balle, dans les Marolles, c’est une drôle de jungle qui a pris possession des murs de la galerie Mazel. Les murs de la ville, aussi, ceux que Sonac restitue à une faune que nous avons quelque peu perdue de vue.

Street art

"Affichage Sauvage"

Par Sonac, photographe.

Note: 4/5

Jusqu’au 31/3, Mazel Galerie, 70 place du Jeu de Balle, 1000 Bruxelles: mazelgalerie.com

Si elle a déjà exposé, notamment au Centre Pompidou et à la Cité des Sciences à Paris, l’artiste française dont on saura juste qu’en vrai, elle se prénomme Sophie, présente pour la première fois les photos de ses animaux installés dans les rues. "Affichage Sauvage", son solo show, emmène le spectateur au gré du pavé, de friches, d’usines désaffectées et de chantiers qu’elle peuple depuis près de dix ans de nouveaux habitants. Photographiés, imprimés puis collés sur la maçonnerie en catimini. Ou, plus officiellement, le temps d’un festival, comme à Strasbourg où un chameau placide regarde passer un monsieur à mallette, partant gagner sa pitance…

À vrai dire, ce que fait Sophie, photographe autodidacte depuis 1996, d’abord portraitiste en noir et blanc maîtrisant l’argentique, n’est pas du street art comme on l’entend habituellement. "Je pense plutôt faire des installations, commente celle pour qui tout débute par une visite au zoo, un reflex à la main. En fin de journée, j’espère avoir trois ou quatre animaux qui vont me plaire. Tout dépend de la lumière, de la météo, d’eux-mêmes aussi… Ensuite, je cherche l’endroit où ce serait le plus ‘magique’, dans la rue. C’est le lieu qui va déterminer le choix de l’animal. Pour moi, c’est comme une installation: j’installe mon animal, je fais des photos in situ, et ça devient du street art parce que ça reste dans la rue. Mais c’est vraiment la photo qui m’intéresse."

Sonac pourrait reprendre à son compte ce que disait Jean de La Fontaine, qui se servait des animaux pour instruire les hommes.

Reste que cet art est aussi éphémère. "C’est du papier et de la colle à papier peint. Ça peut rester un an comme ça et peut-être arraché le lendemain. Ce que je fais, c’est une proposition. Les gens sont libres d’apprécier ou non, et de l’enlever s’ils le veulent. Je ne m’impose pas."

Elle pourrait reprendre à son compte ce que disait Jean de La Fontaine, qui se servait des animaux pour instruire les hommes. Au-delà de la surprise ou de l’amusement qu’on peut éprouver devant un éléphanteau collé dans une ancienne fabrique de pâtes alimentaires, les "fables" de Sophie prennent un tour un peu plus dramatique, plus de poids encore. "J’introduis chaque année de nouveaux animaux, dit-elle en préambule à son expo. Beaucoup sont des espèces menacées qui ne seront plus là dans les 50 prochaines années."

Conscience écologique

Elle n’est pas la seule à s’en soucier. "J’ai pris part à un super bouquin, ‘Le Bestiaire Urbain’, écrit par Sophie Pujas (éditions Tana, NDLR). Son épaisseur montre combien on est nombreux à travailler là-dessus. Mais si nos messages vont quand même souvent dans le sens de la protection de l’environnement, chacun le ressent et le vit différemment. Quand j’ai commencé à coller mes animaux dans les rues, il y avait vraiment cette envie de les replacer dans la ville, pour qu’ils viennent voir ce qu’on en a fait après les en avoir chassés. Mais ils ne sont jamais agressifs, juste sereins, posés. Tout d’un coup, c’est l’animal qui devient le spectateur de nos scènes de vie."

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