Splendeur du dessin

"L’âme quittant les liens" de Prud’hon (XIXe siècle) ©Collection Prat

De Poussin à Cézanne, du classicisme au symbolisme, 184 feuilles issues de la prestigieuse collection Prat racontent l’histoire du dessin de l’école française. Exemplaire.

Louis-Antoine et Véronique Prat ont commencé leur collection il y a 45 ans. Pour la célébrer dignement, la scénographie de l’exposition épouse celle de l’intérieur d’un collectionneur: une suite de différents salons privés où chaque espace dispose de sa propre couleur – tandis que l’on marche sur des tapis. C’est alors d’un pas feutré, et ne sachant plus où regarder, que l’on mesure la force de cette collection animée par le désir de s’attacher aux dessins significatifs du point de vue de l’histoire de l’art – ainsi par exemple du dessin préparatoire à la "Douleur d’Andromaque" de David.

Une collection animée par le désir de s’attacher aux dessins significatifs du point de vue de l’histoire de l’art.

Suivant un parcours chronologique allant du XVIIe au début du XXe siècle, le visiteur est tour à tour invité à admirer les chefs-d’œuvre de grands noms, d’artistes rares ou méconnus. Du portrait, du paysage, de l’architecture… dans une stupéfiante variété de techniques et d’écritures graphiques: de l’élégance d’un Vouet aux énergiques musculatures d’un Géricault en passant par l’ambiance vaporeuse d’un Prud’hon, ce Corrège français.

Le parcours s’ouvre sur l’influence de l’Italie sur les artistes du XVIIe (Poussin notamment) ou la genèse des décors de Versailles ainsi que sur les relations entre rubénistes et poussinistes. Le XVIIIe, siècle des Lumières et siècle galant, est marqué par Watteau, Boucher, Fragonard. Mais l’iconographie chrétienne n’a pas disparu: on redécouvre par exemple l’œuvre de Jean Restout. Après 1750, le néoclassicisme – qui triomphe chez Jacques-Louis David – s’affirme en même temps que les débuts du réalisme avec, chez Greuze ou Hoin, la recherche de la vérité psychologique dans le portrait.

"La force du dessin"

Les débuts du XIXe siècle voient surgir les tensions entre le néoclassicisme et la sensibilité romantique – prodigieux ensembles de dessins de Ingres et de Delacroix. La seconde moitié de ce siècle foisonne de tendances: Rousseau, Puvis de Chavannes mais aussi Corot ou Courbet. Le parcours s’achève en une passionnante section sur les relations entre dessins et littérature avec de magnifiques lavis de Victor Hugo, deux rares dessins de Baudelaire (il n’en reste qu’une trentaine), les imaginaires de Gustave Moreau et Odilon Redon. Sans oublier, enfin, les avant-gardes: Manet, Degas, Seurat ou encore Cézanne. Une collection pointue et exemplaire dans l’intelligence de ses choix. Un festin pour les yeux.

Exposition

"La force du dessin. Chefs-d’œuvre de la collection Prat"

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Petit Palais, Paris,
jusqu’au 4 octobre 2020.
Plus d’infos: petitpalais.paris.fr

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