The american way of Andy Warhol

Avec plus de 300 œuvres – des plus célèbres sérigraphies à des documents rares ou jamais présentés –, "Warhol, the american dream factory" explore les relations étroites entre l’artiste et l’Amérique de son temps.

Warhol (1928-1987) fut illustrateur, peintre, photographe, sculpteur; directeur de magazine et producteur de films ou de groupes musicaux; acteur, homme de télévision, entrepreneur… Ce fils d’ouvrier atteindra gloire et richesse de son vivant. Une success story à l’américaine. Warhol est ainsi le miroir – et à présent la mémoire – du rêve américain, mais tel que lui-même, comme artiste singulier, l’a assumé. Et certes Warhol ne juge pas son temps (on ignore ses convictions politiques) mais ce maître du faux-semblant, avec ses lunettes noires et sa perruque platine, ne l’aborde pas sans humour ni ironie.

Warhol est ainsi le miroir – et à présent la mémoire – du rêve américain, mais tel que lui-même, comme artiste singulier, l’a assumé.

Dans une scénographie qui mêle l’image et le son, qui fait s’alterner les sas d’introduction historique et les salles d’exposition proprement dites, le parcours, décliné en décennies (années 50, 60, 70 et 80) déploie l’histoire de sa vie dans le contexte de la même période, ce qu’un film original dépeint par ailleurs.
Et tout commence dans les années cinquante. En 1949, il débarque sans un sou à New York et devient illustrateur publicitaire pour des grandes marques comme pour des magazines. Il conçoit également de nombreuses couvertures de livres ou des pochettes de disque. Pour un magazine de presse féminine, il réalise même une grande carte des États-Unis invitant les jeunes filles à voyager.

Expo

"Warhol. The american dream factory"

Musée de la Boverie, Liège,

du 2 octobre 2020 au 28 février 2021.

Commissariat: Tempora

Plus d’infos sur laboverie.com

Sur fond de l’euphorie des sixties, c’est dès le début de cette décennie que Warhol accède à lui-même en tant qu’artiste et qu’il prend possession des principes formels de son esthétique: quantité et répétition – et impersonnalité. Il déclare vouloir "être une machine" et faire de l’art industriel. De cette période datent des œuvres devenues iconiques: les boîtes de soupe Campbell (que l’on finira par comparer à des Joconde des temps modernes), les boîtes de savon Brillo ou les séries Marilyn à laquelle Warhol s’intéresse juste après sa mort tragique – un tragique présent à l’arrière-plan de nombre de ses œuvres, qu’il s’agisse de célébrités, de faits divers dramatiques ou de l’actualité politique.

Trivialité et sérialité

À partir des années soixante, Warhol fait donc entrer la trivialité dans le domaine de l’art ("Les grands magasins sont un peu comme des musées", déclare-t-il). De la réalité comme art. Mais pourquoi, de plus, la sérialité? "Le sens du monde dans lequel nous vivons est à la surface des images qu’il produit. L’idée fut donc de démultiplier les surfaces de réflexion" (Mériam Korichi, biographe de Warhol). Jusqu’à l’insignifiance produite par la répétition.

"J’ai commencé comme artiste commercial et je veux finir comme artiste d’affaires."
Andy Warhol

Ce sont aussi les années de son studio, la Factory, créée en 1963 (et dont l’exposition donne une idée à travers une salle tapissée, comme du temps de Warhol, de papier d’aluminium), lieu culte de l’underground new-yorkais. La même année, il se lance dans le cinéma expérimental, activité qui l’occupera durant des années. Le cinéma comme peinture poursuivie par d’autres moyens. En 1965, il produit le groupe de rock The Velvet Underground.

Artiste d’affaires

Au paroxysme de cette décennie, en 1968, il est victime d’une tentative d’assassinat. Il y aura un avant et un après. Dans les années septante, la Factory déménage et devient "The Office", véritable entreprise dont le business model se base sur trois piliers: le cinéma, le magazine "Interview" (qu’il a créé en 1969 et dont on peut voir de nombreux exemplaires) ainsi que l’activité de portraitiste. Warhol se mue en businessman et fréquente assidûment la jet set internationale. "J’ai commencé comme artiste commercial et je veux finir comme artiste d’affaires", déclare-t-il. De cette période date notamment sa série des Mao – ou comment l’icône du communisme devient, via son artefact visuel, un produit ironiquement consommable. Warhol crée plus que jamais, tous azimuts et sur tous supports (par exemple sur du papier journal: "Portraits of Sachiko Goodman") et ne quitte plus son polaroïd.

Si n’importe quoi et n’importe qui peuvent devenir des icônes, Warhol nous aura appris au moins une leçon: le monde n’est plus qu’une (grande) surface mécanisée.

Les années quatre-vingt sont les années de l’argent-roi, du SIDA, de la culture punk et du street art. Warhol produit sa propre émission de télé. Il devient lui-même un objet de pub. Mais il sent le besoin de se renouveler. Il collabore alors avec l’avant-garde représentée par Basquiat ou Keith Haring – on admirera sur ce point des œuvres rares. Inlassable portraitiste (il fera notamment dix portraits du peintre belge Paul Delvaux, qu’il admire), il pousse encore plus loin ses techniques de création ("Ten Portraits of Jews" ou encore "Statue of Liberty" et son camouflage). Au moment de sa mort, il est lui-même devenu une icône.

Comment verrions-nous la seconde moitié du XXe siècle sans Andy Warhol? Si les supermarchés sont à la fois nos églises et nos musées, si n’importe quoi et n’importe qui peuvent devenir des icônes, Warhol nous aura appris au moins une leçon: le monde n’est plus qu’une (grande) surface mécanisée. Raison pour laquelle l’œuvre avant-gardiste de Warhol est bien plus qu’une simple surface.

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