Thomas Houseago, représenté par Xavier Hufkens, expose aux Beaux-Arts

Thomas Houseago, "Vision Painting - Cosmic Download (for BP) Malibu", 2020. ©Paul Salveson

Thomas Houseago est sculpteur. Bridé par la pandémie, il projette sur la toile et sur le papier ses Visions resplendissantes, qui entrent aux Musées royaux des Beaux-Arts.

Fin 2019, Thomas Houseago perd son père. Début 2020, la pandémie le contraint à fermer son atelier et à camper dans une petite maison en bord de mer à Malibu, seul. Il porte un nom très ancien: Houseago vient du frison huisinga, "le propriétaire". Son avant-dernière exposition, chez Xavier Hufkens, "Constructions" révélait des sculptures nées d’une joute physique avec matière et espace. "Quand je sculpte, je me transforme, avec mon corps tout entier. La sculpture est une danse", dit Houseago. Sa peinture porte aussi cette joute, mais cette fois avec soi-même et ses visions. Quittant sa "maison" (son atelier), renonçant aux constructions (ses sculptures), il a tenu un journal dessiné de ce qui le hantait, ces pertes difficiles à combler.

Houseago renoue avec le pouvoir de la nature qui chez les Romantiques manifestait la puissance divine.

"Je n’aurais pu peindre sans la côte de Malibu, où la lumière, la sensation de la couleur, le mouvement, le soleil et la lune sont des éléments puissants, ni sans mon enracinement européen, nordique, romantique. Entre le Covid et mon traitement (pour sa dépression, NDLR), j’étais dans un univers restreint. J’ai peint dehors, mes toiles étalées sur une terrasse en bois. Ce sont des tableaux intimes." Pour lui qui a vécu à Bruxelles de 1995 à 2003, voir le monde s’arrêter – se replier sur lui-même – et se confronter à sa vulnérabilité "de la réclusion à la ville de [s]a jeunesse", c’est un retour "surréaliste". Au milieu des primitifs flamands des Musées royaux des Beaux-Arts, il retrouve des couchers de soleil et des couleurs similaires.

Thomas Houseago, "Ecstatic Vision - Soul Pit with Higher Power for Danny Smith", 2021. ©Paul Salveson

Expo

Thomas Houseago: "Vision Paintings"

Jusqu'au 1er août 2021.

Note de L'Echo: 5/5

Soleils fraternels

Il a peint à la lisière de deux mondes, la terre et l’océan, alors qu’il se tenait sur le seuil entre la perte et la réparation, et ses toiles en portent toute la charge. Ces vers de Victor Hugo viennent à l’esprit: "Le dôme obscur des nuits, semé d’astres sans nombre / Se mirait dans la mer resplendissante et sombre". Houseago renoue avec le pouvoir de la nature qui chez les Romantiques manifestait la puissance divine. Ses soleils fraternisent avec celui, nucléaire, d’Edvard Munch. En se jetant à corps perdu sur la toile, le peintre fusionne la douleur de la perte et la sublimation réparatrice. En se tenant au bord de la terre ferme et de la mer incertaine, de la noirceur et de la lumière, il accueille et abolit son chaos intérieur. Sa monumentale "Ecstatic Vision" est un "puits de l’âme" qui absorbe des fragments de sa personne (ses chaussures) et de la nature (une plume, une brindille) et son dantesque "Guide Shows I Did Die" montre un squelette qui accompagne aimablement le peintre mort et pourtant vivant.

"Je n’aurais pu peindre sans la côte de Malibu, où la lumière, la sensation de la couleur, le mouvement, le soleil et la lune sont des éléments puissants."
Thomas Houseago
Artiste-peintre

Pour un artiste, rappelle Xavier Hufkens, une présence institutionnelle est importante, mais il peut être périlleux d’entrer au musée trop tôt. Inversement, certaines injustices sont réparées tardivement: Alice Neel, morte en 1984, est exposée au MET en 2021. L’entrée de Houseago au musée est salutaire, pour le peintre et pour le visiteur.

Thomas Houseago, "Vision Painting III - Guide Shows I Did Die". ©Paul Salveson

Quand une galerie fermée se rouvre

Comme le peintre Thomas Houseago, le galeriste Xavier Hufkens a adapté son outil à la pandémie – en anticipant la mutation.

La contrainte sanitaire a amené le peintre à fermer son atelier, et le galeriste à reconcentrer quelque temps ses activités. Xavier Hufkens et son équipe ont ainsi pu approfondir leur travail de renouvellement: "La fermeture a nourri notre réflexion. Nous avions travaillé depuis 2019 sur l’évolution de notre site." Son associé Simon Devolder a mis cette mue en musique. "En 2010, nous étions sur Windows et devions passer à Mac. Notre base de données était gérée par ArtSystems (gros fournisseur américain qui débuta en 1989 par le catalogue raisonné de Warhol). Entre-temps, la galerie a grandi, la multiplication des voyages rendait une solution Cloud impérative. Depuis 2019, le triplement des espaces en trois adresses, un espace de stockage et les travaux de la galerie principale nous ont poussés à relancer une étude de marché. Cette fois, les solutions de l’anglais ArtLogic étaient mûres."

L’accord conclu avec les Londoniens a permis d’engager la migration de la base de données, instrument essentiel. Cette opération de quatre mois s’est scindée en une partie relativement simple, concernant les contacts et les œuvres, et une autre, bien plus complexe, relative aux expéditions, aux ventes, aux consignations et aux prêts d’œuvres.

La réflexion sur le site a touché les désormais omniprésentes OVR (Online Viewing Room) que Xavier Hufkens veut plus immersives. Rebaptisée "Online Exhibition", elle permet de circuler dans l’exposition en consultant un appareil critique interactif. Simon Devolder souligne: "On peut désormais faire des choses en ligne qui sont impossibles en galerie: montrer une sculpture trop monumentale et intransportable, engager des comparaisons avec d’autres artistes et des œuvres que nous ne pourrions emprunter dans une exposition."

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