Tissot, le Flâneur des mondanités

©Tate Images

Jusqu’au 13 septembre, le musée d’Orsay présente une rétrospective de l’œuvre du peintre James Tissot, figure incontournable – mais quelque peu oubliée – de la peinture de la fin du XIXe siècle.

La postérité est parfois capricieuse. James Tissot connut de son vivant une notoriété internationale qui dépassait celle de Monet ou de Renoir. Il était un peintre qui avait «réussi», possédait un hôtel particulier et s’adonnait à un genre très lucratif: le portrait de la bonne société de l’époque. Mais, au fil du temps, le retentissement de son œuvre s’est considérablement atténué à tel point que la rétrospective que lui consacre aujourd’hui le Musée d’Orsay est la première en France depuis 1985.

Qu’est-ce qui explique ce désamour et cet "oubli"? Peut-être son réalisme descriptif, une espèce d’académisme à la fois suranné et décalé. La modernité de Tissot est pourtant flagrante, mais elle n’est pas nécessairement là où on l’attend. Il incarne un tournant essentiel: avant beaucoup d’autres, il a compris que le passage de l’artisanat à l’industrie, de l’exemplaire unique à la reproduction, permettait une diffusion plus large, susceptible de toucher un plus grand public. Reproductibles en photographie, ses tableaux, alliant une très grande technicité (il excelle dans le rendu des étoffes notamment) et des références multiples, plaisaient à ses contemporains.

Avant beaucoup d’autres, James Tissot a compris que le passage de l’artisanat à l’industrie permettait une diffusion plus large, susceptible de toucher un plus grand public.

La première salle de l’exposition fait droit aux œuvres de jeunesse, en montrant le talent phénoménal du peintre pour le pastiche et l’admiration qu’il portait aux primitifs flamands et italiens. Un peu plus loin, on peut apercevoir son goût pour le "japonisme", dont il est l’un des précurseurs, avec cette provocante "Japonaise au bain". Et puis, sa carrière bascule. Lui qui était devenu la coqueluche de la société mondaine parisienne, "le" peintre du Second Empire, décide, au lendemain de la guerre francoprusse et de la Commune, de s’exiler en Angleterre. Les raisons de ce départ restent obscures.

Peinture narrative britannique

Toujours est-il que là-bas, il va trouver un langage pictural tout à fait singulier, empruntant à la peinture narrative britannique tout en restant un observateur détaché et critique de la société Victorienne de l’époque. Car Tissot, sous des dehors "bon chic bon genre", sait aussi être impertinent, truffant ses toiles de détails et de sens cachés. Dans "On the Thames", il représente par exemple une scène au parfum de scandale: deux jeunes filles sont ainsi assises sur un bateau en compagnie d’un officier. Au beau milieu des docks enfumés, l’ambiguïté est palpable. En peignant l’ennui, la lassitude, les travers de la haute société, mais aussi le désir et l’insouciance, il semble pressentir le crépuscule d’un monde. Il se découvre une passion pour les jardins et rencontre sa muse Kathleen Newton, qui donne à ses toiles un caractère à la fois lascif et espiègle. Fortement marqué par le décès de son inspiratrice, il se livre à des séances de spiritisme, comme il était courant de le faire à l’époque.

"On the Thames" de James Tissot ©Jerry Hardman-Jones

Revenu en France, il se concentre alors sur le modèle de la Parisienne, sans rencontrer un réel succès critique. Son esprit est ailleurs. Fini les mondanités. Frappé par une crise mystique, il se tourne vers l’illustration biblique dans un style quasi documentaire, multipliant les pèlerinages en Terre Sainte. Dandy fatigué, Tissot entre dans l’obscurité un crucifix à la main, laissant derrière lui les bals et les couleurs chatoyantes d’une époque désormais révolue.

Rétrospective

"James Tissot – L’ambigu moderne"

Musée d’Orsay, Paris, jusqu’au 13 septembre 2020

Plus d’infos sur m.musee-orsay.fr

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés