Tous les baisers de Rodin

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Le centenaire de la mort de Rodin n’explique pas à lui seul cet engouement intact pour le sculpteur. L’incarnation qu’il donne aux passions continue de nous émouvoir, à travers les expos qu’il suscite. 3/5

Auguste Rodin, c’est un peu le Manet, le Monet ou surtout le Renoir de la sculpture: des femmes pétulantes, un style original et puissant qui défait l’académisme. Cet artiste célébré de son vivant vénérait ces passions qui semblent à nouveau traverser, et parfois de façon nihiliste, le temps présent. Outre la célébration du centenaire de sa mort, voilà peut-être ce qui pourrait expliquer son retour au premier plan dans notre monde d’émotions, de sensualité et de douleur.

Des passions, le "Penseur" en a d’ailleurs déchaînées du vivant de l’artiste… À Calais notamment, où le Musée des Beaux-Arts propose une exposition qui prend pour point de départ "Le Baiser" de Rodin (photo), un grand plâtre prêté par le musée Rodin de Paris. Cette exposition se fixe notamment pour but de réconcilier le public calaisien avec le sculpteur qui fait encore polémique, un siècle après sa disparition, pour son interprétation peu héroïque de la résistance des "Bourgeois" de la ville aux Anglais, représentés la mine basse, enchaînés.

Camille Claudel est fougueuse et écorchée là où Rodin est puissant et sensuel.

Une exposition légère comme un bisou, ludique, joyeuse et primesautière qui use de l’"Auguste" label pour démultiplier ensuite le thème du baiser sur six espaces et autant de thématiques. La sculpture de Rodin y sert ainsi de prétexte à la présentation d’œuvres modernes et contemporaines, de Wim Delvoye, Pierre et Gilles, Vasarely, à Doisneau et ses fameux "Baiser de l’Hôtel de Ville".

Camille Claudel sort de l’ombre

Rodin fait encore recette lorsqu’on l’associe à la "belle" Camille Claudel. Une passion bien connue qui l’unit au sculpteur dans l’atelier duquel elle essuya les plâtres, au propre comme au figuré, se dévorant d’amour pour l’ogre sculptural. Claudel a désormais son propre musée à Nogent-sur-Seine, ravissant village de l’Aube, qui s’ouvre évidemment l’année où l’on célèbre le maître dont elle fut la maîtresse. Cette nouvelle structure muséale accueille la collection Reine-Marie Paris, petite-nièce de Camille Claudel, et les quarante pièces qu’elle possédait sur les cent œuvres recensées à ce jour (plâtres, bronzes, exemplaires…). Ce ne sont pas les pièces les plus marquantes, mais elles ont le mérite d’offrir un parcours chronologique à l’œuvre de l’artiste "maudite".

A côté de cette collection, on découvre l’œuvre d’Alfred Boucher, un sculpteur académique local qui prit la jeune Camille Claudel sous son aile avant de la présenter à Rodin.

Une découverte qui est aussi le point d’orgue de ce nouveau musée, avec quelques œuvres de Rodin en prime – notamment une "Suzon" réalisée à la chaîne durant la période bruxelloise de l’artiste, dans la même veine que les petites statues animalières typiques de Pompon, qui fut son élève.

Enfin, à l’étage, d’une architecture contemporaine qui se veut lumineuse et sobre, la scénographie propose une comparaison entre le maître et l’élève. "La femme accroupie" de Claudel reprend le même thème que celui développé par Rodin quelques années plus tôt, mais de manière plus sensible et palpitante, là où lui se révélait surtout érotisant et sensuel. Même constat avec "La jeune fille à la gerbe", une œuvre créée par la géniale assistante avant d’être reprise par le maître. Dans "L’éternelle idole", Rodin se montre plus figé dans la représentation d’un couple alors que Claudel donne à "L’abandon" un tour plus émouvant et mouvementé.

Camille Claudel est fougueuse, écorchée, tourmentée dans ses œuvres et son esprit (elle a beaucoup détruit ses propres œuvres et elle vécu les trente dernières années de sa vie en institution psychiatrique, rejetant la sculpture qui la conduisait irrémédiablement à "La porte de l’Enfer", le dantesque chef-d’œuvre de son ancien amant). Rodin est plus puissant dans la sensualité ou la douleur, sûr de lui, robuste et d’une masculinité triomphante jusque dans la technique. Sa passion des corps s’exprime de manière physique; Camille Claudel de façon plus fragile, vibrante, touchante.

À voir À BRUXELLES, CALAIS et nogent-SUr-SEINE

Jusqu’au 14 juillet "Quand Rodin vivait à Bruxelles", au White Atrium, avenue de la Toison d’Or, 56, à 1060 Bruxelles. Accès gratuit du lundi au vendredi de 12 à 16h (ni site ni téléphone).

Jusqu’au 17 septembre "Le baiser de Rodin à nos jours", au Musée des Beaux-Arts de Calais: www.musee.calais.fr

Permanent Nouveau Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine: museecamilleclaudel.fr

Note: 3/5.

Mais si l’on redécouvre Camille Claudel, c’est toujours par l’entremise d’Auguste Rodin. Parce qu’elle était une femme, elle ne put à l’époque suivre les cours de l’académie. Les temps ont-ils tant changé? Que l’on songe à Germaine Richier et le peu de renommée dont cette artiste remarquable jouit au regard de son contemporain Giacometti.

Un constat qui laisse… "Penseur".

Sur le même sujet, découvrez la belge époque du célèbre sculpteur français : http://www.lecho.be/actualite/archive/La-belge-epoque-du-celebre-sculpteur-francais/9906720

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