Trésors de nos origines

Masque Kwele (Gabon, fin XIXe - début XXe siècle). ©Hugues Dubois

Avec sa 19e édition, Parcours des Mondes, salon des arts premiers sans égal au monde, offre quatre continents et quarante siècles de raretés.

Bravez les obstacles et ralliez d’urgence ces rues parisiennes où 44 galeries révèlent des centaines de pièces qui nous relient au monde. Envers et contre tout, Pierre Moos, qui dirige ce Parcours depuis 2008 (un quatuor de pays, rappelle-t-il, tient le haut du pavé des arts premiers: France, Allemagne, Espagne et… Belgique), a refusé de suspendre ce rituel qui attire la planète à Saint-Germain-des-Prés, foyer rare de ces arts et de l’archéologie, entre rue des Beaux-Arts et quai de Conti.

À la sécurité sanitaire, Moos a joint la sécurité juridique. Les tentations de réécrire l’histoire se heurtent à des règles de droit pluriséculaires. Yves-Bernard Debie, conseil bruxellois de Parcours des Mondes et de galeries et collectionneurs européens, propose donc un guide des règles applicables en France. En un domaine devenu complexe ("une idole cycladique […] ou une Alfa Roméo de 1932 ont pu être classées 'trésors nationaux'"), ses éclairages sur les seuils de valeur, les documents, les pouvoirs étendus des douanes sont précieux.

Le Bruxellois Didier Claes présente un masque "coureur" Dan de Côte d’Ivoire (que le poursuivi devait céder à son poursuivant), aux orbites immenses cerclées de métal blanc, objet unique exposé jadis au Musée de l’Homme.

Masque "coureur" Dan

Douceur poétique

Pour Bernard De Grunne, autre Bruxellois historique, "le virtuel a des limites". Il le démontre en nous commentant une tablette d’orfèvre Baoulé (Côte d’Ivoire), "dont il existe quatre exemplaires connus, à la patine en deux tons, de boue et de farine, surmontée d’un visage en icône auréolé aux yeux sereins, qui encourage le bijoutier à réussir son geste" en harmonie avec son matériau, l’or, ou "une pipe d’Afrique du Sud au bois à la douceur poétique" qui épouse la forme du corps fuselé d’une jeune femme.

Chez Montagut (Barcelone) trône un masque Kwele (Gabon) provenant d’une terre rarement foulée par les Européens, représentant les esprits forestiers bienveillants, au visage typique, nez triangulaire et larges yeux joints (vendu dès le premier jour).

Le Parisien Julien Flak aligne les pièces insolites: brassard Elema du XIXe siècle, en écorce battue, baguettes de bois et pigments ou bouclier de la vallée de la Wahgi (Papouasie Nouvelle-Guinée), leçon de tactique et d’histoire – les motifs géométriques peints et l’ornement de plumes (disparu) égaraient l’adversaire, et surtout, un pendentif hei-tiki d’origine maorie (Nouvelle-Zélande) en néphrite sculptée et haliotide (un coquillage), exemple d’un outil devenu objet d’art.

Parmi les expositions thématiques, Arte Primitivo (Barcelone, première participation) dresse avec "Saints et sorcières" un parallèle entre art figuratif de deux cultures et quête de protection du monde spirituel.

Premier événement de la rentrée parisienne (face à tant de foires annulées), Parcours des Mondes 2020 s’associe à la Monnaie de Paris, premier musée rouvert post-confinement, pour "Akan – Les valeurs de l’échange", consacré aux instruments de pesée de la poudre d’or de cette région d’Afrique de l’Ouest.

Ce rituel est un antidote aux périls de l’époque.

Parcours des mondes

Quartier des Beaux-Art, Saint-Germain-des-Prés, Paris

Jusqu'au 13 septembre 2020

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