Un instantané de la création belge en bande dessinée

Le Centre belge de la bande dessinée présente le travail d'une vingtaine d'auteurs et d'autrices des deux communautés pour dresser l'état de la création.

La désignation d'Isabelle Debekker à la direction générale du Centre belge de la bande dessinée (CBBD), en novembre 2019, avait déclenché une polémique virulente. Nombre d'auteurs et non des moindres, parmi lesquels François Schuiten, Dany ou Bernard Yslaire, criaient au scandale face à la nomination de l'ex-secrétaire générale du Centre, quand l'institution avait, disaient-ils, un cruel besoin de sang frais pour se renouveler. Avec pour revendication principale que le CBBD devenait trop un centre d'archivage de collections et un musée, et pas assez un vivier de la création. Trop tourné vers le passé, donc, et pas assez vers le futur.

©Judith Vanistendael

Nommée dans ces conditions houleuses et à quelques semaines seulement du début de la crise sanitaire et du premier confinement, Isabelle Debekker ne pouvait craindre pire manière pour entamer son mandat. Mais elle a eu l'intelligence d'écouter les doléances des auteurs, réunis au sein de l'AKA (Akademie des auteurs de BD belge), association à l'initiative de Bernard Yslaire, ou de l'ABDIL (Auteur.trice.s de Bande Dessinée et de l’Illustration Réuni.es) et de les concrétiser dans une initiative conjointe.

Multiforme, multilingue, multigenre

L'exposition "United Comics of Belgium" est le résultat de cette réflexion tripartite et des échanges qui ont eu lieu entre la nouvelle direction du Centre et les auteurs. "Très vite, nous nous sommes aperçus que nous étions d'accord sur les chantiers à mener pour repositionner le CBBD et son action", constate Isabelle Debekker, qui nous guide entre les cimaises.

"La bande dessinée belge multiforme, multilingue, multigenre, a besoin d’un carrefour, d’un centre qui soit le phare de ce médium, des créateurs et créatrices, et les fasse rayonner en Belgique et à l’international. Parallèlement à la défense du patrimoine, le CBBD entend aussi témoigner de la vitalité d’un des fleurons de
la culture belge
", affirment Bernard Yslaire et Thierry Van Hasselt, en préambule de l'exposition.

Carte blanche

Cette exposition répond au principe d'une carte blanche. Bernard Yslaire, qui en carressait l'idée depuis des années, et Thierry Van Hasselt ont sélectionné neuf auteurs, neuf commissaires, à charge pour eux de désigner un coup de cœur et de choisir par consensus neuf autres auteurs. Les neufs commissaires étaient Johan de Moor, Olivier Grenson, Marc Hardy, Exaheva, Noémie Marsily, Mobidic, Séraphine Moons, Judith Vanistendaele et Jana Vasiljević.

Trois équilibres à respecter dans cette triple sélection: les générations, les genres et les origines communautaires. Des jeunes et des auteurs confirmés, des hommes et des femmes, et des Flamands et des Wallons. Avec l'envie aussi de faire entrer dans les galeries du bâtiment Horta des auteurs.trices qui n'en avaient pas eu l'honneur jusqu'ici.

©Jean-Claire Lacroix

"Mais cette sélection ne marque pas non plus la volonté d'une réaction à ce qu'a été le CBBD jusqu'ici", poursuit Debekker. "Mais vraiment de montrer un instantané de ce qu'est la création belge en bande dessinée en 2020, dans un choix d'auteurs entre eux, ce qui donne forcément une vision très différente de ce qu'aurait pu faire un expert ou un commissaire unique", note-t-elle encore.

Forcément, les contraintes issues de la crise sanitaire ont aussi influencé sinon les choix des auteurs, du moins l'approfondissement de la recherche et des discussions. "Aujourd'hui, nous arriverions sans doute à une autre sélection et, dans quatre ou cinq ans, ce sera encore une autre mise en perspective", témoigne encore la directrice générale.

©Chariospirale

L'approche subjective est forcément assumée. Et, du coup, elle remplit parfaitement son objectif, double: celui de prendre le pouls de la création et de la faire découvrir dans ce lieu plutôt classique. Car il y a une véritable (re)découverte de certains auteurs. On ne présente plus Hermann, Olivier Grenson, ou Benoit Feroumont. On redécouvre en extase la précision des traits de Romain Renard, dans des tableaux presque photographiques, dont la noirceur répond à lumière et à la douceur de Judith Vanistendael. On admire la palette graphique de Marc Hardy, l'humour et la vivacité de Johan De Moor.

Mais on découvre surtout une large palette de talents, jeunes ou moins jeunes, issus pour beaucoup de l'édition indépendante. Jean-Claire Lacroix, qui a travaillé avec François Schuiten au sein de l'Atelier R de Claude Renard, se rappelle à notre bon souvenir. Parrondo laisse éclater son style minimaliste et son humour déjanté. Déjanté, le trait de Chariospirale l'est tout autant.

"Cette sélection ne vise pas une réaction à ce qu'a été le CBBD jusqu'ici. Mais vraiment de montrer un instantané de ce qu'est la création belge en bande dessinée en 2020."
Isabelle Debekker
Directrice générale du CBBD

L'expo, dont la présentation assez simple a largement été suggérée par les auteurs eux-mêmes, se veut aussi didactique en proposant des travaux préparatoires. Elle montre surtout la très grande diversité dans la conception même du média BD. Entre le très classique Hermann, habitué au format A4 en 48 planches, et Thijs De Smet, dont les dessins peuvent prendre un vase ou une veste de cuir pour support, il y a un monde. Mais avec un point commun, l'appartenance à une même famille d'auteurs belges.

Si l'exposition est un instantané, elle nécessitera des suites pour se tenir à jour. "C'est une réflexion qui est en cours dans le cadre de ce rôle pour le CBBD. Sans doute pas annuelles, mais des mises à jour suivront", assure Debekker.

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