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Vallauris, temple historique de la poterie

"La Guerre et la Paix", 1952, par Pablo Picasso, à Vallauris. ©Succession Pablo Picasso 2021

Quittons les paillettes, les yachts et la circulation de la riviera française, pour nous rendre au château de Vallauris. Ce dernier conserve un important fonds de céramiques, témoin de l’âge d’or de cette petite ville de la Côte d’Azur, où Picasso vécut plusieurs années.

Située entre Cannes et Antibes, la ville de Vallauris voit sa tradition potière remonter à l’époque gallo-romaine, lorsque l’on utilisait déjà ses importants gisements d’argile. La présence de ces puits de terre sur la commune donnera naissance, au début du XVIsiècle, à une importante activité de productions de céramiques culinaires. Les principales fabriques connaissent vers la fin du XIXe siècle un important développement; elles atteignent la taille de véritables usines où travaillent plusieurs dizaines d’ouvriers spécialisés.

Au début des années 1930, la concurrence de la fonte et de l’aluminium va amener au déclin progressif de la poterie culinaire. Il ne reste hélas que quelques traces de ces usines et de leurs cheminées qui, à l’époque, lors des jours de cuisson, pouvaient plonger la ville dans une épaisse fumée noire. La fin des années 1930 marque l’arrivée de jeunes artistes qui s’installent dans tous ces ateliers laissés à l’abandon, et notamment Suzanne et Georges Ramié, qui fondent en 1938 l’Atelier Madoura. Cependant, c’est surtout l’après-guerre qui marquera le début de la renaissance de Vallauris et son âge d’or.

Un nouvel élan venu de Picasso

C’est indéniablement l’installation de Pablo Picasso à Vallauris en 1948 qui va insuffler un esprit d’innovation. Il entraîne dans son sillage de très nombreux peintres et sculpteurs qui viennent expérimenter les techniques de l’art du feu et la maîtrise de l’argile grâce au savoir-faire des techniciens de la région. Miró, Matisse, Chagall, Cocteau… sont ensuite rejoints par leurs amis poètes ou écrivains tels que Prévert et Eluard.

L'exposition donne une impression de céramique décomplexée et totalement empreinte d’une joie de vivre et de partage créatif.

Pendant près de 10 ans, Vallauris se transforme en une vraie ville atelier qui bouillonne de rencontres, d’idées, d’expérimentations… Ces années figurent parmi les plus prolifiques de Picasso qui, au-delà de la peinture, expérimente de nombreuses techniques de sculpture à base de matériaux de récupération, de linogravures mais surtout de céramique, qu’il pratique assidûment dans l’Atelier Madoura.

Un bel aperçu des années fastes

On peut découvrir toute cette effervescence créative à travers l’exposition "Vallauris la ville atelier" que lui consacre le musée Magnelli, musée de la céramique installé dans le château au centre-ville.  

Séquencée en quatre parties, l’exposition nous étonne par la multitude de formes, de motifs, de styles et de techniques que révèlent les pièces exposées. Entre les vases-oiseaux de Roger Capron, le vase faux-bois de Grandjean-Jourdan ou le vase Minotaure de Jean Derval, impossible de définir un style vallaurien. On ressent plutôt une impression de céramique décomplexée et totalement empreinte d’une joie de vivre et de partage créatif. Un parcours muséal rempli de bonnes et parfois d’étranges surprises. Il met tout d’abord en exergue l’émergence d’une nouvelle génération (1938-1946), pour nous conduire ensuite, dans les années 50, vers un foisonnement artistique. Place alors aux grands peintres et sculpteurs qui ont posé leurs valises dans cette ville du Sud. Le dernier volet documente la renaissance de la cité potière jusqu’en 1962.

C’est indéniablement l’installation de Pablo Picasso à Vallauris en 1948 qui va insuffler un esprit d’innovation.

Un détour s’impose par le rez-de-chaussée du musée, là où les salles permanentes sont principalement consacrées aux magnifiques créations de Picasso. Et nous voilà arrivés à la sortie du château. Sur la gauche, on descend quelques marches pour entrer dans un autre bâtiment. Cet espace nous plonge dans une mise en situation des céramiques dans les intérieurs de l’époque. Nostalgie garantie des années 60 et 70, avec les meubles en rotin qui côtoient les tables basses en carreaux émaillés imaginées par Roger Capron.

Un trésor caché

Picasso décida d’offrir une œuvre à la ville de Vallauris: "La Guerre et la Paix". Il choisira la chapelle romane du prieuré qui jouxte le château pour y installer sa composition murale monumentale. Pas moins de 300 dessins préparatoires ont conduit à son exécution en 1952 sur des panneaux d’Isorel. Ceux-ci furent ensuite dressés verticalement sur une structure de bois cintrée pour s’adapter à la voûte de l’édifice. L’artiste y dénonce les horreurs de la guerre et témoigne de son engagement pour la paix. De part et d’autre, le positif répond au négatif. Cette expérience, totalement immersive dans une œuvre de Picasso, est accentuée par l’architecture du lieu… une expérience unique qui en elle-même vaut le voyage. 

«Vallauris – La ville atelier (1938-1962)»

Note de L'Echo:

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