Xavier Roland: "La culture appartient au quotidien des gens"

Xavier Roland devant l’«Allégorie» de Louis Buisseret du groupe Nervia, fondé à Mons, en 1928. ©Tim Dirven

La page Facebook #CultureTogether donne la parole au secteur culturel, confiné mais pas muselé, et qui se questionne sur sa raison d’être, à l’image de Xavier Roland, directeur du BAM de Mons.

Exposition à distance
«École de Mons, 1820-2020»

>Les capsules vidéos du BAM présentant l’exposition sont sur la page Facebook du Pôle muséal de la ville de Mons.

>Site du BAM, musée des Beaux-Arts de Mons.

Michael Delaunoy du Rideau de Bruxelles, Gregory Thirion du Botanique, Nicolas Gilson du Palace, le photographe Vincent Peal, Kurt Overbergh de l’Ancienne Belgique, Paul Dujardin de Bozar, Michel Draguet des Musées royaux des Beaux-Arts, Yves Goldstein de Kanal, Claire Leblanc du Musée d’Ixelles,…

On ne compte plus les acteurs belges de la Culture à se prêter au jeu de #CultureTogether, la page Facebook lancée conjointement par les boîtes de com’ BeCulture et Movietown, qui avaient collaboré une première fois à l’occasion de l’exposition "Hyperrealism Sculpture" à La Boverie (lire ci-dessous).

À chaque fois, une capsule vidéo d’environ deux minutes où chacun se présente dans son salon ou dans son lieu culturel déserté, explique ce qui aurait dû s’y passer si la crise n’avait pas eu lieu et ce qu’il organise pendant le confinement. Un exercice de com’ que tous ressentent comme essentiel s’ils ne veulent pas perdre le lien avec leur public, aujourd’hui confiné, voire le réinventer.

Séverine Provost de BeCulture en action! #CultureTogether

C’est le cas de Xavier Roland, le directeur du BAM, le Musée des Beaux-Arts de Mons, qui met à profit cet arrêt forcé pour repenser les missions du musée. Ce n’est pas qu’un exercice d’intellectuel en chambre. "J’étais à côté du carillonneur, dans le Beffroi de Mons, lorsqu’il a fait sonner la ‘Ducasse’, le dimanche 29 mars. J’en pleurais. La vidéo a fait des centaines de milliers de vues et a touché la communauté montoise jusqu’aux États-Unis. Avec la situation que l’on vit, l’enjeu de demain, c’est que la culture appartienne au quotidien des gens. On a trop travaillé entre nos quatre murs, partant en croisade quand on nous disait que l’art dans les musées était un art mort. Mais, en fin de compte, on était peut-être les fossoyeurs de cet art-là en le confinant."

"Faire respirer le musée"

Pour le directeur, le coronavirus s’ajoute aux crises précédentes, crises financières, crise climatique, crise religieuse et maintenant crise sanitaire, et accélère la mutation sous-jacente du secteur. Dans quel sens? "En reterritorialisant le propos, en le réintégrant dans une logique de communauté, de territoire, d’histoire et d’enjeux locaux." Une réflexion qui a germé en 2013 après l’un de ses plus beaux succès de foule. En comptabilisant les 100.000 visiteurs de l’expo Warhol, il s’est dit que c’était bingo!, que le BAM allait exister sur la carte internationale des musées. "Le lendemain de la fermeture, on a programmé quelque chose qui n’avait plus rien à voir et soudain, plus personne au musée… Ce fut un séisme pour moi. Cela ne sert à rien de copier les grandes expos internationales ou de les avoir dans votre ville si, ensuite, il n’y a plus rien. C’est de la poudre aux yeux."

Wahrol au BAM en 2013: près de 100.000 visiteurs (c) DOC

Pour autant, supprimer les grandes foires, les biennales et les expositions internationales serait un peu hâtif, réfléchit Xavier Roland, qui programme à l’automne une grande exposition Roy Lichtenstein. "Balayer les événements de prestige, c’est aussi perturber une logique territoriale. Nous avons une responsabilité économique et sociétale, mais il faut trouver la bonne équation. Tout en gardant cette logique économique, de territoire, et en préservant la diversité culturelle, comment construire quelque chose qui fasse sens et qui donne le sentiment d’apporter quelque chose à la communauté?"

Les nanas de Niki de Saint-Phalle dans les rues de Mons en 2018. ©Be Culture

Il cite l’exposition Van Gogh, qui a fait 180.000 entrées en 2015, lorsque Mons était capitale européenne de la Culture, et qui refaisait du génie pictural l’enfant des mines, toutes proches. "Une fierté pour la région", dit-il. Il cite l’exposition Niki de Saint-Phalle, qui installait ses nanas autant dans l’enceinte du musée que dans l’espace public montois. "Il fallait arrêter le rapport In/Out. Le musée devait respirer, infiltrer le quotidien des gens à travers de nouvelles dynamiques de médiation."

"Memento Mons", l'expo manifeste 

«Retrouver son identité culturelle locale, se réapproprier un patrimoine et se rappeler que nous ne sommes que de passage ici.»
Xavier Roland
Directeur du BAM

Enfin, il y eut "Memento Mons", en 2019, livrant au regard original de deux artistes flamands des objets du patrimoine montois, intuitivement rassemblés dans des cabinets de curiosité (notre article du 5/10/2019). Une expo manifeste: "‘Memento Mons’ était prémonitoire de ce qui se passe aujourd’hui: retrouver son identité culturelle locale, se réapproprier un patrimoine, tout en se rappelant la maxime médiévale ‘Memento mori’ (souviens-toi que tu vas mourir, NDLR). Car nous ne sommes que de passage ici. La construction de l’expo était basée sur le constat de la multiplicité des crises depuis 2001, qui font que nous vivons dans une société complètement chamboulée. Une manière de questionner radicalement la révolution copernicienne du XVIe siècle qui a installé l’Homme au cœur du monde, au point d’imaginer avec la pop culture que l’on pouvait se débarrasser complètement de la nature."

Exposition "Memento Mons", au BAM ©Memento Mons

Xavier Roland voit cependant la culture comme le liant, le ciment d’une réharmonisation de l’homme avec "le monde du dehors", pour peu que l’on ouvre largement le musée sur la société, quitte à mettre entre parenthèses son approche scientifique et les hiérarchies en vigueur dans le monde de l’art.

On pourrait d’ailleurs lui reprocher un certain provincialisme que n’a pas manqué de susciter son exposition actuelle, "L’École de Mons, 1820-2020", qui met en avant des peintres du cru, inconnus au bataillon. "J’essaie d’abattre au marteau piqueur le bloc monolithique de l’Histoire de l’art du XXe siècle qui a occulté tout ce qui se passait derrière, pour relocaliser un discours, une expression, mais aussi pour pouvoir y déceler ce qu’elle a d’universel", se défend-il.

"Pas besoin d’histoire de l’art pour apprécier ‘Le Terril’, une toile exceptionnelle de 1898 de Cécile Douard, artiste française qui s’était installée à Mons. Elle a fréquenté les écoles d’avant-garde dirigées par Isabelle Gatti de Gamond et Marie Popelin, et est devenue peintre à une époque où les académies n’étaient pas ouvertes aux filles. On doit réapprendre les particularismes, les spécificités, mais, en fin de compte, des œuvres comme celles-ci appartiennent à un patrimoine universel et collectif."

Séverine Provost de BeCulture en action! #CultureTogether

#CultureTogheter, la voix de la culture

 

Avec son équipe de filles à l’agence BeCulture, son dress code bleu Yves Klein et son sourire ravageur, Séverine Provost a ce petit grain de folie des passionnés qui défendent contre vents et marées leurs convictions. En l’occurrence, partager l’art et la culture. "Partager une expo, un artiste qui me passionne, me touche dix fois plus que de le garder pour moi", dit-elle.
Un exercice difficile en ce moment, alors que tous ses clients dans les musées et les maisons de concert ont mis la clef sous le paillasson et qu’elle-même, à la tête de sa PME depuis 20 ans, pourrait bien mettre la clé sous la porte si la crise devait s’éterniser. Mais contre mauvaise fortune bon cœur, elle a relevé ses manches et fait ce qu’elle fait de mieux – communiquer.
Alors que les trois-quarts de son équipe est en chômage technique, elle s’est associée à Movietown, une boîte de com’, comme la sienne, mais dans le secteur de l’événementiel. C’est son patron, Ralph Vankrinkelveldt, un ancien rédac’ chef de la DH, qui lui a soufflé le concept de #CultureTogether, une page Facebook où les représentants du secteur culturel belge, au sens large, se présentent, racontent ce qu’ils auraient dû présenter si la crise n’avait pas eu lieu et ce qu’ils mettent en place pendant le confinement.
Ces capsules directes et qui tutoient les pontes du secteur tranchent par leur simplicité. "Quand je suis venue chez Movietown avec mon monde d’initiés, ils m’ont dit: ‘Mais de quoi tu parles, en fait’", s’amuse-t-elle. "Donner la parole aux acteurs culturels n’a ici rien d’égocentrique. C’est dire aux gens: ‘On vous tend la main, on vous attend à la fin du confinement. Entendre Michel Draguet, des Musées royaux, dire que le public manque aux œuvres, c’est très beau." X. F.
 >Toutes les capsules vidéos à retrouver sur la page Facebook @CulturetogetherBE

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés