Yves Klein ou L'amour du vide

©Harry Shunk and Janos Kender © J.Paul Getty Trust. The Getty Research Institute, Los Angeles

Il a traversé l’espace artistique comme un météore bleu. Quelques années ont suffi à Yves Klein pour imprégner des générations d’artistes. Bozar lui consacre une importante exposition.

Yves Klein est décédé à l’âge de 34 ans d’une crise cardiaque en 1962. Mais durant les sept années qui ont précédé sa disparition, cet artiste français est parvenu à créer autour de lui un véritable culte. De son vivant, comme s’il soupçonnait le peu de temps que la vie lui concédait, il a forgé, avec audace, sa propre légende. Ce qui fait que son nom résonne encore aujourd’hui auprès du grand public: l’IKB ou International Klein Blue, une couleur de son invention, un bleu outremer intense, le plus pur possible dont il recouvrira d’une manière ou d’une autre toutes ses peintures et sculptures. Mais s’il se focalise sur cette couleur, c’est avant tout pour mieux faire passer ce qui le subjugue… le vide!

exposition

"Yves Klein. Theatre of the Void"

Note: 5/5

Jusqu’au 20 août à Bozar. www.bozar.be.

Avec "Theatre of the Void", le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles présente la première grande monographie consacrée à Yves Klein en Belgique depuis les années 60. L’exposition propose un parcours ponctué par une trentaine des œuvres les plus emblématiques de l’artiste français: ses célèbres monochromes, ses peintures avec le feu, ses anthropométries, mais aussi des photos et des films rarement montrés. Comme Pol Bury auquel Bozar consacre actuellement une exposition, Yves Klein était associé au courant artistique Zero.

Mystique

©Harry Shunk and Janos Kender © J.Paul Getty Trust. The Getty Research Institute, Los Angeles

Précurseur de l’art conceptuel et minimaliste, il est l’un des premiers à s’essayer, avec succès, à l’art si particulier de la performance. C’est en passant par la mise en scène de sa pratique artistique qu’Yves Klein élabore sa figure d’artiste et se singularise. Fils de deux parents peintres – sa mère, Marie Raymond, était une peintre abstraite renommée de l’École de Paris – il est en réalité élevé par sa tante Rose. Personnage mystique, elle l’éduque notamment au culte de Sainte Rita, patronne des causes désespérées. Yves Klein est durablement marqué par cette éducation et toute sa vie sera imprégnée de ce mysticisme latent. Jeune, il échouera à sa tentative de devenir marin, et, féru d’ésotérisme, il deviendra un temps libraire. Puis il découvre le judo… La discipline l’attire tant qu’il l’étudiera à Tokyo jusqu’à obtenir là-bas le quatrième dan, équivalent du plus haut niveau européen. Au passage, il a découvert la philosophie zen.

Précurseur de l’art conceptuel et minimaliste, il est l’un des premiers à s’essayer à l’art si particulier de la performance.

Cette double empreinte de mysticisme chrétien et de pensée zen lui insufflera cette passion du vide; le vide qui, pour les Japonais, contient toute l’énergie vitale, et ce vide où on trouve Dieu selon les chrétiens. Pour Yves Klein, le vide est le lieu de la création. De retour en Europe, son objectif consistera à saisir l’immatériel absolu, l’infini de l’espace à travers l’éclat de la couleur pure. Avec son pigment bleu, il veut représenter cette immatérialité. Ses monochromes ont pour vocation de placer la signification dans le vide entre l’œuvre et son spectateur, évacuant le médium de cette rencontre pour atteindre l’immatérialité, la pureté d’une vision.

Performateur

©© Yves Klein, ADAGP, Paris and DACS, London 2016.

Jamais Yves Klein n’a peint avec un pinceau. Il peignait avec un rouleau ou… les corps nus de ses modèles, pinceaux vivants et sensuels. On peut l’admirer à l’œuvre dans les nombreuses vidéos disséminées dans le parcours. Les résultats sont visibles également: des toiles comme des saints suaires, en dominance de bleu. Les modèles ont laissé leur empreinte, par la peinture, et parfois par le feu. Le feu, cet élément pour lequel il éprouve un grand attrait. La flamme est bleue elle aussi, le feu est autant destructeur que créateur.

Grand metteur en scène de lui-même, il se livre même à des sauts dans le vide. Des essais que le visiteur peut admirer en photos. Sa vie et son art n’étaient pas indépendants l’un de l’autre, Yves Klein était l’acteur de sa vie et se profilait dans un scénario qu’il écrivait finement, avec beaucoup de classe (il était toujours tiré à quatre épingles) et d’entregent, jusqu’à vendre du vide, ou comme il l’appelait, une zone de sensibilité picturale contre des feuilles d’or! Yves Klein transcendait toutes les frontières et sa courte carrière a préfiguré l’avènement du pop art, de l’art conceptuel et de la performance.

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