chronique

Blancs, rosés, rouges, vins doux… L'offre éclectique du pays catalan

Entre la Méditerranée et les Pyrénées, les vins du Roussillon se font leur place au soleil.

Elle a été construite par le Roi d’Espagne afin de défendre son Royaume face à celui de la France. Nous dépassons, sur l’autoroute, la forteresse de Salses, à une vingtaine de kilomètres au nord de Perpignan. Ici se termine l’Occitanie, bienvenue en terre catalane: La Méditerranée, la plaine et puis ces massifs montagneux où la vigne est omni présente. Certes, le vignoble du Roussillon, avec ses 22.000 hectares, demeure modeste à côté de celui – voisin – du Languedoc. Mais ici, à quelques rares exceptions, les exploitations ne sont guère importantes.

Des rouges, des blancs, des rosés et aussi des vins doux naturels qui font de ce vignoble roussillonnais, sa spécificité. Rivesaltes, Muscat de Rivesaltes, Maury et Banyuls, ce dernier résolument orienté vers la mer, dans un amphithéâtre où les vignes dégringolent littéralement vers la grande bleue. De la route de la corniche, la vue est saisissante. A l’inverse des plaines languedociennes où la vigne fut cultivée afin de répondre à la demande d’une époque (bien révolue) où la consommation française était essentiellement basée sur le vin de table, "le gros rouge", le Roussillon a toujours préféré élaborer des vins secs à faibles rendements et des vins doux, qui furent des apéritifs très appréciés jusqu’il y a une cinquantaine d’années.

Aujourd’hui, l’amateur les apprécie plutôt en fin de repas. Avec des fromages (comme ceux à pâtes persillées tel le roquefort) et des desserts, notamment au chocolat noir: des accords pouvant être sublimes.

©© Valery Trillaud

Dans le village de La Tour-de-France, Brigitte Verdaguer nous fait déguster ses vieux Rivesaltes. La cave du Domaine de Rancy, c’est un voyage dans le temps, un surprenant trésor vineux qui séjourne dans les vieilles barriques. Elles démentent les paroles d’une chanson de Léo Ferré. Non, ici, avec le temps, rien ne s’en va, tout se bonifie. Evocations de fruits secs et confits, de cire d’abeille. L’émotion dans un verre de vin et, peut-être, le plaisir gustatif d’une autre époque. "C’est vrai, nous sommes à contre-courant des goûts actuels. Il s’agit d’abord de faire venir les amateurs potentiels, ensuite de proposer une dégustation. Mais une clientèle ciblée existe", se rassure la propriétaire du Domaine.

Tout comme en Provence, la région est également sujette à une forte pression immobilière vu l’engouement pour le tourisme. "Et nos vins sont produits avec de faibles rendements. Le seuil de rentabilité est impossible en dessous d’une quinzaine d’hectares de vignes", nous dit Philippe Jonquère d’Oriola dont la famille possède des vignes dans la région depuis 1485. Cette famille, qui s’illustra aussi dans deux disciplines sportives (l’équitation et l’escrime), fut aussi une pionnière de la commercialisation de ses vins en "Bib": c’était en 1981. Et n’hésite pas, à côté de cuvées traditionnelles, de suggérer des vins "marketés" comme ce rosé "gris gris" dont le succès fut inattendu. Notamment en Belgique.

De la vigne à la restauration et l’hôtellerie

Le présent de la viticulture roussillonnaise passe aussi par la diversification. Notamment dans l’hôtellerie et la restauration. A Argelès-sur-Mer, le château de Valmy construit à la fin du 19è siècle, vit depuis quelques années un véritable renouveau. Surplombant la mer, entourée de son vignoble, cette impressionnante demeure accueille de somptueuses chambres et un restaurant – "La Table de Valmy" — doté d’une terrasse avec vue sur la vigne et la Méditerranée. Un exemple, parmi bien d’autres, d’un éclectisme d’activités au-delà de la seule, agricole.

"Nous sommes à contre-courant des goûts actuels."
Brigitte Verdaguer

Dans le village de Rivesaltes, c’est également le cas d’une institution de la région. La famille Cazes possède 220 ha de vignes et produit annuellement 700.000 bouteilles de vin, en biodynamie depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui dans le giron du groupe Advini, ce producteur dispose aussi d’une boutique et d’un restaurant, "La Table d’Aimé", qui accueillent touristes et amateurs de vin tout autant que ceux appréciant une restauration axée sur les produits bio.

Près de ce village qui a vu naître le maréchal Joffre, Lionel Lavail – directeur de la Maison Cazes – dispose d’un mas catalan du 16è siècle superbement restauré, au cœur du vignoble, et doté de cinq chambres. Toujours la diversification… Un directeur qui regrette néanmoins "le déficit de notoriété" des vins du Roussillon. Ce qui n’empêche toutefois des "estrangers" de s’y installer. Régis Boucabeille est Français mais il a vécu plus de vingt ans à Bruxelles d’où il gérait la distribution, pour l’Europe du nord, de vins languedociens et catalans. "J’ai toujours le permis de conduire belge", nous dit cet homme à l’accent bien de là-bas et qui a investi dans une trentaine d’ha en vignes cultivées biologiquement, à Corneilla-la-Rivière, près de Perpignan. Son fils Jean a quitté Paris et le milieu bancaire pour gérer le Domaine familial. "C’est une région qui plaît à des consommateurs souvent présents ici lors de leurs vacances", avance Jean tandis que son père précise: "Le Roussillon, c’est un petit vignoble mais il propose un choix de vins d’un exceptionnel éclectisme". C’est vrai. Qui accompagnent un repas de l’apéritif au dessert, du début de repas à l’heure de la méditation.

Quelques bonnes adresses pour les vins du Roussillon:

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