Plastiques et tanins ou la double vie de BASF

Difficile d’imaginer, en longeant le gigantesque entrelacs de silos, de pipelines et d’usines qui constituent le siège central de BASF, que le numéro un mondial de la chimie cache dans ses caves une véritable mine d’or œnologique. Le premier chimiste mondial est aussi l’un des dix plus gros distributeurs de vin en Allemagne.

Depuis près de 110 ans, le groupe basé à Ludwigshafen, au cœur du Palatinat, a fait du jus de la treille un patrimoine aussi prestigieux que rentable.

C’est en 1901 que les patrons de la société chimique, créée 36 ans plus tôt, décident d’ouvrir une cave à vins destinée à l’origine au restaurant de l’entreprise. Au départ, les patrons de BASF y voient une compensation pour le personnel contraint d’abandonner une activité viticole personnelle pour travailler dans ce nouveau pôle industriel en expansion continue. Mais d’autres arguments plaident en faveur d’une telle "diversification".

"Très vite, nos clients nous ont fait comprendre qu’une offre de vins serait un incitant supplémentaire appréciable. En outre, le personnel n’avait pas les moyens de se payer du vin, proportionnellement très cher à l’époque. Et faute de disposer d’une voiture, il lui était de toute façon impossible de se rendre chez les viticulteurs. BASF a donc profité de l’effet de masse pour acheter du vin à bon prix avant de le revendre à son personnel", explique Joachim Spies, responsable du cellier du groupe.

Le groupe chimique n’en reste pas là. Il ouvre sa cave au chaland dès 1908. Son offre se centre d’abord sur les vins du Palatinat et de la Moselle voisine.

L’ouverture aux productions internationales suivra en 1912, avec l’importation de crus du Bordelais.

Un million de bouteilles

Aujourd’hui, les caves de BASF renferment près d’un million de bouteilles (de quelque 3.000 crus différents) réparties sur deux étages d’une surface globale de 4.000 m². Le groupe vend autour de 800.000 bouteilles par an. À tous les prix. Le vin le moins cher répertorié dans le catalogue du printemps 2010 est un blanc Müller-Thurgau 2009 vendu au litre à 3,20 euros. De l’autre côté de l’échelle, on trouve notamment un Corton des Hospices de Beaune à 70 euros la bouteille et un Brunello di Montalcino à 69 euros. Et on ne parlera pas des Armagnac à plus de 300 euros.

Une véritable caverne d’Ali Baba donc. Mais le nec plus ultra reste invisible. Les quelque 300 bouteilles de collection de BASF sont, en effet, logées, à l’abri de la lumière et des regards, dans une cave de Forst, un petit village des environs. Elle héberge notamment les plus anciennes bouteilles, celles qui datent de 1865, année de la création de la société. Elles valent au bas mot 2.000 euros pièce.

Cette activité "secondaire", qui contribue avant tout à l’image de marque du géant chimique, n’a rien de philanthropique. Les responsables de BASF restent très discrets sur le chiffre d’affaires de leur cellier, qui fait du groupe le dixième plus gros vendeur en Allemagne. Mais à les entendre, la crise n’a pas ralenti les ventes. Au contraire: elles continuent de progresser. Les clients viennent de partout (de nombreuses commandes se font par internet), mais les Allemands sont naturellement prédominants.

500 vins goûtés par an

La cave du géant chimique allemand est gérée par une équipe de 20 personnes, dont six œnologues qui goûtent quelque 500 vins par an. "Pour être sûrs d’avoir la qualité voulue, chaque vin est goûté par trois personnes différentes", précise Joachim Spies.

Deux collaborateurs sont spécifiquement chargés des achats. Ils arpentent les grandes foires et rencontrent les viticulteurs qui viennent proposer leur production. L’un s’occupe des vins allemands (50% de la cave), l’autre des vins étrangers. "Acheter des vins célèbres n’a rien de compliqué. Pour nous, l’important, c’est d’acheter des vins de haute qualité offrant un excellent rapport qualité-prix et de les faire découvrir à nos clients", dit le responsable.

Sensibilité régionale oblige, les vins du Palatinat, achetés auprès de quelque 200 producteurs, représentent 80% des crus d’outre-Rhin proposés. L’Allemagne compte au total treize régions viticoles.

Avec la mondialisation, les origines géographiques se sont diversifiées. On trouve ainsi, au hasard de nos pérégrinations dans les caves, deux bouteilles de vin… de la province chinoise du Shanxi. Pas donné: 38 euros la bouteille.

Le jeu en vaut-il la chandelle? Joachim Spies cache difficilement une certaine retenue. "Ce vin est sans doute excellent pour les palais asiatiques, mais il convient moins aux palais européens. Mais nous voulons satisfaire tous nos clients", dit-il. Sa prudence toute diplomatique contraste singulièrement avec la tendresse particulière dont il témoigne quand il s’empare d’une bouteille d’Amarone Giuseppe Campagnola, un vin de Vénétie qu’il classe parmi ses favoris. Le patron du cellier a manifestement un faible pour les vins du Sud. Il ne tarit pas d’éloges sur les grands vins espagnols.

Depuis 1996, BASF n’assure plus la mise en bouteille. Fini les grandes barriques, place aux palettes remplies de bouteilles prêtes à la vente. Au magasin du rez-de-chaussée, mais aussi lors de soirées de dégustation organisées notamment dans la vinothèque et via internet. Les bouteilles à prix modiques ou moyens se vendent toujours aussi bien.

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