Couler dans le bronze la Belgique unitaire

André Dekeijser, "Deux Formes Couchées III", 1968 noire royale & André Dekeijser ©Sara Labidi

La Patinoire royale s’intéresse à la période dorée de la sculpture belge, entre 1945 et 1975, avant que la régionalisation n’en vienne à bout. 33 artistes et 233 œuvres à (re)découvrir.

Vibrant hommage que celui rendu par la galerie bruxelloise à la création artistique belge et à sa sculpture en particulier. Une explosion de créativité retentit dans notre pays après 1945 et dont l’écho se fit entendre durant trois décennies. La mise en scène imaginée par le bureau d’architectes Art and Build avec ses aires d’expositions en forme de cercles immaculés et ses rideaux blancs se veut d’ailleurs une référence aux années soixante et septante, aux Trente Glorieuses, à l’époque où les sculpteurs belges croulent sous les commandes publiques ou institutionnelles.

"Ce qui mettra fin à cet âge d’or, ce sont les prémices de la régionalisation en 1975."
Constantin Chariot
Co-Commissaire de l’exposition

Un âge d’or auquel aurait mis fin la crise pétrolière? "Pas du tout, rétorque Constantin Chariot co-commissaire avec Valérie Bach de cette étourdissante présentation. Ce sont plutôt les prémices de la régionalisation, en 1975."

La Belgique unitaire se lézarde alors comme se lézarderait une œuvre antique pour faire place à des entités morcelées… et régionales. Les commandes publiques se font dès lors plus rares, même si quelques artistes surnagent comme Pol Bury auréolé d’une gloire américaine, Félix Roulin ou Strebelle, qui vient de disparaître après avoir fini par "strebelliser" Bruxelles, à force.

Cette exposition est un cénotaphe, exhumant la Belgique unitaire, et un mausolée abritant des artistes aujourd’hui disparus. "Un Francis Dusépulchre, longtemps ignoré et que l’on redécouvre ici, méritait mieux que l’indifférence d’un pays fédéralisé, alors qu’un Miro par exemple fut soutenu par l’Espagne, voire la Catalogne", déplore encore le commissaire de Sculpting Belgium.

Déconstruire la figuration

"Sculpting Belgium"

Note: 4/5

Patinoire royale, jusqu’au 23/12. 15 rue Veydt, 1060 Bruxelles.

Son propos artistique est de partir de la progressive déconstruction de la figuration entamée par Oscar Jespers dès la fin de la Première Guerre (qui signe notamment une épure d’oiseau en bronze doré magistrale en 1927) en passant notamment par les grands totems puissants, fiers, imposants, et sûrs d’eux de Moeschal (réplique à l’échelle du toisant Signal d’Hensies à la frontière franco-belge), avant de terminer sur la récupération entreprise à la fin de la période faste, dans les années 80 par Vic Gentils, de morceaux de bois et de vestiges de meubles. Un amoncellement qui ressemble à une toile cubiste de Juan Gris qui aurait de l’épaisseur.

Peu importe la matière, le cuivre pour d’Haese, le marbre pour Van Sumere, un tronc à peine façonné pour l’éclectique André Willequet: l’expo démontre dans cette défiguration progressive de l’image la pétulance et la variété de cet art unique et unitaire, ou l’union ne faisait pas la force, mais dont la force résidait dans l’union…

Mais "Sculpting Belgium" met aussi en exergue des figures plus connues, comme Walter Leblanc ou l’incontournable Pol Bury. Son imposante fontaine mobile sur fond d’une grande toile géométrique et colorée de Jo Delahaut fait plus que résumer ce magnifique gisant tridimensionnel de l’ancienne Belgique. Le symbole d’une époque.

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