Django, avant Django

"Django main de feu", un portrait-biographie du musicien par un duo espagnol.

Rubio et Efa explorent les fondements de la culture du XXe siècle. Après Monet, ils retracent la jeunesse de Django Reinhardt, monstre sacré de la guitare.

Après Monet, le duo espagnol Salva Rubio et Ricard Efa revient avec une nouvelle biographie d’artiste. Le tandem quitte la peinture pour s’intéresser à la musique avec Django Reinhardt. Comment le jeune gitan, né dans une roulotte en bordure de Paris devint l’un des plus grands guitaristes de son époque et le fondateur de ce que l’on appelle encore le jazz manouche.

"Rubio s’intéresse beaucoup aux personnages qui ont construit notre histoire. C’est une manière d’apprendre d’où on vient et de le faire partager au lecteur", explique Ricard Efa. Avec naturellement une préférence pour les célébrités artistiques plutôt que politiques ou scientifiques.

"Analphabète, Reinhart n’avait aucune connaissance musicale. Il ne savait pas lire une partition et ne travaillait qu’à l’oreille."
Ricard Efa
Dessinateur et coloriste

Après la peinture donc et le formidable regard de Monet sur la réalité de la couleur, Salva Rubio se plonge dans la musique et le jazz manouche en particulier. Mais il ne se borne pas à une biographie intégrale de Django Reinhardt. Au travers de la relation du jeune Django avec sa mère et son frère, Rubio se focalise sur la culture manouche tout autant que sur la musique elle-même. "Nous nous sommes concentrés sur les découvertes de Django: de la musique, de Paris et finalement du showbiz", précise Efa.

Django Reinhardt naît à Liberchies, dans la banlieue de Charleroi, au hasard des pérégrinations de ses parents gitans. Mais c’est dans la banlieue de Paris, dans la "zone" près de la porte de Choisy qu’il grandit. Et c’est là qu’il aurait pu devenir la pire des crapules, s’il n’avait découvert la musique sur un pauvre banjo un peu essoufflé. À force d’écouter et de se déchirer les doigts sur les cordes de métal, Reinhardt s’impose dans le milieu des musiciens manouches, malgré son très jeune âge. Et puis dans le monde musical parisien, malgré ses origines, à force de travail, mais aussi d’une sacrée dose d’ambition et une méchante confiance en lui…

Travail en couleurs directes

Faute de tradition écrite chez les gitans, les biographies de Reinhardt ne se basent que sur des témoignages et se consacrent surtout sur sa période adulte, durant laquelle il est le plus populaire. "Nous n’avons pas essayé de retracer son histoire jour par jour. Comme dans la tradition orale, il y a beaucoup d’interprétations et d’anecdotes dans notre manière de voir les choses", précise Efa. L’objectif est de déterminer d’où vient le personnage de Django, cette maîtrise de la guitare et le jazz manouche lui-même. "Analphabète, Reinhardt n’avait aucune connaissance musicale. Il ne savait pas lire une partition et ne travaillait qu’à l’oreille. Sans doute avait-il un profil d’Asperger, ce qui expliquerait une grande partie de son talent. Mais c’est ce qui explique aussi son sens inné et immense de l’improvisation", note encore Efa.

Le feu fait partie intégrante de la vie de Django Reinhardt: le feu de camp au milieu des roulottes, celui qui lui déforma la main et faillit lui coûter une jambe, mais aussi celui qui lui brûle les entrailles. Ce feu est omniprésent dans le graphisme et la mise en couleur d’Efa. Le dessinateur travaille en couleurs directes et donne à son dessin une vibration qui lui confère une certaine nostalgie. Sans chercher le réalisme pur, Efa livre un dessin très naturel, mais aussi très riche.

Django Main de feu

Efa et Rubio

Dupuis Collection Aire Libre

88 p., 17,5 EUR

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