chronique

"Je me paie un Batman, par pur plaisir"

Enrico Marini est l’un des premiers auteurs latins à se saisir de Batman. Un "Dark Knight" bien noir face à un Joker complètement déjanté… Les ingrédients sont là et la sauce prend magnifiquement bien.

Ce n’est sans doute pas le premier auteur européen à reprendre Batman, mais Enrico Marini est certainement le plus latin d’entre eux et surtout l’un des rares à signer le scénario et le dessin de la franchise!

Par ses origines italiennes, élevé en Suisse allemande, Marini se baigne dans les comics américains avant de découvrir la BD franco-belge à l’adolescence. Son style, très réaliste, tout en muscles et flamboyant est sans doute le fruit de ces deux influences. Et avec "Rapaces", sur un scénario de Jean Dufaux, il s’est approché assez près de l’univers des super-héros.

"The dark prince charming"

Tome 1

Note : 4/5

Batman, Enrico Marini, DC Comics - Dargaud

72 p., 14,99 euros.

C’est en boutade, lors d’un déjeuner avec François Pernot, le patron de Dargaud-Lombard, que Marini évoquait son envie de faire un jour un Batman. Rêve de gosse tout au plus, mais qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Avec Urban Comics, Dargaud est le partenaire européen de DC Comics. De fil en aiguille, Jim Lee, éditeur de DC Comics, apprécie le travail de Marini et lui donne carte blanche. "C’est un cadeau que je me fais! Avec ‘Scorpion’ ou les ‘Aigles de Rome’, j’avais déjà largement de quoi faire, mais c’est une proposition que l’on ne refuse pas."

Marini se paie donc son Batman. "Je ne fais que visiter cet univers, sans prétention au-delà de ces deux tomes. Son univers correspond bien à ce que j’ai fait et à ce que j’aime. C’est un superhéros, mais sans superpouvoir. On est dans un environnement de thriller ou de polar noir plutôt que dans la science-fiction pure."

Marini se centre sur le duo Batman-Joker, "les meilleurs ennemis possibles". "Joker m’a toujours fasciné comme personnage. Il est sans limite. C’est un cadeau pour un scénariste, il ne faut justifier aucun de ses actes. Il est simplement fou… Cela permet toutes les improvisations", estime Marini.

Un Bruce Wayne-Batman assez sombre et peu causant face à un Joker flamboyant et totalement déjanté: autour de ce duo éternel, Marini ficelle un récit bien torché, sans être d’une originalité déconcertante. Une serveuse junkie vient présenter à Bruce Wayne une fille d’une dizaine d’années qui pourrait être la sienne. Le playboy de Gotham City, derrière lequel se cache le Chevalier noir, persuadé d’être la cible d’une escroquerie, écarte la question sans autre forme de procès. Jusqu’à ce que l’ineffable Joker enlève la petite. Que ce soit sa fille ou pas, Batman ne peut le permettre.

"Joker, c’est un cadeau pour un scénariste, il ne faut justifier aucun de ses actes. Il est simplement fou..."
Enrico Marini
Auteur

Pour se faire plaisir, Marini vient y greffer une envoûtante Catwoman et une Harley Quinn, la copine de Joker, en gamine capricieuse, redoutablement agaçante.

D’apparence basique, le récit se corse par des couches multiples. Mais c’est surtout dans le rendu et le profil des personnages que Marini apporte sa touche à la franchise. Son Batman est très sombre, sans fioriture, mais d’autant plus efficace. Marini joue avec les clichés de la série dans une construction très cinématographique des prises de vue. On a bien sûr droit à la vue de la Chauve-Souris dominant la ville, mais avec une telle maîtrise dans le graphisme et les couleurs.

A l’opposé, son Joker est flamboyant, délirant, à la fois effrayant et séducteur, tueur mais attendri par la "fille" de Batman. "C’est la somme de tout ce que j’ai vu sur le personnage, avec ma touche personnelle pour le rendre plus jeune, plus sexy… et plus fou. L’avantage avec des icônes comme celles-là, c’est que l’on n’est pas obligé de tout réexpliquer et on peut y aller franco", s’enthousiasme Marini.

Même sans être un aficionado de la chauve-souris, le lecteur se laissera prendre par ce récit qui se lit comme un bon polar. Et puis il y a le dessin et les couleurs de Marini, qui donnent libre cours à son art. L’auteur italo-suisse maîtrise parfaitement les codes du genre et y apporte toute la flamboyance de son style.

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