Molenbeek is watching you!

©Dieter Telemans

Des habitants de Molenbeek affichent aujourd’hui de grands rires le long du Canal. Sous l’humour et derrière leurs lunettes 3D: un message voulu fort. Bienvenue au "Big Molenbeek Show"!

Impossible de les louper, au débouché de la rue Antoine Dansaert, côté canal. Imprimés sur des bâches, 16 grands portraits colorés accrochés en enfilade redonnent vie aux vieilles pierres de la berge. Chacun affiche un rire ou un sourire et surtout, sur le nez, une paire de lunettes 3D.

Street Art

"Les spectateurs (The Big Molenbeek Show)"

Note: 4/5

Entre le MiMA et la rue Antoine Dansaert.

Bien plus qu’une galerie décalée, ce "Big Molenbeek Show" signé par le plasticien Antoine Caramalli joue là au critique du traitement réservé à Molenbeek par les médias. Voyez-y l’avis même des habitants du quartier, son quartier – la Petite Senne –, puisque c’est eux qui ont posé pour l’artiste. "Il s’est produit tout un cirque médiatique autour de Molenbeek, nous explique ce dernier. Et ce sont les Molenbeekois qui regardent ce spectacle avec des lunettes 3D, en se marrant. On a ici parfois des projets culturels qui sont comme des réflexes défensifs, ce qui est naturel et très bien aussi, mais cette fois, on a vraiment voulu prendre une position plus forte et plus critique. Faire de ces Molenbeekois des grands Big Brothers, c’est une manière de se moquer du spectacle qui a été fait de cette commune qui est très belle."

Projet "au long cours" mené dans l’esprit de ce street art qui dialogue avec la ville et les gens, entamé en 2016 et susceptible de nouvelles déclinaisons (des portraits ont notamment été exposés au Brass’Art Digitaal Café, tout proche), "The Big Molenbeek Show" anime pour l’heure ce canal que certains voient comme une ligne de démarcation. "C’est aussi ça qui fait sa richesse. Les endroits frontaliers sont intéressants, il s’y produit toujours des mélanges, des contacts…"

Anti-Kanal

©Dieter Telemans

Au-delà, cet accrochage montre, ce que les médias ne font pas souvent, qu’il existe à Molenbeek une culture autre que celle, un peu "extérieure", "importée", que pourrait par exemple traduire le tout neuf musée d’art contemporain Kanal-Centre Pompidou. "Nous sommes des artistes assez engagés, répond Antoine Caramalli. Politiquement, philosophiquement. Nous aimons visiter des musées, mais nous avons envie de projets sans faux-semblants, qui intègrent les gens dans le processus de création et qui se l’approprient, qui soient vraiment inscrits dans le tissu urbain. Dans mon travail personnel, j’ai toujours très fort porté cet engagement."

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