interview

Pierre Dherte: "Qu'on remette la culture au centre de la crise actuelle"

Pierre Dherte, comédien et président de l’Union des Artistes.

À la veille de la conférence interministérielle Culture, Pierre Dherte, comédien et président de l’Union des Artistes, sort du bois pour que cesse l'enfumage.

Le MR a sorti ce week-end son plan pour la culture dans "Le Soir". En tant que fédération représentative agréée, avez-vous été consulté?

Absolument pas! Nous, on s’étonne qu’au dernier Conseil national de sécurité, la culture n’ait même pas été citée et, quelques jours après, qu’on vous sorte tout d’un coup un plan de sauvetage national. On est interloqué! Le cœur doit s’habituer! Cela fait 20 ans à l’Union des Artistes qu’on débat du statut de l’artiste. On a déjà eu des états généraux à trois reprises, sous trois législatures différentes et qui n’ont absolument rien changé. On est habitué à ce genre de sorties médiatiques, du genre: "On va tout régler en deux minutes".

C’est un dossier symbolique, dans tous les sens du terme, bon pour l’image et qui ne mange pas de pain?

En 2004-2005, Fadila Laanan (PS) proposait de "rendre leur place aux artistes" avec des états généraux de la Culture. Peu de choses ont bougé. En 2014-2015, d’abord Joëlle Milquet puis Alda Greoli (cdH) ont fait une grande concertation, avec tout le monde. Cela s’appelait "Bouger les lignes et remettre l’artiste au centre".

"On a juste envie qu’on nous indemnise, qu’on nous considère, qu’on arrête de penser qu’on est des fraudeurs quand on est le troisième employeur européen et qu’on rapporte 5% du PIB."
Pierre Dherte
Comédien et président de l'Union des Artistes

Et maintenant, le ministre Jeholet (MR), à travers la sortie de M. Bouchez, nous propose de "remettre la culture au centre", de faire une concertation plus courte, car il s’est rendu compte qu’on en avait un peu assez depuis 20 ans. Il a parlé d’août-septembre. Cela veut dire que l’ensemble du secteur en confinement va passer son été à plancher sur des solutions pour qu’on nous sorte une loi du 31 décembre ou du 1er avril? Mais nous, à l’Union des Artistes, on ne participera pas à un troisième débat où une montagne accouche d’une souris, où on fait beaucoup de bruit pour rien, où vous on dit "on travaille pour vous, on vous concerte", mais où on ne vous écoute jamais, finalement.

Que demandez-vous concrètement?

Qu’on remette la culture au centre de la crise actuelle, qui est loin d’être finie. Après, on verra pour ces états généraux auxquels on ne croit pas. Maintenant, que des personnes veuillent remettre la culture au centre du débat, oui! Mais c’est un peu comme avec les soignants qui disent: "Arrêtez d’applaudir aux balcons. C’est très gentil, mais il faudrait voter en conséquence et s’occuper un peu des hôpitaux publics en votant les budgets qui manquent depuis longtemps." On a juste envie qu’on nous indemnise, qu’on nous considère, qu’on arrête de penser qu’on est des fraudeurs quand on est le troisième employeur européen et qu’on rapporte 5% du PIB.

"Bouger les lignes": Pierre Dherte, en 2015 (Guichet des Arts - Union des artistes)

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