Un village qui a du Stijl

©Maurice Haak

Jusqu’au 14/1/18. "De Stijl et le constructivisme", au Musée Dr8888, à Drachten, aux Pays-Bas.

Père du mouvement de Stijl, Theo van Doesburg, qui fit percoler ses idées jusque dans l’école du Bauhaus, trouva un terrain de jeu au cours des années 20 dans un petit village de Frise, Drachten. C’est là qu’au cours de son service militaire, l’artiste-architecte rencontra Evert Rinsema, poète autodidacte. Lequel présenta son frère à son nouvel ami. Thijs, cordonnier de son état et peintre autodidacte passionné par l’avant-garde russe, se convertit aux idées de van Doesburg, dont les préceptes se diffusent chez un grand nombre d’artistes hollandais, inconnus ou presque chez nous. "L’expo présentée à Drachten dans l’ancien cloître vise à montrer comment De Stijl et le constructivisme s’influencèrent mutuellement", explique Paulo Martina, directeur du musée. Deux volets et deux ailes à cette exposition: la première montre comment les idées de van Doesburg influencèrent le… style du "cordonnier" notamment: une révélation que ce peintre, qui passe d’un cubisme de natures mortes, d’une abstraction figurative à tendance futuriste dans "De Ruiter" à une autre, constructiviste, sorte de structure architecturale en deux dimensions… Bref, de l’architecture peinte qui doit aussi beaucoup à la sculpture d’Archipenko ou à l’œuvre de Lissitzky, défenseur du constructivisme russe.

"L’expo vise à montrer comment De Stijl et le constructivisme s’influencèrent mutuellement."
Paulo Martina
Directeur du musée Dr8888 à Drachten

Van Doesburg, contrairement à Mondrian, professe de ne pas se limiter aux couleurs primaires et use dans ses vitraux de couleurs secondaires, voire de diagonales: c’est là où ce dernier diverge de Mondrian. Outre qu’il a une vision globale du Stijl qu’il infuse et diffuse dans l’architecture, la décoration ou le design, contrairement au peintre qui s’en tient à la dimension de la toile.

Au travers de dessins, plans de coupes, vitraux, tableaux, photographies et objets, l’exposition illustre parfaitement comment la Hollande calviniste, sans se départir de l’austérité de mise, glisse vers une épure toujours de rigueur, mais plus colorée avec De Stijl. L’image y disparaît, cette révolution se voulant une abstraction quasi religieuse: reste un pur esprit chez ces révolutionnaires qui passaient aux yeux de la population locale pour des iconoclastes.

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