Angela Davis, la panthère noire (Les idoles - série d'hiver 2/3)

En tant que cerveau de la lutte afro, Angela Davis était pour le FBI la femme à abattre. ©LightRocket via Getty Images

Rares sont les idoles de la pop culture à avoir imposé au monde entier un visage, une silhouette, voire un concept. La vraie personnalité se fond dans l'icône... et crée le symbole. Aujourd'hui, Angela Davis qui, condamnée à mort en fuite, devient le temps d'un été (1972) le visage de la lutte afro-américaine.

Elle est un peu moins connue du grand public européen, Angela Davis. Moins connue que qui? Que Martin Luther King ou Malcolm X, autres grandes figures de l'émancipation noire américaine. Et pourtant, son regard et sa coupe de cheveux se sont retrouvés au centre de l'attention mondiale, en 1972. Cette année-là, la jeune femme de 28 ans se retrouve taguée sur les murs de toutes les grandes villes. Les Rolling Stones et John Lennon écrivent des chansons pour elle. Et pour cause: Angela Davis, incarcérée après une course-poursuite de deux mois avec le FBI, est en attente de son procès. Les experts judiciaires sont formels: elle ne pourra échapper à une condamnation à mort. En attendant le verdict, le monde entier se mobilise...

Angela Davis n'est que la troisième femme de toute l'histoire américaine à se retrouver sur la liste des "Most Wanted", les personnes les plus recherchées par le FBI.

Flash-back. Deux ans plus tôt. Dans son quartier, dans son immeuble, dans l'université où elle donne cours, Angela Davis ne laisse personne indifférent. Avec sa gigantesque tignasse afro, elle attire l'œil. Avec son discours également. Car la jeune femme ne se contente pas de revendiquer physiquement en se joignant aux manifestations – ce qui est déjà beaucoup. Au geste (symbolique), elle ajoute la parole (argumentée).

On passe à l'action

Née en Alabama dans un quartier surnommé Dynamite Hill car on y fait sauter les maisons occupées par les Noirs pour les inciter à déménager, elle a bénéficié d'une bourse d'étude à l'université de Brandeis (Massachusetts). Elle s'est ensuite envolée  pour la France, pour étudier à la Sorbonne. Puis à l'université Goethe de Francfort. À son retour, marxiste convaincue, elle obtient son doctorat puis enseigne à l'UCLA, avant de rejoindre logiquement le mouvement révolutionnaire des Black Panthers. En ce 7 août 1970, les Panthers passent à l'action: une prise d'otages avec en vue la libération de George Jackson, un membre du groupe tout juste majeur, condamné à la prison à vie pour le vol de $70. La prise d'otages tourne mal. Angela Davis, repérée depuis longtemps par le FBI comme éminence grise, est la personne à abattre. On veut lui faire porter le chapeau, sous prétexte qu'elle aurait participé à... l'achat des armes.

Davis n'est que la troisième femme de toute l'histoire américaine à se retrouver sur la liste des "Most Wanted", les personnes les plus recherchées par le FBI. Pendant des mois, la panthère noire fait la une de l'actualité, mais reste introuvable. Sur les portes des maisons, une inscription fleurit à travers tout le pays, accompagnée d'un dessin d'elle, avec la fameuse coupe afro: "Angela Davis, tu seras la bienvenue dans cette maison". Un symbole est né, pour s'opposer aux crimes encore très fréquents à travers tout le pays: lynchages, supplices, exécutions sommaires, au mépris des droits civiques.

Procès (d'une nation?)

C'est pendant son incarcération de 16 mois que le monde entier se mobilise. Accusée de meurtre et de séquestration, la mort l'attend. Les Rolling Stones la surnomme "Sweet Black Angel". "But the gal in danger/Yeah, the gal in chains/But she keep on pushin'/Would ya take her place?/She's countin' up the minutes/She's countin' up the days/She's a sweet black angel, woh/Not a sweet black slave." John Lennon et Yoko Ono leur emboîtent le pas avec "Angela". À Paris, une manifestation de soutien réunit plus de 100.000 personnes, avec à sa tête Sartre et Aragon. Jacques Prévert publie un poème, d'où sera tiré le fameux vers: "Ceux qui enferment les autres sentent le renfermé, ceux qui sont enfermés sentent la liberté".

À Paris, une manifestation de soutien réunit plus de 100.000 personnes, avec à sa tête Sartre et Aragon.

Le 4 juin, Angela Davis est acquittée par un jury composé à 100% de Blancs. Le procès, hyper médiatisé, a permis de prouver la machination ourdie par le FBI pour la faire tomber. Aujourd'hui, à 76 ans, Angela Davis a un peu changé de coiffure. Mais elle n'a pas abandonné la lutte contre toutes les formes d'oppression. En 1983, elle publie un best-seller mondial: "Femmes, race et classe". Elle a fait son coming-out en 1998. Parmi les scandales que l'intellectuelle dénonce régulièrement: celui des prisons US et de la manne financière qu'elles représentent, avec comme corollaire la motivation à les remplir au maximum. Pour Angela Davis, une bonne prison est une prison vide.

Angela Davis, interview en français, 1977.

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