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interview

Avec #SalePute, Myriam Leroy et Florence Hainaut sonnent l'alarme sur les cyberviolences envers les femmes

Myriam Leroy et Florence Hainaut sonnent l'alarme sur les cyberviolences à l'égard des femmes.

Dans #SalePute, à voir ce mercredi soir sur la RTBF, Myriam Leroy et Florence Hainaut démontent pièce par pièce l’image d’une cyberviolence qui s’arrêterait aux contours de nos écrans. Entretien.

Autrices et journalistes, Florence Hainaut et Myriam Leroy sont ce qu’on appelle des femmes médiatisées. Une expression qui, en 2021, conserve des allures d’oxymore tant s’exprimer dans l’espace public comporte un prix élevé pour les femmes. Avec ce documentaire, les deux réalisatrices sonnent l’alarme.

En exposant les cyberviolences, quel objectif poursuivez-vous?

Florence Hainaut: Ça fait des années qu’on cherche à politiser cette question. On n’est pas les seules, mais on sent qu’on y a participé. On espère que le film va réveiller les personnes qui assistent à ces violences, et peut-être leur donner envie de réagir. C’est-à-dire, juste ne pas faire semblant de rien. Ces gens arrêteront quand il sera socialement inacceptable de faire ce qu’ils font. Aujourd’hui, c’est encore acceptable.

"C’est un film sur l’indifférence à la misogynie".
Myriam Leroy

Myriam Leroy: C’est pas vraiment un film sur la cyberviolence, c’est un film sur l’indifférence à la misogynie. Et c’est ça son but: attirer l’attention sur un phénomène devant lequel on passe sans le voir, ou sans vouloir le voir plutôt.

Car il est plus simple d’ignorer ce qui se passe en ligne?

M.L.: Le mot "cyber" sert encore de moyen de minorer ce type de violence. Et notre documentaire parle d’une cyberviolence, celle qui s’exprime par des mots, des insultes et des menaces. Mais il y en a plein d’autres: le revenge porn, le piratage, la surveillance, le doxing… 

F. H.: Il faut rappeler que l’espace numérique, c’est l’espace public à part entière. "Cyber" ne veut pas dire "inexistant, dans le cloud". Il faut également le relier au fait qu’il s’agit juste d’une déclinaison des violences faites aux femmes.

Dans le film, vous placez d’ailleurs les cyberviolences dans un système sexiste plus large…

F. H.: On veut donner une grille de lecture pour les personnes qui observent cette violence via Internet, et ne savent pas dans quel cadre elle se déroule.

"Si en plus on était homosexuelles, noires, porteuses de handicap, on sait que ce serait pire."
Florence Hainaut

Et nous, on est juste discriminées parce qu’on est des femmes, mais si en plus on était homosexuelles, noires, porteuses de handicap, on sait que ce serait pire. C’est ce qu’on a essayé de mettre en avant dans le film: on voulait montrer les différentes dynamiques à l’œuvre et le fait qu’elles s’entremêlent.

Quelle responsabilité portent les médias dans cette forme de sexisme?

F. H.: Il suffit de regarder la dernière étude de l’AJP sur la question: les médias sont des lieux extrêmement violents pour les femmes.

M.L.: #MeToo a éveillé quelques consciences et je crois que la nouvelle génération de journalistes est un peu plus sensibilisée sur ce sujet. Mais on doit marcher sur des œufs quand on prend la parole, parce qu’on anticipe la façon dont on va être attaquée, en fonction de la haine qu’on reçoit. C’est aux médias à mettre en place des processus de protection et d’accompagnement des femmes qui s’expriment sur leurs plateformes.

Comme lors de la promotion et la diffusion du documentaire?

M.L.: C’est un documentaire qui va créer des choses, qui va créer ce qu’il dénonce. Chaque fois qu’on l’ouvre sur le sujet on prête le flanc à un retour de bâton, c’est un risque qu’on prend.

F. H.: J’espère que le fait de relayer notre message signifie qu’ils le comprennent vraiment.

Lire ici notre compte rendu de #SalePute | Le cyberenfer au féminin
À voir sur la Une RTBF, ce mercredi 12 mai, à 20h30.

La misogynie en ligne en 5 chiffres

Si les cyberviolences peuvent sembler distantes ou marginales, les études fournissant les données nécessaires pour appréhender l’ampleur du problème ne manquent pas.

  • 73% des femmes ont été confrontées d’une manière ou d’une autre à des violences en ligne (ONU, 2015)
  • Entre 19 et 25% (en fonction des pays) des femmes ayant subi des violences en ligne ont déclaré que les propos concernés comportaient des menaces d'agression physique ou sexuelle (Amnesty International, 2017)
  • Après avoir subi des violences en ligne, un tiers des femmes cessent d’y donner leur opinion (Amnesty International, 2017) 
  • En Belgique, 4 femmes journalistes sur 10 ont été victimes de harcèlement, notamment en ligne (AJP, 2018)
  • 55% des femmes victimes de violence en ligne déclarent avoir subi des crises de stress, d’anxiété ou de panique; 63%, des troubles du sommeil (Amnesty International, 2017)

Les phrases clés

  • "C’est un film sur l’indifférence à la misogynie."
  • "Ces gens arrêteront quand il sera socialement inacceptable de faire ce qu’ils font."
  • "Mais il s’agit juste d’une déclinaison des violences faites aux femmes."
  • "La nouvelle génération de journalistes est un peu plus sensibilisée sur ce sujet."
  • "C’est un documentaire qui va créer des choses, qui va créer ce qu’il dénonce."

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