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Bénédicte Linard: "On n'arrivera jamais à faire en sorte que cette crise n'ait pas existé"

Bénédicte Linard, ministre Ecolo de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles. ©Tim Dirven

La ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles revient sur le fonds d’urgence débloquant 8,4 millions d’euros pour soutenir le secteur culturel, qui a perdu en un mois 74% de ses recettes propres.

Fonds d'urgence de la Fédération Wallonie-Bruxelles
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10.000! C’est le nombre d’événements culturels supprimés ou reportés depuis le début du confinement, selon l’agence de communication culturelle BeCulture, ce qui fait de la culture le secteur le plus impacté par la crise du Covid-19 après l’horeca. Privés de recettes propres, les montants à débiter s’accumulent pour les opérateurs culturels, qui ont vu d’un bon œil la confirmation de leurs subventions pendant la période du confinement et la création d’un fonds d’urgence de 8.396.000 euros, débloqués, le 19 mars, par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celui-ci servira à combler des pertes de recettes propres durant la période du 14 mars au 19 avril.

Mais plusieurs questions subsistent quant à l’attribution de ces aides, notamment pour les plus fragiles – les techniciens et les artistes. La ministre de la Culture, Bénédicte Linard (Ecolo) tient à rappeler que ces aides ne bénéficieront aux opérateurs subventionnés que s’ils rémunèrent bien leurs prestataires finaux, tout en en appelant au Fédéral pour tout ce qui relève de l’accès au chômage temporaire, au statut de l’artiste ou au cadre fiscal du Tax shelter. Pas simple.

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Ils ne savent pas où ils vont. Les directeurs des centres culturels de Wallonie et Bruxelles sont dans le brouillard, inquiets pour les artistes, et incapables de prévoir ce qu'il adviendra de leur prochaine saison 2020-2021. Et pourtant, la vente des abonnements va démarrer.

Quel est le cadre des aides que l’on peut apporter à un secteur culturel aujourd’hui complètement à l’arrêt?
Complexité belge oblige, les mesures sont prises à différents niveaux de pouvoir. Une part importante du soutien direct aux artistes ou aux techniciens relève du Fédéral. Notre rôle, c’est de travailler en concertation avec le Fédéral pour attirer son attention sur les problèmes spécifiques du secteur culturel. Un arrêté royal est ainsi en train d’être rédigé dans le cadre des pouvoirs spéciaux et qui concerne spécifiquement le statut d’artiste. Au niveau de la Sabam, la Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs, qui ne dépend pas non plus de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des mesures viennent d’être prises pour lever certaines clauses et allouer les réserves directement aux auteurs ou aux compositeurs… En Fédération, dans le champ de nos compétences, nous avons pris plusieurs mesures, il y a déjà plus de deux semaines, dont le maintien des subventions pour l’ensemble des opérateurs, en neutralisant totalement la période du confinement.

«Avec une baisse des recettes de 74%, la culture est le deuxième secteur le plus impacté en Belgique après l’horeca – un chiffre qui continuera d’évoluer.»
Bénédicte Linard
Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Ce qui veut dire?
Que les subventions restent acquises même si des prestations n’ont pas eu lieu. Cela veut dire aussi que nous travaillons avec l’administration à assouplir les normes et les obligations qui doivent être remplies pour justifier ces subventions. Concernant les avances de subventions et de trésorerie, des formulaires ont été mis en place depuis plusieurs jours, en coordination avec le ministre du Budget. Mais, en plus de cela, nous avons dégagé un fonds d’urgence qui avoisine les 8,4 millions d’euros. Comme l’a bien montré l’Economic Risk Management Group (ERMG), la culture est le deuxième secteur le plus impacté en Belgique après l’horeca. Une étude publiée le 4 avril évalue à 74% la baisse des recettes pour le secteur culturel.

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Le fonds d’urgence ne bénéficiera qu’aux opérateurs culturels. Comment faire en sorte que les artistes et les techniciens puissent avoir accès à ces aides?
On a effectivement défini un périmètre d’aide qui passe par les opérateurs, mais avec des balises. L’une d’entre elles concerne la rémunération des créateurs et des prestataires, que ce soit les compagnies, les artistes, les auteurs ou les techniciens qui ont été chargés de la conception et de l’exécution des œuvres artistiques. L’indemnisation des opérateurs ne se fera que si les prestataires finaux sont rémunérés.

Sur ce point, contrôlerez-vous des opérateurs qui auront peut-être tendance à vouloir d’abord sauver les meubles?
Les opérateurs gardent toutes leurs subventions et, en plus, ont droit au fonds d’urgence. Des contacts que nous avons eus avec beaucoup d’entre eux, il ressort qu’une solidarité s’est installée dans le monde culturel et que la volonté de rémunérer les prestataires finaux est réelle. Mais il y a aussi un devoir de complémentarité avec les autres niveaux de pouvoir. Dans certains cas, mettre certains salariés au chômage temporaire est une évidence. Les opérateurs doivent s’en saisir car la Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut pas assumer à elle toute seule la totalité de ce qui fragilise le secteur culturel encore plus que d’habitude.
 

«Une part importante du soutien direct aux artistes ou aux techniciens relève du Fédéral. Notre rôle, c’est de travailler en concertation avec le Fédéral pour attirer son attention sur les problèmes spécifiques du secteur culturel.»
Bénédicte Linard
Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Vous évoquiez la date butoir du 19 avril pour bénéficier du fonds d’urgence, mais Pieter De Crem, le ministre CD&V de l’Intérieur au gouvernement fédéral, évoquait sur VTM l’annulation probable des festivals d’été...
En Fédération, nous dépendons de décisions qui ne sont pas encore prises par le Conseil national de sécurité. À chaque fois, on s’adapte. Mais vous avez raison, la question des festivals va se poser à un moment donné. S’ils doivent être annulés ou reportés, nous allons travailler avec le secteur pour voir comment soutenir ces opérateurs-là.

Allez-vous mettre sur pied un cadastre des annulations et des reports, notamment pour coordonner la reprise des spectacles, qui promet d’être chaotique?
Dans les balises de l’intervention du fonds d’urgence, il est demandé aux opérateurs d’indiquer ce qu’ils ont mis en place en matière de reports. Nous aurons une vue partielle, en sachant que si on a préféré un report à l’annulation, nous sommes très conscients qu’il y a un risque d’engorgement. Néanmoins, la Fédération n’a pas à s’ingérer dans les programmations culturelles. S’il y a une demande du secteur et des fédérations pour aller vers un cadastre, on sera évidemment à l’écoute, avec l’administration. Mais, aujourd’hui, ce n’est pas ce qui ressort des préoccupations premières du secteur.

Bénédicte Linard: "Le fil rouge, c’est comment on permet aux acteurs les plus fragiles d’être aidés dans cette période de crise." ©Tim Dirven

«On doit revoir l’incitant fiscal du Tax Shelter»
La ministre Linard plaide auprès du Gouvernement fédéral pour que soient assouplies les conditions d’application du Tax Shelter, un apport vital au financement des projets culturels.

Bien que relevant du Fédéral, votre cabinet a-t-il également une vue sur le financement alternatif du Tax shelter, un système qui permet de défiscaliser les investissements des entreprises dans l’audiovisuel et les arts de la scène? Une manne devenue indispensable mais qui promet de se tarir avec la crise à venir...

Le Fédéral a déjà décidé d’étendre la période de justification, mais, clairement, on doit revoir l’incitant fiscal pour permettre la continuité des levées de fonds, avec une attention prioritaire pour les opérateurs culturels subventionnés. On pourrait imaginer un principe d’exception culturelle, par exemple pour des projets soutenus par les pouvoirs publics. Pourquoi est-ce important de continuer à mettre la question du Tax shelter sur la table du Fédéral? Parce que les producteurs, par exemple, pourraient se voir dans l’impossibilité de justifier le taux de dépenses éligibles.

Comme on le fait pour d’autres secteurs, il faut ici aussi donner de la souplesse. Il y a toutes sortes d’obligations faites aux partenaires culturels qui bénéficient du Tax shelter. Les investisseurs, par exemple, ont le droit d’estimer caduque leur convention avec un producteur si la date de la première, consignée dans la convention, n’est pas respectée, et exiger un remboursement de 300% de l’investissement en cas de non-obtention de l’attestation fiscale… Donc, clairement, il faut retravailler l’incitant fiscal en tenant compte de l’impossibilité des opérateurs de répondre à certaines des obligations pensées dans le mécanisme habituel. 

Y a-t-il d’autres outils fiscaux disponibles ou à développer pour étayer le budget?

Pour l’instant, il n’y en a pas. Au niveau européen, il y a une réflexion sur la manière de soutenir le secteur culturel et la question des incitants fiscaux se pose partout. Au niveau de la Fédération, il y a aussi des mécanismes de prêt d’urgence, avec le fonds St’Art, pour faire face aux problèmes de trésorerie. Il faut avancer sur le mécanisme du Tax shelter si on ne veut pas que le secteur soit totalement impacté. Certains films sont financés à hauteur de 30% par le Tax shelter!

Il y a aussi une réflexion qui doit être menée à l’international, avec les pays limitrophes, sur l’impact de la non-circulation des spectacles au-delà des frontières. Par exemple, le théâtre jeune public francophone s’exporte très bien vers la France. Il faudra trouver une réponse au fait que ces spectacles n’auront pas lieu. Mais, évidemment, on n’arrivera jamais à faire en sorte que cette crise n’ait pas existé.

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