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Botero: monumental et passionnant

©©Fernando Botero

Le musée des Beaux-Arts de Mons (BAM) nous invite à une rétrospective de l’immense peintre colombien Fernando Botero.

Botero, comme Magritte, nous propulse immédiatement dans un univers hyper référencé. Ces corps disproportionnés, femmes, prélats, bourgeois et icônes de la peinture mondiale revisitées par ses soins... Mais que se cache-t-il réellement derrière l’univers coloré du plus célèbre des peintres colombiens?

Né au début des années 30, le jeune Fernando fait parler de lui à la fin des années 50, en remportant plusieurs prix, d’abord à Medellín, sa ville natale, puis à la capitale Bogota. Mais ce sont ses voyages, notamment en Italie, qui vont décanter son style. Et très tôt apparaît cet exercice de disproportion, qui le suivra toute sa vie, et qu’il applique d’abord à la nature morte.

  • "Fernando Botero - Au-delà des formes"
  • BAM
  • Du 9 octobre 2021 au 30 janvier 2022
  • Note: 5/5

Les pièces rassemblées au BAM impressionnent. Par leur taille d’abord, mais aussi par leur variété: œuvres figuratives et symboliques qui rappellent les grandes fresques politiques mexicaines, natures mortes hiératiques à la Morandi (mais très colorées), envoûtants portraits – déjà physiquement et psychologiquement obèses – qui vous fixent. Les influences sont là: indéniable présence de la statuaire précolombienne, mais aussi de grands à-plats qui fonctionnent d’abord par leur force plastique – car étudiés par Botero dans l’Italie renaissante.

Formaliste… et politique

Le doute n’est plus permis: l’œuvre de l’artiste sera un grand questionnement du réel par la forme. Mais, comme l’explique la commissaire de l’expo Cecilia Braschi, il ne se bornera pas à convoquer la sensorialité maximale d’un objet en mobilisant ses «valeurs tactiles». La valeur ajoutée de Botero c’est bien évidemment son humour, son ironie, son regard qui donnent à tout ce questionnement une force incroyable. À commencer par ces «évêques endormis» qui vous attendent dans la troisième salle; les deux premières analysant les influences du peintre. Les couleurs sont là, et l’enchevêtrement des formes empilées. Mais ces formes n’étant autre que des figures de religieux aux yeux fermés, on ne peut qu’être interloqué, voire extrêmement choqué dans la Colombie des années 60.

Les salles suivantes sont parsemées des célèbres «Versions» personnelles de Botero, où il reprend certains immanquables de la peinture mondiale – ou certains motifs populaires, voire religieux – pour les détourner, les adapter, les digérer. Botero semble s’adresser directement au public, avec cette phrase: «Voulez-vous jouer?». Van Eyck, Goya, Velásquez, Courbet, Picasso, Bonnard sont évoqués. Souvent, Botero semble mettre au centre de sa question l’incroyable sérieux déployé par ses frères humains. Cet hiératisme, cette componction propre aux classes bourgeoises. Et voici le visiteur étonné de découvrir, sous les couleurs et les formes, le regard perçant d’un artiste militant.

Disproportion du réel

Il apporte au contraire un questionnement permanent, faisant le portrait d’une humanité obèse qui, par cet effet de loupe, se retrouve à nu.

Botero l’explique: c’est en peignant une de ses premières mandolines qu’il eut l’intuition d’une rosace ridiculement petite. Ce geste anodin apporta de facto un gonflement à l’instrument, une impression de monumentalité. C’est là-dessus que joue l’artiste depuis plus de 60 ans. Contempler les œuvres réelles annihile prodigieusement ce que ce gonflement aurait pu avoir de gratuit, ou de sympathique. Il apporte au contraire un questionnement permanent, faisant le portrait d’une humanité obèse qui, par cet effet de loupe, se retrouve à nu.

À l’étage, une salle entière est consacrée au nu féminin, qui nous confronte à un mélange de quotidien et de divin. Ces divinités ordinaires sont des femmes normales, détournées – et la bourgeoise en sandales vertes de se prendre pour Vénus. À moins que Vénus ne visite pour de bon la bourgeoise en sandales? Allez comprendre…

Plus le parcours avance, plus le message engagé se fait sentir. En parallèle, la figure christique s’invite de plus en plus souvent.

Plus le parcours avance, plus le message engagé se fait sentir. Et le doute n’est plus permis lorsqu’on atteint la salle dévolue aux tortures d’Abu Ghraib. En parallèle, la figure christique s’invite de plus en plus souvent – un Ecce Homo particulièrement interpellant vous a déjà questionné du regard à l’étage du dessous. L'enfer, la Vierge à l’enfant (cet enfant qui brandit un drapeau colombien minuscule!), un prêtre arborant un masque de diable… Botero a beau prétendre qu’il ne veut pas «peindre comme un commentateur», mais «simplement comme un peintre», son œuvre frappe par sa portée symbolique, qui dépasse encore son travail – immense – sur les codes plastiques, formes en expansion, couleurs pures, échelles, hiérarchies.

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