Bozar, le jour d’après (l’incendie)

©BELGA

À l’intérieur, l’aile sud de Bozar fait peine à voir. Cinq jours après l’incendie, le grand orgue est encore gorgé d’eau. Tout comme les plafonds, les portes et les sols de la salle Henry Le Bœuf. Les dégâts sont importants, mais le travail acharné pour panser les dommages a déjà commencé.

Il faut mettre un casque pour s’y déplacer. À compter d’aujourd’hui, l’aile sud de Bozar, celle qui donne sur la rue Royale en face du Palais (lui aussi royal), est fermée. En chantier. Et cela pourrait durer, annonce Stéphane Vanreppelen sans plus s’avancer. Il est directeur des investissements, de la sécurité et des archives à Bozar où il travaille depuis vingt ans. Il était là lundi devant la fumée et les flammes qui commençaient à s’imposer.

Il en a supervisé, des opérations, mais ce qu’il a vu lundi soir, était “impressionnant”: “C’était un gros incendie”, commente-t-il insistant sur le travail des pompiers qu’il a trouvé "formidables". “Je veux insister, oui, parce que ces hommes du feu ne connaissaient pas les lieux, ils s’engagent, ceux qui sont entrés à l’intérieur se sont mis en danger pour sauver le patrimoine. En tant que citoyen, cela m’a beaucoup ému de les voir à l'œuvre, je n’avais jamais vu ça.”

©yannick Sas/Bozar

Depuis le toit, Stéphane Vanreppelen reconstitue l'avancement des flammes. Le feu s’est déclaré près des tours de refroidissement, là où la ventilation avait été centralisée lors de rénovations en 2009 (“C’était une très bonne solution à l’époque”), et s’est propagé entre le toit et le plafond, à travers les gouttières en bois, attaquant une surface de plusieurs dizaines de mètres carrés et rendant l’intervention des pompiers particulièrement délicate. 

Toute la ventilation de l’aile sud est à refaire, mais pour l’heure, la priorité est de mettre en sécurité, pas de réhabiliter. Une équipe a déjà pris en charge de recouvrir d’une bâche le toit pour éviter que la pluie ne s'infiltre par les trous béants laissés par les flammes: “Deux couvertures provisoires ont été montées en 48h à peine. Nous sommes encore dans la phase de stabilisation. Le pérenne reste à réfléchir. Les canalisations ont aussi été déformées par la chaleur, il faudra les remplacer. Tous les travaux vont se faire dans une zone difficile car il s’agit d’un patrimoine classé. Il faut tout ouvrir, retirer, et reposer entre le toit et le plafond du bâtiment”.

Regardez la vidéo des pompiers | Tournée durant l'intervention

©yannick Sas/Bozar

Sur les côtés de la zone d’intervention, des bouts de toit et de gouttière calcinés attendent d’être évacués. Quand on rentre dans le bâtiment côté rue Royale, il y a d’abord l’odeur qui, malgré le masque, prend au nez. Une odeur de brûlé: “Combien de temps ça va rester? On n’en sait rien”. Le long d’un mur dans l'entrée, des dizaines de déshumidificateurs industriels s’entassent. Ils seront bientôt répartis dans les différents espaces afin d'absorber l'humidité. Il faudra plusieurs semaines rien que pour cette opération.  

Il n’y a plus d’électricité, une guirlande à la lumière bleutée éclaire le chemin le long des couloirs et escaliers jusqu’à la salle Henry Le Bœuf, la plus grande de Bozar. Des gouttes, à certains endroits encore un long filet d’eau, tombent de façon régulière dans les poubelles et les seaux que les équipes de Bozar ont déposé un peu partout sur les sièges ou au sol: “On perce ces poches d’eau dans les plafonds, afin que celle-ci s’évacue”, commente Jérôme Giersé, directeur Bozar Music et organiste, “Des équipes se relaient jour et nuit pour changer les seaux, éponger les sols”. Nous sommes à la hauteur du deuxième balcon : “Ici, il y a eu 60 centimètres d’eau, les portes acoustiques qui donnent vers la salle sont complètement imbibées. On ne sait pas encore s’il faudra les changer”.

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Mais sa plus grande tristesse concerne l’orgue monumental du fond de salle. Inauguré en 2017, sa rénovation avait littéralement duré des décennies, comme le racontait mardi L’Echo. “L’inclinaison du plafond a conduit naturellement l’eau vers l’orgue.” Douze heures après la fin de l’intervention des pompiers, de larges coulées d’eau traversaient encore les tuyaux de l’instrument géant. Le son que Jérôme Giersé a enregistré à proximité, sur la scène de la salle, est impressionnant et fait entendre cette déferlante, comme s’il s’agissait d’une cascade.

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Il appuie sa main sur un des soufflets en peau de mouton de l’orgue qui se gonflent lorsque les notes sont jouées: une trombe d’eau atterrit sur le sol. Les tuyaux ont perdu leur capacité à sonner et les sommiers en bois sur lesquels ils reposent sont imbibés d’eau. La console des claviers (elle a la taille d’un piano) a déjà été évacuée pour expertise: “Le travail de recherche sur l’étendue des dégâts a commencé. Le meuble de l’orgue, la seule partie classée et la seule visible depuis la salle, semble la moins endommagée, mais toute l’électronique devra être remplacée." Tout cela prendra du temps, beaucoup de temps. “La salle Henri Le Boeuf rouvrira sans doute bien avant que l’orgue soit réparé”. Mais Jérôme Giersé ne se lamente pas : “On est passé à l'action et ça ça fait du bien en tant qu'équipe".

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