chronique

Cadre de rêve pour nomade digital

Dans "freelance", il y a le mot "liberté". De plus en plus d’entrepreneurs recherchent, pour leurs sous-traitants indépendants, des conditions de travail optimales, pour ne pas dire… paradisiaques.

Autant joindre l’utile à l’agréable… Les avancées technologiques, qui permettent aux communs des mortels de pouvoir communiquer gratuitement et ce où qu’ils se trouvent sur la planète, la peur des contraintes de la génération Millenium et, disons-le, la précarisation du marché du travail poussent de plus en plus de travailleurs à joindre la tribu des "freelancers". Beaucoup ont longtemps oublié que ce terme comprenait le mot "liberté", mais un nombre grandissant d’entrepreneurs veut aujourd’hui permettre à ces indépendants de travailler dans des conditions optimales, pour ne pas dire paradisiaques. Guillaume de Dorlodot est de ceux-là.

à l’aventure dans la Silicon Valley

©Coboat
Les "tech-nomades" forment une "tribu" qui ne cesse de se développer.

Ce Namurois quitte sa carrière toute tracée en Belgique pour tenter sa chance dans la Silicon Valley. Bien décidé à lancer une application qui permettrait aux particuliers de gagner des points et des crédits ("rewards"), pour les récompenser de leur consommation durable, le jeune homme obtient un visa de six mois pour vivre, comme il le dit lui-même, son "American dream". Mais son rêve se heurte rapidement à la dure réalité de la vie californienne. "J’ai tout de suite réalisé qu’il me serait très très difficile de trouver un logement dans la Silicon Valley, explique ce jeune homme de 33 ans, passionné de yoga et de méditation. Tout était extrêmement cher et les propriétaires ne voulaient pas louer leur appartement à une personne pour seulement un semestre. Malgré mes efforts, je ne parvenais pas à dégoter un pied à terre. C’est assez désespérant." Pour ne pas dormir à la belle étoile, cet ex-consultant de PWC qui a également travaillé brièvement chez BNP Paribas Fortis utilise les services d’Airbnb. "J’ai ensuite trouvé une maison de hackers à Palo Alto, se souvient cet ancien étudiant en science-économique de l’Ichec. Je pensais y rester une semaine mais j’ai finalement dormi là pendant trois mois. C’était très stimulant de vivre avec des entrepreneurs du monde entier. Mais, sans voiture, vous êtes vraiment isolé dans cette ville qui est assez éloignée de San Francisco. C’est comme si vous viviez à Namur et que vous vouliez aller à Bruxelles." Trouver une "maison bleue adossée à la colline" n’est toutefois pas aisé de nos jours. Les hippies et baba-cool sans le sous des années 70 ont laissé place aux ingénieurs et informaticiens aux poches pleines, recrutés à prix d’or par les Apple et autres Facebook. Avec un Américain rencontré sur place, Didier de Dorlodot décide donc, en mai 2013, de louer un appartement de cinq chambres pour la modique somme de 9.000 dollars par… mois et de proposer à des "startupers" de dormir sur place pour des prix imbattables compris entre 59 et 79 dollars la nuit.

Le renouvellement de son visa, qui l’oblige à passer plusieurs mois en Belgique, le départ de son associé et la décision des propriétaires de récupérer leur bien ne décourage pas l’entrepreneur à poursuivre l’aventure. Il parvient ainsi à débusquer, dans le quartier de Soma, un loft pour accueillir huit résidents. Il trouve ensuite un ancien motel dans lequel peuvent dormir seize personnes. Mais, avec une liste d’attente de 100 demandes, son Startup BaseCamp est aujourd’hui bien trop petit. Didier a donc lancé des négociations avec des promoteurs pour transformer, l’an prochai,n un hôtel de 60 chambres en un gigantesque "camp de base" d’entrepreneurs. "Notre objectif est de faciliter l’arrivée des personnes qui souhaitent lancer une société, résume Didier de Dorlodot. Nous leur fournissons une chambre où dormir et un lieu de travail mais nous voulons également connecter ces résidents avec la Silicon Valley et créer un lien avec les financiers et les prestataires qui peuvent les aider à monter leur projet."

Cet Airbnb du startuper propose aujourd’hui trois pieds à terre à San Francisco, un appartement à Palo Alto ainsi qu’un site à Montréal et un autre à… Bruxelles. Situé sur le Boulevard Barthélémy, le "camp belge" de la PME "bruxello-californienne" offre dix chambres pour un compris entre 21 et 36 euros la nuit. D’autres ouvertures sont prévues dans les mois à venir. "Nous avons des demandes d’un peu partout et notamment de Sao Paulo, Moscou. New York ou Djakarta", se félicite Didier de Dorlodot. Sa compagnie souhaite ainsi franchiser son concept et prendre un petit pourcentage sur les locations payées par les entrepreneurs aux quatre coins du monde. Fort de ce succès, le jeune Belge prépare également le lancement de nomadpass.com, un site qui répertorie tous les lieux atypiques et sympas disposant d’une bonne connexion wifi destinés aux nomades digitaux. Les "technomades" sont une "tribu" qui ne cesse de se développer depuis quelques années.

Expériences idylliques

©Gerald Schömbs

En Europe, le nombre de free-lance croît de 15% chaque année. Aux Etats-Unis, ils représenteront 40% de la main-d’œuvre d’ici 2020, d’après une étude du cabinet Inuit. Si la plupart de ces indépendants travaillent chez eux, de plus en plus de "travailleurs à la tâche" choisissent de voyager tout en bossant ici ou là. Des entrepreneurs commencent donc à exploiter ce bon "filon" en leur proposant des solutions pour le moins originales pour gagner leur pain tout en vivant des expériences idylliques. Imaginé il y a huit mois par James Abbott, Gerald Schömbs, Karsten Knorr et Tommy Westlin sur une plage paradisiaque de Koh Lanta, "Coboat" est un catamaran rénové de 30 mètres de long, équipé d’un mât de 32 mètres et qui peut loger jusqu’à 20 nomades digitaux. Le navire est constamment connecté à la Toile grâce à un wifi haut débit et les marins technomades peuvent se retrouver quand bon leur semble pour "brainstormer" ou partager une partie de franche rigolade dans un espace de travail commun de 60 mètres carrés. Le voilier a quitté la Thaïlande ce mois de décembre pour entamer un tour du monde au départ de Sumatra, le 1er janvier. Son périple, qui durera entre deux et… quatre ans, passera par les Caraïbes, la Méditerranée, l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est, avant de revenir en Thaïlande. Pour monter à bord, les passagers doivent consulter la liste des ports où le bateau accostera. Plus de 125 ont déjà réservé leur place. Le temps minimum du séjour est d’une semaine et le maximum ne doit pas dépasser un an. Une "croisière" de sept jours coûtera la modique somme de 980 euros. Les routards fauchés n’ont donc pas vraiment leur place à bord du Coboat.

Coworking et citytrip

Les nomades digitaux souffrant du mal de mer peuvent trouver d’autres manières de travailler tout en voyageant. Hacker Paradise propose aux développeurs, aux designers et aux entrepreneurs, de bourlinguer, pendant plusieurs semaines, tout en goûtant aux joies du "coworking". Cette année, leur périple leur a permis de visiter Bali, Barcelone, Berlin, le Vietnam et la Thaïlande. Remote Year réunit, quant à lui, 75 professionnels pour un tour du monde d’un an qui les conduira dans douze villes situées en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. 25.000 candidats ont souhaité joindre ce voyage qui a débuté le 1er juin à Prague.

Outsite est un projet un peu moins ambitieux qui rend possible une vie professionnelle en communauté dans des maisons de bord de mer aux Etats-Unis. Situées près des plages de San Diego, sur les rives du lac Tahoe, au sommet des falaises de Santa Cruz et prochainement sous les cocotiers de Hawaï, ces demeures contiennent une cuisine toute équipée, un jardin, un barbecue et une salle de yoga. Le prix d’une nuit en chambre commune atteint 55 dollars.

©Coboat

Pour les Belges et les Européens qui ne souhaitent pas traverser l’Atlantique, une autre solution existe… Deux entrepreneurs marocains, Othman Tsouli Mdidech et de Mohamed-Amine El Hannanai, vont bientôt proposer à la location une maison située au bord de la mer, à Tamaris, près de Casablanca. Pour 800 euros par mois, les six à huit volontaires qui habiteront avec les deux développeurs disposeront d’espaces à vivre comme des chambres et un séjour ainsi que d’une salle de coworking. Ce tarif comprend également le service d’un personnel de maison qui s’occupera du rangement de la résidence, fera les courses au marché et préparera trois repas par jour. Le thé à la menthe et les dates seront proposés à volonté… Travailler entre deux séances de surf sera possible grâce à une connexion haut débit. L’accès rapide et facile à l’aéroport de Casablanca permettra en outre, aux "résidents", de pouvoir se rendre facilement en Europe pour rencontrer leurs clients potentiels. Des couples pourront également vivre dans cette résidence, baptisée Startup Villas, si les deux personnes ont lancé séparément ou ensemble une PME. Alors, si vous lisez ces quelques lignes en vous morfondant au bureau devant une fenêtre qui laisse apparaître la grisaille humide de l’hiver, n’hésitez plus: devenez nomade digital!

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés