interview

Christophe Galent: "Jouer devant 500 personnes ne va pas tout changer par miracle"

Chrostophe Galent.

Il a beau être Normand, il ne mâche pas ses mots. C’est pour l’après-crise que s’inquiète déjà Christophe Galent, le patron des Halles de Schaerbeek.

Comment traversez-vous la crise actuelle?

Les Halles ont pu encaisser le choc grâce à leurs moyens propres, sans mise au chômage technique. La plupart des lieux subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles ont d’ailleurs pu l’éviter. Pour moi, c’est un choix éthique. Nous sommes financés par de l’argent public. Le chômage, c’est reporter le problème sur une autre source d’argent public, fédérale cette fois. Moralement, cela n’a pas de raison d’être. Beaucoup d’institutions subventionnées passeront vaille que vaille le cap de 2020. Ma vraie inquiétude est pour les artistes. Les aides n’ont qu’un temps.

Ce qui repose la question du statut des artistes…

…d’une complexité invraisemblable à cause du feuilleté institutionnel. On demande ici et là des apports financiers immédiats parce que l’on serait en manque de recettes. Soit… Mais est-ce que l’argent injecté aujourd’hui à X, Y ou Z ne manquera pas en 2021 ou 2022? Je préfèrerais que les opérateurs culturels posent des jalons avec les politiques pour ces années-là, en réglant pour de bon le statut de l’artiste.

«À force de centrer le discours sur l’entreprenariat culturel, on fait basculer la justification de la culture dans l’économie alors que ce n’est pas sa mission première.»
Christophe Galent
Directeur des Halles de Schaerbeek

Nombre de politiques semblent ignorer la manière dont fonctionne le secteur, les coproductions internationales, les engagements à deux ou trois ans…

C’est une conséquence de la manière dont ils gèrent la chose publique, à flux tendus, à 2 ou 3 mois. Il y a un gap énorme entre le temps de la décision politique, avec des déclarations d’urgence tous les 15 jours, et la réalité de fond des métiers de la création, qui demandent une projection temporelle nettement plus longue. Cela dit, à force de centrer le discours sur l’entreprenariat culturel, on fait basculer la justification de la culture dans l’économie alors que ce n’est pas sa mission première. Même si, de fait, l’urgence actuelle pour les artistes est économique. Mais ce n’est pas parce que demain on pourra jouer soudain devant 500 personnes que tout va changer par miracle.

Christophe Galent évoque la reprise des activités aux Halles des Schaerbeek (BX1).

Quand on vous dit que le sort des lieux culturels dépend de l’évolution sanitaire?

Hum… Si le discours sanitaire a changé 36 fois, c’est parce que personne n’était prêt. Normal puisque l’on a longtemps estimé qu’un certain nombre de dépenses sanitaires n’étaient pas justifiées. On a donc dû gérer l’urgence. C’est exactement le même scénario que l’on connaît depuis des années dans le secteur culturel. Mais ce qui se passe aujourd’hui fragilise pour de bon les années à venir.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés